À Istanbul, les espaces LGBT+ tiraillés entre morosité et espoir

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Les nombreuses mauvaises nouvelles en provenance de Turquie pourraient laisser penser qu'Istanbul est invivable pour les personnes LGBT+. Pourtant, la plus grande ville du pays regorge de lieux d'expressions queers. Mais jusqu'à quand ? Reportage.

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Des escaliers arc-en-ciel de Beşiktaş à Istanbul - Fabien Jannic-Cherbonnel / Komitid
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« C'est la première fois que je vois un homme gay plus âgé, rien que ça, ça change ma perspective ». Il est à peine 18h et la nuit vient de tomber sur Istanbul. Meriç*, 21 ans et des yeux rieurs, ne semble pas déçu d'être venu dans ce local mis à disposition des associations par la mairie de Şişli, une localité de la plus grande ville turque. C'est dans cette pièce à la lumière tamisée, située dans un immeuble anonyme d'une rue commerçante, que l'association LambdaIstanbul organise chaque semaine des discussions, ouvertes à tous et à toutes. Les sujets abordés sont généralement sérieux. Aujourd'hui, on parle du fait de vieillir lorsque l'on est une personne LGBT+.

Autour de la table ronde, ce sont une douzaine de personnes, dont une seule femme, qui papotent. Tout les âges sont représentés. Enayat*, à peine 19 ans, admet s'inquiéter d'un jour perdre ses cheveux et de voir sa peau se rider. Özge*, la cinquantaine entamée, prend la parole pour raconter comment il a accepté de vieillir sans avoir de partenaire. La discussion, toujours franche, est parfois sérieuse. « Vieillir ne signifie pas forcément être seul.e », souligne Özge, répondant au témoignage de Cem*, en dépression depuis de nombreuses années. Quand Enayat raconte avoir peur de grossir, la table rigole, et plusieurs mains vont piocher dans les biscuits mis à disposition des participant.e.s.

La réunion de LambdaIstanbul se termine - Fabien Jannic-Cherbonnel / Komitid

La réunion de LambdaIstanbul se termine - Fabien Jannic-Cherbonnel / Komitid

Une heure plus tard, la réunion est terminée. Turgay Bayındır, membre de LambdaIstanbul, vient s'excuser de nous avoir fait attendre. « Ce genre de réunion est très important », explique-t-il. Selon l'activiste, ces safe places, littéralement espace sûr, se font rares à Istanbul, surtout lorsque l'on n'est pas jeune ou issu d'un milieu favorisé. « Nous avons très peu d'espaces LGBT+ comme celui-ci où les personnes LGBT+, même si elles ne veulent pas participer à la discussion, peuvent être à l'aise et elles-mêmes. Ces discussions n'ont pas lieu ailleurs, donc avoir cet espace est vraiment important. » 

Scène queer foisonnante

Pour autant les espaces d'expressions LGBT+, qu'il soit festifs ou militants, sont loin d'être inexistants. Et ce, malgré la répression gouvernementale qui s'est accentuée il y a quelques années. Une simple recherche d'images sur internet des mots clefs « Istanbul + LGBT » ne fait remonter que des images d'arrestations, prises lors de plusieurs Prides stambouliotes, interdites depuis 2015. Pourtant, ces clichés ne racontent qu'une partie de l'histoire de la ville monde, 15 millions de personnes, soit un.e habitant.e sur cinq de la Turquie. Et si le pays est gouverné d'une main de fer par le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdoğan, une certaine tradition laïque, imprégnée d'ouverture reste présente dans les grandes villes, comme Istanbul ou Izmir.

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