Tokyo : une soirée dans les bars de Shinjuku Ni-chōme, le quartier LGBT+ de la capitale japonaise

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Si la société japonaise est extrêmement hétéro-normative et discriminante, Tokyo compte un quartier LGBT+ très populaire. Son activité est telle qu'il fait l'objet de visites guidées à destination des touristes qui souhaitent le découvrir. Reportage.

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« Le Gold Finger est un des bars lesbiens les plus connus du quartier ; parfois j'y viens trois fois par semaine », raconte Aya à ses clientes. - Floriane Valdayron pour Komitid
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« Est-ce que vous préférez que l'on s'arrête pour grignoter quelque chose ou que l'on aille directement au bar ? », demande Aya à Sharmaine, Sarah et Emily. « C'est bon, on a mangé ! », répondent presque en cœur les trois jeunes femmes, respectivement âgées de 29, 25 et 24 ans. Il est à peine plus de 20 heures lorsque le quatuor quitte le point de rendez-vous qu'il s'était donné, à quelques minutes de la gare de Shinjuku. C'est dans cet arrondissement du centre-ouest de Tokyo que se trouve LE quartier LGBT+ du Japon, communément appelé Ni-chōme et constitué de pas moins de… 300 bars et clubs.

Ce samedi, à l'image de presque chaque weekend depuis le mois de février dernier, Aya, une Tokyoïte bisexuelle de 37 ans, organise dans ce dédale de rues une « tournée des bars LGBTQ », comme l'indique son annonce Airbnb. « Il y a plein d'établissements du quartier qui n'ont pas de site en anglais, et qui sont donc difficiles d'accès pour les étranger.e.s », explique la trentenaire à Sharmaine, originaire de Singapour, lorsque cette dernière lui demande pourquoi elle s'est lancée dans ces visites. « Pour l'instant, on est peu à proposer cette expérience et je suis la seule femme à le faire ».

De manière générale, Aya sort quasi exclusivement à Ni-chōme. « Si tu veux faire une tournée des bars gays ou lesbiens, tu sais qu'ils sont tous à côté les uns des autres et qu'il y a énormément de choix ; c'est très pratique pour nous », estime la Tokyoïte.

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Maitrisant parfaitement l'anglais, Aya a décidé de se lancer dans les visites guidées des bars LGBT+ de Ni-chōme en février dernier - Floriane Valdayron

Quelques minutes de marche entre des bars à l'identité peu marquée, où se mêlent femmes et hommes, mènent la guide et ses clientes devant un panneau indiquant « Diamond Holic, 2F ». « Ici, beaucoup de bars se trouvent dans les étages des bâtiments ; pas uniquement au rez-de-chaussée », précise Aya en grimpant les escaliers qui mènent à la petite salle. La trentenaire, en bonne habituée de ce bar réservé aux femmes, salue les serveuses puis s'installe au fond avec Sharmaine, Sarah et Emily, en train de contempler le lieu. La fumée de cigarette, les néons et les chandeliers aux teintes rouges lui confèrent une atmosphère d'un autre temps. « Il est encore tôt ; le bar va se remplir d'ici deux à trois heures », commente Aya en constatant que seulement six autres femmes sont présentes. Une fois les cocktails commandés, la discussion s'oriente naturellement vers le quotidien de la communauté LGBT+ au Japon.

 

« Je ne veux vraiment pas avoir à éviter quelqu'un en raison de son genre »

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