Royaume-Uni : face aux délais « inhumains », des personnes trans se tournent vers le crowdfunding

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Faire une transition de genre au Royaume-Uni en passant par le service public de santé britannique, le NHS, peut prendre des années. C'est une attente difficilement surmontable pour les personnes trans, qui se tournent vers le crowdfunding.

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Une pancarte « les droits trans sont des droits humains » à la pride de Londres en 2019 - Ben Gingell / Shutterstock

De moins en moins en phase avec son corps, Jay a voulu débuter sa transition. Après avoir découvert qu’il risquait d’attendre des années, cet étudiant britannique a lancé une collecte de fonds en ligne pour entamer le processus.

Effectuer une transition en passant par le service public de santé britannique, le NHS, peut prendre des années, une attente difficilement surmontable pour cet étudiant originaire du sud-ouest de l’Angleterre. « Avec la liste d’attente, on arrive à un point où c’est insupportable… C’est vraiment difficile », souligne Jay, 19 ans, à l’AFP, sa voix se brisant sous l’effet de l’émotion.

Alors il compte sur la générosité publique pour financer une opération de sa poitrine, qui coûte au moins 5 000 livres (5 500 euros) dans le privé.

Effet du coronavirus

Selon des données officielles datant de 2018, de 200 000 à 500 000 personnes trans vivent au Royaume-Uni, et environ 13 500 personnes trans figurent sur les listes d’attente du NHS.

L’épidémie de coronavirus a aggravé leur situation, certains traitement jugés « non essentiels », y compris pour les personnes trans, ayant été suspendus pendant la pandémie. La liste d’attente a augmenté « de façon exponentielle  », explique le médecin du NHS Adrian Harrop, fervent défenseur de l’accès aux soins des personnes LGBT+, qui juge ces délais « inhumains ».

Le gouvernement a récemment reconnu le problème et promis d’ouvrir trois nouvelles cliniques spécialisées, même si pour Adrian Harrop, il faudrait multiplier cet engagement « au moins par 100 ».

« Les personnes trans nous disent que les listes d’attente dans les cliniques du NHS sont trop longues  », a déclaré Liz Truss, ministre chargée de l’Égalité, après une consultation sur la loi de 2004 sur la reconnaissance du genre.

« Je suis d’accord et je suis profondément préoccupée par la détresse que cela peut causer  », a-t-elle ajouté.

Violence et discrimination au Royaume-Uni

Selon l’ONS, le bureau des statistiques nationales, plus d’une personne trans sur quatre (28 %) a été victime d’une infraction, contre 14 % des personnes cisgenres.

Une autre enquête, menée en 2018 par l’association de défense des droits des personnes LGBT+ Stonewall, a révélé que 41 % des hommes et des femmes trans ont dit avoir été victimes d’une agression ou d’un incident haineux au cours de l’année précédent l’enquête.

La militante trans Alexis Meshida, qui a grandi au Nigéria et en Irlande du Nord, rapporte, elle aussi, avoir subi discriminations et violence. Comme Jay, cette jeune femme de 26 ans a lancé une collecte de fonds. La sienne doit financer une opération chirurgicale destinée à « féminiser » son visage afin qu’elle se sente « en sécurité » dans sa vie quotidienne à Londres.

« Soit j’attends 10 ans pour obtenir la féminisation de mon visage via le NHS, soit je travaille très dur  », dit-elle. « Mais je n’ai pas 10 ans. »

« Une menace pour nos vies »

Outre les risques de violence, les effets de cette attente sur la santé mentale représentent « une menace pour nos vies », souligne Alexis Meshida.

Parmi les conséquences, «  l’automutilation, le suicide, l’anxiété, le stress, la dépression », énumère Helen Webberley, qui a fondé en 2015 GenderGP, qui offre conseils et soutien en ligne à la communauté trans.

Les transformations physiques sont particulièrement difficiles à affronter pour de nombreux jeunes de moins de 18 ans, qui doivent d’abord passer par des consultations psychologiques avant de recevoir des traitements hormonaux.

Jay ne supporte pas d’attendre une décennie, vivant déjà cette situation comme un combat quotidien. « Cela se transforme en anxiété ou en dépression », a-t-il déclaré.

Il a pour l’instant levé plus de 800 livres sur son objectif de 8 000 livres. Il rêve de ne plus bander sa poitrine et de pouvoir un jour enlever sa chemise à la plage.

Avec l’AFP