Qui était Michael Sibalis, historien spécialiste de l'homosexualité en France ?

Publié le

Mort le 9 avril 2019 à l’âge de 69 ans, Michael Sibalis était bien connu du milieu de la recherche sur l'histoire des homosexualités. Retour sur la carrière d'un spécialiste de l'histoire de l'homosexualité en France.

Michael Sibalis à Banff, au Canada, en 2012 - Howard Brown
Michael Sibalis à Banff, au Canada, en 2012 - Howard Brown
Article Prémium

Michael Sibalis, historien canadien spécialiste de la France, est décédé à Kitchener, en Ontario (Canada) le 9 avril 2019 à l’âge de 69 ans, selon The Montréal Gazette. Jusqu’au bout et malgré un terrible cancer, il a continué à écrire sur l’histoire des gays en France. Son œuvre comme ses articles couvrent deux siècles d’histoire, de la « pédérastie » de l’Ancien Régime jusqu’à l’ « homosexualité » de nos jours. Je souhaite partager ici avec vous les apports intellectuels dont ses travaux nous ont nourri.

Michael Sibalis est né en 1949 au sein d’une famille juive au Canada et décide de se consacrer à l’histoire pendant ses études à l’université McGill à Montréal. Ses professeurs l’encouragent à continuer son travail d’exception. Devenu titulaire d’une maîtrise et d’un doctorat en Histoire à l’université de Concordia, il profite des enseignements de l’historien marxiste Georges Rudé pour mettre en œuvre sa méthode, « History from below » (l’histoire à partir d’en bas). Dans ses analyses, Michael Sibalis met en valeur les mouvements sociaux des ouvriers et des pauvres : pour la Révolution française, il s’agissait de la mise en lumière de la foule ainsi que des journées populaires. Les premières publications de Michael Sibalis s’inscriront dans cette tradition : il écrit notamment sur les artisans et leur engagement politique, ainsi que sur la police sous Napoléon.

Dans les années 1970, Sibalis commence à vivre à mi-temps dans le Marais à Paris, situation plus facile pour effectuer ses recherches aux Archives Nationales – mais aussi pour investir les cafés de la rue éponyme, la rue des Archives. C’est surtout dans les années 1990 que Michael commence à utiliser les outils historiques pour transposer l’analyse de classe à l’histoire de la sexualité, en considérant que l’homosexualité, tant sous l’Ancien Régime qu’au XXème siècle, existe comme opposée à la culture dominante, à l’instar des rapports de classe.

Michael Sibalis commence à rééditer et à commenter des historiens de l’homosexualité français oubliés, comme Pierre Hahn, ou des sources inédites, comme les entretiens qu’a tenu le militant Jean Le Bitoux avec des philosophes importants comme Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault. Dans ses écrits, la lutte contre l’homophobie s’ouvre sur deux fronts, tous deux au-delà de l’histoire sociale de la sexualité développé jusqu’alors.

La suite de cet article est réservée aux abonné•e•s.
Pour continuer la lecture, veuillez vous identifier ou abonnez-vous à partir de 1€.