ß

« Les Héritières », quand la sexagénaire Chela s'émancipe

Publié le

Pour décrire la bourgeoisie de son pays, le réalisateur paraguayen Marcelo Martinessimais met au premier plan un couple de femmes seniors en pleine épreuve.

Chela redécouvre les plaisirs de la vie dans « Les Héritières »
Chela (à droite) redécouvre les plaisirs de la vie dans « Les Héritières » / Rouge Distribution

Premier film du paraguayen Marcelo Martinessi, Les Héritères a été l’un des films coups de cœur de la presse internationale au dernier festival de Berlin. La faute à un trio d’actrices irrésistibles et à un regard acéré sur la société paraguayenne. Pour parler de la bourgeoisie de son pays, mais également de son repli sur elle-même, le réalisateur a choisi de mettre au premier plan un couple de femmes seniors en pleine épreuve. Vous ne les connaissez pas encore mais vous allez les adorer !

Chela et Chiquita s’aiment depuis trente ans

Dans le couple, d’habitude, c’est plutôt Chiquita qui conduit. Elle aime boire, fumer, elle est jalouse et peut-être un peu trop flambeuse. Chela, elle, c’est la douceur même, elle aime passer ses journées à peindre et ne refuse jamais un service à une amie. Chela et Chiquita s’aiment depuis trente ans et ont vécu confortablement leur amour tranquille dans leur belle maison jusqu’à ce que les problèmes financiers se multiplient. Cette fameuse maison s’est d’ailleurs transformée en vide-grenier permanent et Chiquita se voit même condamnée à la prison pour fraude. Chela, femme plutôt effacée, va profiter de cette période de célibat forcé pour prendre le volant et réapprendre à vivre selon ses envies propres, ses désirs enfouis. Elle devient, de façon tout à fait naturelle, chauffeure de taxi privée pour quelques dames de son entourage. Mais ce qui va vraiment tout changer, c’est la rencontre d’Angy, une femme plus jeune et extrêmement séduisante. À son contact, Chela va être remuée, découvrir de nouveaux horizons et essayer de sortir des cadres confinés qui font son quotidien.

Les trois comédiennes ont été récompensées par un prix collectif d’interprétation au festival de Berlin.

Le réalisateur paraguayen Marcelo Martinessi décrit avec une infinie délicatesse ce couple lesbien senior dans un premier film qui est une chronique sensible et particulièrement touchante. Les trois comédiennes ont été récompensées par un prix collectif d’interprétation au festival de Berlin. Elles sont toutes d’une justesse implacable, mention spéciale à Anna Brun qui compose une Chela qui s’affranchit en douceur, qui se redécouvre avec étonnement et agit avec une candeur très émouvante.
S’il nous plonge avec délice dans les commérages et les non-dits qui sont le mode de fonctionnement de base de ces vieilles dames des quartiers bourgeois de la ville d’Asuncion, Les Héritières décrit à mots couverts l’enfermement d’une société paraguayenne sclérosée et repliée sur elle-même.
Le réalisateur travaille beaucoup sur les ambiances claustrophobes et sombres, les personnages sont presque toujours comme enfermés à la fois par les lieux et la lumière que ce soit dans cette vieille maison de famille, dans la prison de Chiquita ou dans ce fameux taxi illégal. Les rares moments de clarté, d’extérieur, de respiration prennent alors toute leur importance : celle d’un espoir, d’un ailleurs, d’un possible renouveau, même après 60 ans !

Les Héritières

Réalisation : Marcelo Martinessi
Distribution : Anna Brun, Margarita Irun, Ana Ivanova
Chronique – Paraguay – 1h37

En salles le 28 novembre 2018