Ouvertement gay, papa en coparentalité et fétichiste, voici Bulat Barantaev, candidat à la mairie de Novossibirsk

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Portrait d'un militant LGBT+, entrepreneur gay et homme politique atypique dans la Russie de Poutine et dont l'optimisme et la force sont étonnamment communicatives.

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Ouvertement gay, papa en coparentalité et fétichiste, voici Bulat Barantaev, candidat à la mairie de Novossibirsk - Bulat Barantaev / Facebook
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C'est dans une longue interview virale accordée au site d'information Sibir Reali au mois de janvier dernier que nous avons découvert Bulat Barantaev, cet activiste et politique russe surprenant, loud and proud dans un contexte politique qui a une fâcheuse tendance à vouloir gommer les arcs-en-ciel au-dessus de l'ex-URSS. Militant LGBT+ et fondateur de Maskulo, une marque de vêtements et accessoires fetish gay, le curriculum vitae de Bulat Barantaev détonne effectivement parmi les candidat.e.s aux élections municipales de Novossibirsk, au sud-est de la Russie. Au fil de ses réponses pour le journal sibérien, on a du remonter notre mâchoire décrochée plusieurs fois... et on a eu envie de lui en poser nous aussi quelques questions. Cet activiste tout terrain a parlé longuement à Komitid de ses projets et de ses espoirs pour sa communauté, sa ville, sa région et son pays. Portrait.

« L'eau polit la pierre »

Voilà déjà 10 ans que Bulat Barantaev s'est engagé dans l'opposition, deux ans avant de devenir activiste dans les luttes LGBT+. Et ce malgré une hétéronormativité omniprésente, voire violente, même dans les cercles les plus progressistes de Russie. Ses premiers pas en politique, il nous raconte les a faits auprès Boris Nemtsov — opposant de Vladimir Poutine assassiné en 2015 — dans son parti Parnas (Parti de la liberté du peuple), une personnalité publique qui elle-même ne cachait pas ses opinions homophobes... En 2013, Nemtsov a pourtant fini par défendre les personnes LGBT+ en déclarant : « L'interdiction de la propagande gay est un canular. Cette loi apporte la tragédie et la mort. Nous n'avons pas le droit de nous taire ». Ce type de revirement de situation est précisément ce qui donne à Bulat l'énergie de continuer à être visible et à s'impliquer aussi bien pour les luttes LGBT+, les droits humains et les questions locales : la certitude que, millimètre par millimètre, les individus et la société bougent. D'ailleurs, c'est cette idée qui lui a soufflé son slogan de campagne, « l'eau polit la pierre ».

« On me dit que les choses ne vont pas changer en Russie mais je constate que petit à petit, c'est le casDans aucun pays du monde, on a dit : “Bon, allez, à partir de lundi, on arrête de détester les gays ! »

« On me dit que les choses ne vont pas changer en Russie mais je constate que petit à petit, c'est le cas », pose-t-il calmement. « Dans aucun pays du monde on a dit : “Bon, allez, à partir de lundi, on arrête de détester les gays !” C'est un procédé long et il faut y travailler ». Pour lui, la Russie est moins homophobe qu'il n'y paraît, du moins, par le prisme de ses expériences personnelles. « Je sais qu'en Occident c'est un choc de découvrir qu'une boîte qui fabrique, photographie et vend des accessoires de fetish gay, cul à l'air, existe dans un pays homophobe comme la Russie. Pourtant, nous sommes bien là ! », s'amuse-t-il en nous parlant de sa ligne de vêtements et accessoires fetish en spandex qu'il a lancée en 2014. Une entreprise qui emploie d'ores et déjà une quarantaine de personnes en Sibérie et qui possède une succursale à Berlin, où Bulat Barantaev passe la moitié de l'année.

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