Canada : un rapport révèle la misogynie et l'homophobie dans les rangs de la police

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La culture de la police fédérale canadienne est « toxique » et tolère la misogynie et les LGBTphobies, dénonce un rapport, publié jeudi 19 novembre, sur le harcèlement et la discrimination vécus par des femmes et des membres de la communauté LGBT+ au sein de l'organisation.

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Deux policières canadiennes à la pride de New York en 2017 - lev radin / Shutterstock

Un ancien juge à la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache, a évalué plus de 3 000 demandes d’indemnisation présentées par des femmes qui avaient été victimes de harcèlement sexuel et de discrimination fondée sur le genre ou l’orientation sexuelle alors qu’elles travaillaient pour la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Plus de 600 entretiens ont également été menés pour ce rapport envoyé à Brenda Lucki, la cheffe de la GRC, la police fédérale du Canada.

« Les 3 086 réclamations que j’ai lues m’amènent à conclure que la culture de la GRC est à la fois misogyne et homophobe »

« La lecture du rapport de M. Bastarache a été pénible. Je demeure sous le coup d’émotions multiples : honte, frustration, tristesse et colère », a regretté Brenda Lucki dans un communiqué, se disant également « extrêmement préoccupée  » par le document.

« Les 3 086 réclamations que j’ai lues m’amènent à conclure que la culture de la GRC est à la fois misogyne et homophobe », souligne Michel Bastarache.

Une centaine de femmes ont mentionné des agressions sexuelles avec pénétration. Le rapport relève des blagues sexuelles, des commentaires discriminatoires ou encore des attouchements sexuels non désirés, ainsi qu’un « nombre trop élevé d’incidents de harcèlement et d’intimidation ».

«  Le niveau de violence et d’agression sexuelle signalé était choquant », affirme l’ancien juge, qui précise que les problèmes de misogynie, de racisme et d’homophobie ne pourront se résoudre « de l’intérieur ».

Il formule également 52 recommandations, comme la mise en place d’un « examen approfondi » visant à déterminer, au moment du recrutement, si les candidat.e.s ont eu « des tendances misogynes, homophobes ou racistes dans le passé  ».

« Si une organisation ne peut pas protéger ses propres membres par rapport au harcèlement et aux discriminations, comment est-ce que les Canadiens peuvent s’attendre à être en sécurité et protégés par cette institution ? », a insisté le Premier ministre du Canada Justin Trudeau, lors d’un point-presse.

« Aucune femme ou individu issue de la communauté LGBTQ2S+ ne devrait jamais avoir à subir cela. Je m’engage à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que de telles situations ne se reproduisent plus jamais. Mon équipe et moi-même prendrons quelques heures pour examiner le rapport, et nous en dirons plus au courant de la journée », a écrit sur Twitter le ministre de la Sécurité publique Bill Blair.

Brian Sauvé, président de la Fédération de la police nationale, qui représente 20 000 membres de la GRC, a estimé que «  les responsables devraient répondre de leurs actes ». « Il reste encore beaucoup de travail à faire pour atteindre l’égalité et le respect pour tous », a-t-il admis dans un communiqué.

Au total, le gouvernement canadien a dû verser plus de 125 millions de dollars canadiens (80 millions d’euros) dans le cadre de ce recours collectif, qui visait à indemniser des femmes ayant subi un préjudice dans le cadre de leur emploi à la GRC.

Avec l’AFP

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