Que vaut « The Politician », la nouvelle série événement du producteur gay Ryan Murphy pour Netflix ?

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On vous dit tout sur cette « high school dramedy » originale et divertissante mais qui ne nous a pas tout à fait convaincus.

Komitid a pu visionner les huit épisodes de la première saison de The Politician, première émanation d’un contrat sans précédent signé entre le producteur gay Ryan Murphy (Glee, et American Horror Story, Pose) et Netflix et qui sera diffusé par la plateforme dès le 27 septembre.

Ryan Murphy a encore frappé. Showrunner, producteur, scénariste, réalisateur, le créateur multicarte idolâtré par les LGBT+ pour ce qu’il a apporté sur les écrans en termes de représentation et d’inclusivité a signé un contrat en or (300 millions de dollars pour cinq ans) avec Netflix pour y lancer de nombreux projets. Après avoir souvent réussi à surprendre avec des séries très réussies, novatrices et surprenantes (les premières saisons de Glee et de Nip/Tuck, l’unitaire The Normal Heart, Pose et les anthologiques Feud, American Crime Story et American Horror Story) et s’être parfois planté (les dernières saisons de Glee et de Nip/Tuck, The New Normal, Scream Queens et ses films pour le cinéma), Murphy propose une série à la croisée des chemins qui brasse de nombreuses influences pour raconter la dernière année de lycée de Peyton Hobart. Depuis tout petit, ce dernier se sait voué à un glorieux avenir : ni plus ni moins que celui de Président des États-Unis.

On vous dit tout sur cette « high school dramedy » originale et divertissante mais qui ne nous a pas tout à fait convaincus. Analyse en trois points, en évitant au maximum les spoilers !


1. Un contexte balisé : le lycée américain pour gosses de riches

L’univers est, bien sûr, déjà vu mais fonctionne pour ce qu’il a d’exotique pour nous Français.e.s : les ambiances un peu surannées de lycées ou d’universités américaines élitistes avec leurs codes, leurs boiseries, leur verdure et leur obsession pour la réussite et la « popularité ».

Peyton, notre héros, lycéen bi et adopté, n’a qu’un seul but cette année : être élu président du conseil des élèves de son lycée de Santa Barbara, première marche obligatoire selon lui de son ascension toute tracée jusqu’à la Maison Blanche en passant, de préférence, par la prestigieuse université d’Harvard.

Entre le lycée typique et les demeures bourgeoises rutilantes, Ryan Murphy est en terrain connu, même si, on l’a bien compris, sa ligne directrice est de tenter de dynamiter le tout par un ton innovant, camp et subversif et un regard critique sur les élites.

2. Des personnages (et un casting) hors du commun

Peyton, interprété par Ben Platt, comédien gay et out habitué des comédies musicales de Broadway et vu dans Pitch Perfect, est entouré dans sa quête d’une équipe dévouée qui comprend notamment sa petite amie et son pote James qu’incarne le comédien trans Theo Germaine.

En plus d’être inclusif, le casting fait appel à deux grandes comédiennes dans des emplois inattendus : Jessica Lange (habituée des productions de Murphy) en grand-mère abusive d’Infinity, une jeune cancéreuse que Peyton veut en numéro deux sur sa liste et Gwyneth Paltrow qui semble s’être échappée d’un film de Wes Anderson pour donner corps à la mère, aimante mais un peu perchée, du héros, qui découvre l’amour en rencontrant Martina Navratilova !

3. Politique, inclusivité et ruptures de ton

Campagne électorale au centre de l’intrigue oblige, la série joue beaucoup des sujets politiques et notamment de l’inclusivité (des queers, des personnes racisé.e.s, handicapé.e.s) en évitant avec bonheur le politiquement correct et en inscrivant au cœur même de l’intrigue des questionnements critiques et sociétaux extrêmement présents dans la vie estudiantine et associative des jeunes américains.

On y parle suicide adolescent, populisme, fluidité sexuelle, vente d’armes, branlette, arnaques et trouple avec un appétit constant pour mettre les pieds dans le plat. Malheureusement, ce qui commence comme une comédie satirique, camp et clinquante, tire très (trop) souvent sur des cordes très éloignées de l’ambiance générale.

Si les scènes purement dramatiques ou le personnage fantomatique de River (David Corenswet), l’ex-adversaire de Peyton (on ne vous en dit pas plus) peuvent être touchants, les ruptures de ton sont trop brutales pour être efficace. Les personnages des frères de Peyton, des jumeaux poster-boy bêtes et méchants semblent, eux, carrément sortis d’une autre série. Ces virages qui nous emmènent ailleurs, les ruptures du pacte de crédibilité et de trop nombreuses variations du niveau de lecture sont les problèmes majeurs de la série.

Bilan : petite déception et grands espoirs

Les sujets, les personnages, les comédien.ne.s, la mise en scène archi-soignée, tout donne envie d’adhérer sans réserve à cette première saison de The Politician mais sans y parvenir totalement. Moins percutant politiquement que Dear White People, autre série Netflix mêlant campus et débats d’idées, moins sexy et moins queer que Now Apocalypse, la série young adult post-Kaboom de Gregg Araki, et pas aussi emballante que d’autres créations plus réussies de Ryan Murphy, The Politician manque clairement de tenue scénaristique et d’unicité de ton.

La série n’a de cesse de multiplier les fausses pistes, les flashbacks, et les rebondissements faussement spectaculaires, pour, finalement, nous perdre un peu au fil des épisodes

C’est un peu le mariage de la carpe et du lapin ou plutôt de Desperate Housewives pour les intrigues bourgeoises et un peu déjantées des parents, d’Ugly Betty pour le ton et le côté flamboyant des personnages, et d’À La Maison Blanche pour les stratégies politiques et électorales. Mais les scènes de « walk and talk », marques de fabrique de la série d’Aaron Sorkin À La Maison Blanche ont lieu ici dans la bibliothèque du lycée plutôt que dans les couloirs de l’aile Ouest.

Malgré toute l’attention portée à la forme et au fond, la série n’a de cesse de multiplier les fausses pistes, les flashbacks, et les rebondissements faussement spectaculaires, pour, finalement, nous perdre un peu au fil des épisodes.

Restons optimistes pour la suite : Judith Light (Madame est servie, Transparent, Ugly Betty) et Bette Midler (The Rose) font leur apparition en fin de saison et le dernier épisode met en place une mécanique scénaristique parfaite pour une suite prometteuse… Rendez-vous dans quelques mois pour la saison 2 ?