« Sex Education », saison 2 sur Netflix : retour gagnant à Moordale

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Cette deuxième saison de « Sex Education », visible dès le 17 janvier sur Netflix, est une véritable réussite sur tous les fronts. Komitid a eu la chance de la découvrir en avant-première.

Sex Education
Jackson, interprété par Kedar Williams-Stirling, et ses deux mamans dans « Sex Education » sur Netflix - Netflix

L’une des meilleures surprises du cru 2019 de Netflix était britannique. La série Sex Education qui fait la part belle à la diversité et à l’inclusivité revient en saison 2 à partir du 17 janvier et Komitid a eu la chance de la découvrir en avant-première. Résultat : huit épisodes franchement réussis qui déploient avec intelligence les intrigues de la première saison et affinent un discours brillant sur la sexualité, les comportements amoureux et les choix de vie. Bon retour au lycée de Moordale !

Petit miracle

Vous connaissez beaucoup de séries capables de parler aussi bien des ados et de leurs parents à la fois aux ados et à leurs parents ? C’était le petit miracle auquel est parvenu Sex Education dès sa première saison qui avait fait l’effet d’une bombe en janvier 2019, il y a un an déjà.

C’est donc avec un bonheur non-dissimulé et en pleine « épidémie » de chlamydia au lycée qu’on retrouve le jeune Otis, théoricien du sexe qui monnaye ses conseils, devenu branleur frénétique et qui n’a toujours pas franchi le pas avec Ola, et sa mère Jean, interprétée par la décidemment géniale Gillian Anderson (il faut la voir danser ivre sur le cultissime Freed from desire de Gala dans une boîte gay), véritable sexologue qui a quelques problèmes pour gérer ses propres relations intimes.

Retrouvailles également avec le meilleur pote gay d’Otis, le lumineux Eric, garçon drôle et sincère qui fait partie de la fanfare du lycée et arbore en toutes circonstances ses chemises flamboyantes mais se fait un point d’honneur à ne jamais louper la messe du dimanche. Séparé du « honteux » Adam, envoyé en école militaire par son proviseur de père, Eric va craquer pour le petit nouveau, le Français et passionné Rahim, brun ténébreux grand fan des poèmes d’amour de Pablo Neruda. Rahim est interprété par Sami Outalbali que nous avions interviewé pour la dernière saison de la série d’OCS Les Grands.

Il y a également Jackson (photo), le champion de natation surinvesti par ses mamans lesbiennes et qui ne sait plus trop ce que lui désire vraiment et puis, il y a Maeve, l’intello belle et rebelle qui fait des doigts d’honneur au patriarcat dès que l’occasion se présente. Elle a échoué à avouer ses sentiments à Otis et a été virée du lycée à la fin de la première saison. Elle est désormais vendeuse dans une pâtisserie et vit toujours livrée à elle-même dans une caravane pleine à craquer de lectures féministes.

La série anglaise prouve qu’elle en a sous le pied en étoffant les intrigues principales et en développant avec subtilité ses personnages.

Conviction et finesse

Pour cette deuxième saison très attendue, la série anglaise prouve qu’elle en a sous le pied en étoffant les intrigues principales, en développant avec subtilité ses personnages tout en redéployant avec conviction et finesse son propos sur sa thématique majeure : la sexualité. Via ce prisme, la créatrice et auteure de la série, Laurie Nunn, ne s’interdit rien et, comme dans la chanson de Salt-N-Pepa, Let’s talk about sex, baby ! on parle bien sûr techniques et pratiques avec au programme masturbation, clitoris, vaginite, poire à lavement et sextoys, mais on aborde aussi la pansexualité, le plaisir féminin, l’acceptation de soi, du regard des autres, la naissance comme la fin du désir, les fantasmes, la religion, l’addiction, les illusions amoureuses, les aspirations profondes, les bons, les mauvais choix et… Shakespeare. Rien que ça !

De nouveaux personnages intrigants et séduisants (Amour sur Viv) font leur apparition et d’autres, très secondaires et plutôt antipathiques jusqu’alors, se révèlent dans toute leur humanité, notamment en ce qui concerne les fameux « intouchables » du lycée, hautains et moqueurs de prime abord (et en première saison).

Comme c’était déjà le cas pour la saison 1, la forme de ces huit épisodes est également parfaitement maîtrisée. Les cadrages font preuve d’une réelle recherche esthétique et d’une belle inventivité dans la restitution des points de vue et le montage est d’une vivacité à tout épreuve ne laissant la place à aucun temps mort, mettant en exergue des répliques ciselées et aménageant pourtant quelques rares moments d’intériorité bienvenus. Les choix musicaux qui mêlent vieux groupes chics (The Velvet Underground, Al Green ou T-Rex) et morceaux plus récents toujours adéquats (This is the kit, Ezra Furman) sont au diapason du bon goût ambiant.

Romance lesbienne…

Si le récit est extrêmement bien mené et l’ambiance générale de la série toujours souriante et charmante, cette saison 2 distille, çà et là, quelques clins d’œil Glee-esque à son aînée américaine et musicale et, surtout, gagne encore en profondeur. C’est le cas dans sa vision des amours entre garçons qui déboulonne pas mal de fantasmes et de clichés sur les gays mais surtout dans son traitement des personnages féminins qui gagnent en complexité et en diversité avec, sans rien spoiler, une romance lesbienne inattendue à la clé !

Un arc narratif consacré à une agression sexuelle d’apparence « anodine » et à ses conséquences traumatiques est particulièrement finement construit et trouve son acmé dans un épisode 7 qui prend la forme d’une variation féministe et sororale du film culte de John Hugues Breakfast Club.

Plus encore que le premier volet, cette deuxième saison de Sex Education est une véritable réussite sur tous les fronts et affirme les contours d’une série réellement addictive, extrêmement divertissante, absolument déchirante, fondamentalement progressiste et intergénérationnelle.