Oui, l'artiste et militant breton Yann-Fañch Kemener était homosexuel et c'est important de le rappeler

Publié le

Spécialiste de la chanson francophone, Hélène Hazera a bien connu Yann-Fañch Kemener, chanteur et ethnologue breton. Pour Komitid, elle montre la place importante de cet artiste ouvertement gay dans la culture bretonne et livre quelques savoureuses anecdotes.

Portrait de Yann-Fañch Kemener, en 2003, par Max K Pelgrims
Portrait de Yann-Fañch Kemener, en 2003, par Max K Pelgrims
Article Prémium

La mort, le 16 mars dernier, de Yann-Fañch Kemener, chanteur et ethnologue, a fait la une de Ouest-France et d'autres journaux bretons et a été évoquée à France 3 régions. La nouvelle a aussi largement débordé la Bretagne. Le Monde y est allé de sa nécrologie et les officiel.le.s de leur communiqué. Mais un seul a parlé ouvertement de son homosexualité. À son enterrement, Jean-Michel Le Boulanger, premier vice-président chargé de la culture au sein du Conseil régional de Bretagne et défenseur de la diversité, lui a rendu un vibrant hommage.

La revendication de son homosexualité fait pourtant partie intégrante de la vie de Yann-Fañch. En 1981, alors qu'il était un jeune espoir du chant breton, il avait accordé une interview à Gai Pied où il mêlait son combat pour la culture bretonne au combat homosexuel. L'article fit un grand scandale en Bretagne. Pendant sept ans, il fut interdit de Festival Interceltique de Lorient. Et puis les Bretons et les Bretonnes ont digéré. Avec cet acte courageux, qui secouait le carcan du « catholique et breton toujours » (extrait d'un cantique célèbre), Yann-Fañch a réellement fait avancer la Bretagne et reculer l"hypocrisie. Lui qui chantait merveilleusement les chants sacrés n'était pas pour autant anti-clérical. Mais quand le pape anti-capote Jean-Paul II visite la Bretagne, Yann-Fañch Kemener refuse de participer au comité d’accueil.

Inflexions féminines

Yann-Fañch Kémener est né le 7 avril 1957 à Sainte Tréphime, petite commune du centre Bretagne, dans une famille excessivement pauvre. Son père est un paysan sans terre, qui se loue pour cultiver la terre des autres. Sa mère va faire les lessives des voisins. Il a onze ans quand on installe l'électricité chez lui. Il me disait souvent : « J'ai tellement manqué dans ma jeunesse. J'ai toujours peur de manquer ». La famille est bretonnante et tout le monde chante. Les talents de chanteuse de sa grand mère sont connus dans la région, ainsi que la richesse de son répertoire. Elle sera la première professeure de Yann-Fañch Kemener. Il s'imprègne de son chant et sa voix en gardera des inflexions féminines.

La suite de cet article est réservée aux abonné•e•s.

Pour continuer la lecture :

Vous êtes déjà abonné•e•s ?

Identifiez-vous