3 questions à Judith, activiste queer et travailleuse du sexe au temps du confinement

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« On a besoin de solidarité pour survivre car on est dans un système politique qui ne nous considère absolument pas. »

Illustration sur le compte Instagram de Judith - Capture d'écran

Judith est queer, activiste et travailleuse du sexe (TDS). Elle s’est faite connaître en racontant son quotidien de TDS sur son compte Instagram « Ta Pote Pute »  (14 000 abonné.e.s). Aujourd’hui confinée chez elle et en incapacité de pouvoir travailler, Judith a accepté de répondre à Komitid sur la situation des TDS pendant le confinement.

Komitid : Comment êtes-vous impactée par la crise du Covid-19 et le confinement ?

Judith : C’est simple, j’ai eu zéro revenu ce mois-ci. Je survis donc grâce à la solidarité de mon entourage proche, de mes potes. C’est arrivé brutalement du jour au lendemain et nous sommes nombreus.e.s à ne pas du tout l’avoir vu venir. J’avais des rendez-vous prévus la semaine dernière que j’ai annulés bien sûr. Certain.e.s collègues TDS continuent à voir des clients via leur webcam mais c’est compliqué pour des questions d’anonymat et de sécurité. Mes collègues qui font le travail du sexe sur Internet à visage découvert sont souvent victimes de harcèlement. Et c’est un métier complètement différent, que je ne sais pas faire.

Comment s’organise la solidarité pour les TDS ?

Je fais partie de la fédération Ile de France du Strass qui a lancé une cagnotte. Mais c’est compliqué car l’aide financière ne rentre pas exactement dans le champ d’action des associations. Du coup, elles s’organisent en faisant de l’aide ponctuelle comme l’association Acceptess-T qui fait des colis alimentaires par exemple. De mon côté j’ai lancé une cagnotte en ligne qui a dépassé les 11 000 euros. L’idée est de rassembler des fonds pour tou.te.s les collègues en galère. L’argent est redistribué en fonction des impératifs, en priorité auprès des personnes avec des enfants à charge ou très précaires. Toute somme en rab’ sera reversée au Fast (fond d’action sociale pour les personnes trans).

Que vous apporte le fait d’avoir construit une communauté de plus de 10 000 personnes sur Instagram ?

C’est extrêmement précieux d’avoir le soutien d’autres collègues, de ne pas être seule et isolée dans ce genre de moment. Et aussi de se rendre compte que c’est un enjeu collectif et hyper politique. On devrait être aidé.e.s par des organisations plus grandes. On a besoin de solidarité pour survivre car on est dans un système politique qui ne nous considère absolument pas. On se retrouve dans des situations ultra précaires sans droit au chômage par exemple alors qu’on a un métier à plein temps parfois six ou sept jours par semaine. Se retrouver à avoir besoin de solidarité pour pouvoir s’acheter à manger c’est politiquement un très mauvais signe sur comment on organise les droits des TDS aujourd’hui en France. C’est un rappel, encore une fois, qu’on n’est pas considéré.e.s comme des travailleuses comme les autres.

D’autres cagnottes ont été mises en place pour aider les TDS, notamment celle du Bus Des Femmes (association communautaire de prostituées, pour les prostituées, créée en 1990).

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