Une histoire qui ne date pas d'hier

Le désamour entre les équipes pluridisciplinaires de la Sofect et les militant.e.s, les associations ou les personnes trans, ne remonte pas à hier. Dès le début, la prétendue spécialité médicale créée autour de la transition s’est construite in-vitro, sans collaboration avec les principaux et principales concerné.e.s. « Depuis le début, la Sofect ne s’est jamais posée comme un interlocuteur respectueux des associations sauf si elles leur étaient acquises » explique la sociologue et co-fondatrice de l’Observatoire des transidentités Karine Espineira, qui avait consacré un long article à la Sofect. « Elle oppose les usagers aux militants qui ne seraient pas de vrais trans car ils ne souffrent pas ». La militante trans-féministe Maud-Yeuse Thomas le dit, « la SOFECT a privatisé les questions trans et se place comme un service public au service de la vérité médicale. J'ai rencontré des membres de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 2010, qui ont l'habitude de traiter avec des associations de patients, ils étaient effarés de la situation d'OPA de la Sofect sur la prise en charge ».
« On a créé les équipes spécialisées dans un but syndical, pour la représentativité »
En 1992, la France autorise le changement d’état-civil pour les personnes ayant eu recours à la réassignation génitale avec stérilisation forcée. En 2000, le ministère de la santé souhaite une meilleure organisation de l’accompagnement médical des personnes trans au sein de l’hôpital public : c’est là que le rendez-vous entre praticien.ne.s et concerné.e.s est manqué. « A l'époque, le ministère de la Santé n'avait invité que les associations militantes, mais les médecins pas question », se souvient Marc Revol. « On les a juste conviés en disant “ tiens je vais prendre tel gynéco et lui dire comment faire" donc en réaction on a créé les équipes spécialisées dans un but syndical, pour la représentativité ». Ces équipes spécialisées deviennent « Société Française d’Études et de prise en Charge de la transsexualité », en 2010, et au fur-et-à-mesure, se crée un véritable monopole au sein de l'hôpital public, devenant le seul interlocuteur, ou presque, face à la CPAM, face aux institutions, face aux médias. Conséquences : pour que sa transition soit prise en charge et remboursée par l'Etat, une personne finit presque toujours par passer entre les bras des équipes de la Sofect. Sinon, il ou elle doit se tourner vers le privé, acheter des hormones sur internet, ou se faire opérer à l'étranger. Car peu de personnes connaissent les nouvelles structures associatives, encore trop peu visibles. Parmi les fondateurs et fondatrices de la société savante, des personnalités controversées voire perçues comme transphobes dans leurs prises de paroles médiatiques ou leurs parutions médicales. L’exemple le plus criant : la psychiatre Colette Chiland, décédée en  2016. La présidente d’honneur de la Sofect, était par exemple très attachée à une vision binaire du monde, utilisant l’expression de « la boussole du sexe » pour la qualifier. Une vision qui lui avait valu, en 2006, d’écrire une diatribe contre ce qu’elle appelle le « mouvement transgenre » (dans l’article « D’un sexe à l’autre », paru dans la revue Pour la science n°350) :  « Depuis quelques années s’est développé un mouvement transgenre ou trans qui se définit comme n’ayant plus rien à voir avec le transsexualisme calme, bien élevé et caché, attendant poliment que les juges et les professionnels médicaux leur donnent le traitement bienfaisant dont ils avaient besoin pour poursuivre leur vie dans l’ombre de la société normale ». [caption id="attachment_5199" align="aligncenter" width="561"] Extrait du cours « Le transsexualisme - Psychiatrie 2 - Aspects éthiques » / Sofect[/caption] Cette vision archaïque du monde est retranscrite noir sur blanc dans la Charte de la Sofect, que doit signer tout.e membre à son entrée. Dans la version de 2010, les psychiatres et les psychologues  doivent confirmer un diagnostic de « trouble de l’identité de genre » des personnes et peuvent par exemple mettre en évidence des « diagnostics différentiels ». Parmi ces « troubles » empêchant la « réassignation sexuelle hormono-chirurgicale du transsexualisme » : le « transvestisme fétichiste », « l’ambiguïtié sexuelle » ou… « l’homosexualité » (pour rappel l’OMS a retiré le dit diagnostic d’homosexualité en 1992). Les méthodes et parcours issus de cette chartes sont clairs, nets, précis : les personnes qui souhaitent recourir à un traitement hormonal ou celles et ceux qui veulent être physiquement conformes à leur identité de genre, doivent accumuler les examens psychiatriques. Avant toute prise d'hormones, ils et elles doivent alors vivre deux ans de vie réelle dans leur « genre de destination ». Après le traitement hormonal, ils et elles doivent attendre de longs mois avant d'entrer au bloc. Beaucoup rapportent les souffrances éprouvées pendant cet intervalle, vécu comme une épreuve, voire comme une humiliation médicalisée : « imaginez ce que c'est d'être une femme trans non hormonée qui doive s'habiller "en femme" dans la rue afin que le médecin approuve votre dossier, tout en vous appelant "monsieur" dans la salle d'attente », nous raconte Andrea*, une ex-patiente de la Sofect Bordeaux de 52 ans.
« Tout le monde évolue (...) Au début je ne savais pas s'il fallait dire bonjour monsieur ou madame... »
Cette vérité là, Marc Revol en est tout a fait conscient et il l'affirme : La Sofect a changé avec la société. A la machine à café de l'Université, il rappelle que le T de « transsexualisme » a été changé par « transidentité » en 2017 : « Tout le monde évolue, je ne suis plus du tout le même qu'il y a 20 ans. Au début je ne savais pas s'il fallait dire bonjour monsieur ou madame... j'opérais comme on m'avait montré et c'était très mauvais. J'ai lu des études,  je suis allé voir ce qui se faisait en Belgique, au Canada, et ce que j'enseigne c'est un mix de tout cela et que je transmets à la troisième génération... ». [caption id="attachment_2853" align="aligncenter" width="1300"] Manifestations sur les maltraitances médicales contre les personnes trans et intersexes, 2009, Barcelone - Christian Bertrand / Shutterstock[/caption]

Nouvelle génération

Agnès Condat fait partie de cette génération. La pédopsychiatre de l'hôpital de la Pitié Salpétrière a même refusé de signer la Charte, quand elle a contacté la Sofect Paris il y a quatre ans. « Si elle n'était pas modifiée, je n'entrais pas, il était hors de question que je l'applique. Je me suis approchée d'eux parce que je tiens au service public, je souhaite que toutes les personnes soient accompagnées au sein de l'hôpital», nous a-t-elle confié. La praticienne est très ouverte, en particulier sur la non-binarité, admet Karine Espineira. « Agnès Condat, c'est la nouvelle génération, une progressiste. Mais l'ancienne garde est toujours là, ceux qui utilisaient l'expression "corps chimère" dans les années 90 pour parler de nous comme des monstres. La Sofect veut faire évoluer son image et, comme pour une entreprise, elle vend son image avec une exaltation managériale. Dans le fond, on a changé la devanture, mais pas ce qu'il y a dedans »
Dans l'indifférence quasi générale, le « spécialiste » utilise l'expression « homme normal » (pour les hommes cisgenres)
Pourtant, dans le cursus de son diplôme inter-universitaire, beaucoup de cours reprennent encore les thèses de Colette Chiland, ponctués de mégenrages ou d'illustrations suspectes. Tous les supports de cours - certains datés, d'autre erronés, d'autres scandaleux - sont téléchargeables sur le site. Nous avons pu assister à un cours sur un cours sur la « phallopoïese » (la création d’un pénis). La leçon est dispensée par l'un des spécialistes de la très délicate opération en France, le bien nommé docteur Jean-Philippe Binder (l'ironie veut qu'un binder soit le nom donné au bandeau utilisé par certains hommes trans pour masquer leur poitrine). Dans une odeur de café, le professeur explique avec diapos, photos et vidéos les différents protocoles chirurgicaux dont il dispose pour réaliser ce qu’il nomme des « moments magiques ». Dans l'indifférence quasi générale, le « spécialiste » utilise l'expression « homme normal » (pour les hommes cisgenres), « patient coloré » (pour un patient racisé) et est vite repris par l'omniprésent professeur Revol, quand il indique que le changement d'état civil intervient chronologiquement après l'hystérectomie (la stérilisation obligatoire étant terminée depuis 2016). L'histoire ne dit pas si notre seule présence a motivé la correction. [caption id="attachment_5200" align="aligncenter" width="582"] Extrait du cours « Le transsexualisme - Psychiatrie 2 - Aspects éthiques » / Sofect[/caption]

Une approche encore et toujours pathologisante et misérabiliste

« Quand on arrive devant les psys de la Sofect, il faut avoir envie de mourir, mais pas trop ». Noah est un jeune étudiant lillois de 19 ans qui a vécu ce qu'il décrit comme un enfer, auprès de praticien.ne.s attaché.e.s à la Sofect de Bordeaux. Il a 18 ans quand il annonce à sa mère qu'il ne supporte pas l'idée d'avoir ses règles à nouveau. « A Niort (sa ville de naissance, ndlr), la gynéco a dit qu'elle ne pouvait pas prescrire d'hormones sans passer par la Sofect et elle a dit à ma mère que sans leur aide, je mourrais ». Les entretiens psychiatriques sont vécus comme une humiliation par celui qui est encore un adolescent : « j'étais hyper timide à l'époque et on me demandait comment je me douchais, comment je me masturbais... ».
« Il n'y a besoin de diagnostic, car ce n'est pas une maladie »
Le cas de Noah n'est pas rare. Lors de notre enquête, les associations que nous avons contactées, Outrans, C pas mon genre, SOS transphobie, Acthe, rapportent des situations similaires, où la psychiatrie misérabiliste est de mise. « Ils mettent "transidentité" sur leurs matériels, mais rien n'a changé : la psychiatrie reste la pièce maîtresse de leur approche », analyse Karine Espineira. Marie de la Chenelière, femme trans de 66 ans, abonde aussi dans ce sens : « ils n'ont pas changé pour un sou : les médecins décident toujours de notre sort en Réunions de Concertation Pluridisciplinaire (RCP), ce qui se fait d'habitude pour les cancers et les maladies rares : cela veut dire que la personne n'est pas apte à prendre des décisions. C'est dans cette foi là qu'on entre à la Sofect ». Aujourd'hui, Noah est suivi à la Maison dispersée de Santé de Lille. Le Docteur Bertrand Riff a créé la structure en 1986. Dans une politique de «co-construction avec l'usager et l'usagère», il s'est approché du centre LGBT et de l'association C pas mon genre pour créer le Collectif santé trans. « Contrairement à la Sofect notre objectif, c'est vraiment de dépsychiatriser, nos psychologues accompagnent, mais ne traitent pas, ne diagnostiquent pas : il n'y a besoin de diagnostic, car ce n'est pas une maladie » nous rappelle le médecin, qui dénonce le fait que la psychiatrie soit centrale dans les protocoles de la Sofect. https://www.youtube.com/watch?v=MUCYQ-kqYLs

(Thierry Gallarda est membre de la Sofect Paris, et évoque des comorbidités à la dysphorie de genre)

En effet, le 6 mai 2009, le Ministère de la santé fait une annonce : « la transsexualité ne sera plus considérée comme une affection psychiatrique en France ». En février 2010, par décret, la sortie de la catégorie psychiatrique est actée au niveau des ALD (affection longue durée) : les remboursements médicaux passent de la catégorie relative à une « affection psychiatrique », à une ALD classifiée «hors liste ». Levée de bouclier du monde psychiatrique et de la Sofect en particulier. Lors d'une journée d'étude à Bordeaux, sa fondatrice Mireille Bonierbale se pose une question fermée et oratoire, quant à cette évolution : « est-ce que c'est une mesure prématurée ou (...) une mesure démagogique vis-à-vis d’une présupposée stigmatisation du mot "trouble" ?».
« C'est inconcevable pour eux qu'une femme trans tienne à garder des érections. »
Cette pathologisation ne touche pas que la psychiatrie. Nous l'avons constaté lors de nos entretiens avec les principaux et principales concernées. Noah se souvient encore des traitements qu'il a du suivre après avoir rencontré un endocrinologue de la Sofect Bordeaux. « On m'a prescrit des bloqueurs mais c'était horrible, parce qu'on ne me donnait pas de testo. Donc je n'avais aucune hormone, en fait. Pendant 15 jours, j'étais incapable d'aligner trois phrases cohérentes, j'étais déprimé et je dormais tout le temps, j'ai fait 4 TS (tentatives de suicides, ndlr). Pour les MtF (femmes trans, ndlr), ils leur prescrivent des castrations chimiques, comme pour les violeurs ou les pédophiles ». Un cas qui n'est pas rare pour le docteur Bertrand Riff, qui attache une importance particulière aux traitements hormonaux choisis par certains de ses collègues de la Sofect : « pour les MtF, ils utilisent l'androcure, qui est castratrice quand nous utilisons la progestérone. C'est une écriture violente : pour eux il est évident qu'une femme trans demandera une castration pleine et entière, avant de subir une réassignation complète. C'est inconcevable pour eux qu'une femme trans tienne à garder des érections. »

« Il faut choisir d'un côté ou de l'autre, il y a une binarité, c'est comme ça que fonctionne le monde végétal, animal et compagnie »

La binarité, voilà le noeud du problème. La Sofect a du mal à sortir des cases « femmes » et « hommes », dans un monde où les identités et les expressions de genre se détachent de plus en plus des corps, grâce aux luttes des concerné.e.s. Patricia, de SOS transphobie, parle de « sexisme binaire » : « pour eux, il faut que les gens changent de sexe, il faut le corps adéquat et l'attitude qui va avec, il faut que le passing passe bien. Si une personne non binaire annonce la couleur, pas de prise en charge ». Le sociologue Sam Bourcier, lors d'une émission sur la chaîne LCP explique que « la non binarité, c'est ce que n'ont pas su voir les psychiatres, qui ont eu la main mise sur les corps trans depuis les années 50 et qui ont été tellement cons qu'ils pensaient qu'il fallait passer de l'un à l'autre , qu'il y avait deux sexes, qu'il y avait deux genres... ». S'il salue le progrès sociétal de la déclassification de 2013 et de l'état-civil de 2016, le docteur Marc Revol assume tout à fait son positionnement, et celui de son protocole, vis à vis de la binarité. Il nous l'a longuement expliqué après une séance de son DIU : « Moi je suis médecin chirurgien et les trans, depuis 30 ans, je suis convaincu que je leur rends service : ils sont sur une berge et je les aide à passer de l'autre côté », explique-t-il. « Après, il y en a d'autres, ils sont au milieu de la rivière ou genderfluide machin ou ils disent "je suis trans et c'est mon métier, mon état". Non, ce n'est pas un état par définition, c'est une transition. Il faut choisir d'un côté ou de l'autre, y a une binarité, c'est comme ça que fonctionne le monde végétal, animal et compagnie ».
« Le chirurgien lui a dit qu'il en profiterait pour retirer le vagin car "un homme n'a pas de vagin" »
Dans la réalité, cette vision rétrograde a des conséquences, en particulier dans le processus diagnostic. Même Léa Dumont d'Arc-en-ciel Toulouse et qui participe au diplôme, le dit : « la Sofect gagnerait à être ouverte aux personnes non-binaires. » Noah a beaucoup d'ami.e.s qui ont dû surjouer une féminité ou une masculinité pour entrer dans la prise en charge. « Pendant deux ans, tu dois te conduire comme un homme ou comme une femme, ça veut dire qu'en tant qu'homme trans, le simple fait d'avoir des cheveux colorés est un problème. Il faut que tu sois hétéro, que tu veuilles pas d'enfant : tu fais tes démarches pour les hormones et on te parle d’hystérectomie », souligne Noah. Oscar est président de l'association C pas mon genre, et des exemples comme celui-ci, il en a à la pelle : « Malgré ce qu'ils racontent, il y a un profil idéal : il faut avoir un travail fixe, pas de relations, pas d'enfant, être binaire et hétéro si on veut entrer dans leurs cases. À l'asso, on a un homme trans qui souhaitait une hystérectomie et le chirurgien lui a dit qu'il en profiterait pour retirer le vagin car "un homme n'a pas de vagin". Lui, il a claqué la porte mais d'autres auraient peut être cédés ! ».
« La Sofect Bordeaux, le seul moment ou ils traitent une femme trans comme une femme cis pleine et entière, c'est lorsqu'elle demande des implants »
Même son de cloche chez Jules, co-président de Outrans : « Il y a quelques mois un garçon a été exclu du protocole Sofect parce qu'il a tout de suite dit qu'il souhaitait un parcours hormonal et une mastéctomie mais pas de réassignation génitale ». L'association a reçu un grand nombre de plaintes et a créé un réseau informel parisien hors Sofect, pour ses membres. Les maltraitances iraient du mauvais accueil (avec utilisation de l'ancien prénom, ou des mauvais pronoms), au refus de soin, aux discriminations, sans compter les opérations ratées. Le docteur Bertrand Riff lui même connait nombre de ces histoires et confirme la vision ultra binaire de la société savante : « une des personnes que j'accompagne avait consulté un chirurgien de la Sofect, on lui a répondu qu'elle avait plus de 50 ans, que c'était pas urgent d'avoir un vagin et que comme elle était lesbienne encore moins... La Sofect Bordeaux, le seul moment où ils traitent une femme trans comme une femme cis pleine et entière, c'est lorsqu'elle demande des implants ». [embed]https://twitter.com/AcceptessT/status/978789901998153728[/embed] (Face au sociologue Sam Bourcier, le pédopsychiatre de la Sofect Jean Chambry, qui aborde la non-binarité de patient.e.s)

L'espoir avec ou sans Sofect

« J'ai bénéficié d'une autre expérience professionnelle que mes collègues plus âgés, et surtout d'une autre vision du monde »
A l’Université Paris Diderot, les participant.e.s du DIU de la Sofect font une pause entre deux sessions. Parmi eux, deux jeunes médecins nous servent le même discours : oui, la Sofect mérite sa mauvaise réputation, mais elle va changer car la nouvelle garde est plus ouverte que ses aînés. De l'autre côté du téléphone, Agnès Condat est consciente de représenter cette nouvelle garde. Elle souligne l'accompagnement qu'elle a mis en place dans son service, un service ouvert sur toutes les identités de genre : « c'est évident que les gens que l'on reçoit ne sont pas dans la binarité. On ne veut pas faire entrer les personnes dans des cases, mais de construire avec elles les accompagnements adéquats, et surtout avec les adolescents ». La jeune praticienne a beaucoup de confiance en sa génération, « un autre point qui fait que les choses vont changer, en dehors des autorités médicales internationales, c'est le fait que ma génération lit l'anglais, donc la littérature médicale anglo-saxonne. J'ai bénéficié d'une autre expérience professionnelle que mes collègues plus âgés, et surtout d'une autre vision du monde ». La pédopsychiatre, spécialisée dans les relations parents-enfants, en profite pour redonner à l'engagement associatif ses lettres de noblesse : « le changement principal arrive toujours par le biais des assos de concerné.e.s, il faut rendre à César ce qui est à César. Ce qui fait évoluer la société et nos pratiques, c'est le mouvement LGBT ».
« Le problème de la Sofect, c'est le problème de la médecine en France : c'est la grande tradition du médecin qui sait »
La Sofect devrait-elle alors changer de nom, pour laisser son lourd passé derrière elle ? « Nous on est pour la dissolution des équipes hospitalières en général», ajoute Jules, de l'association Outrans. Maud-Yeuse Thomas abonde dans son sens : « Nous n'avons pas besoin d'équipes médicales qui se posent en entrepreneurs de morale ». De son côté, le docteur Revol ne comprend pas ce qu'il nomme le « soviétisme des militants » : « il n'y a pas d'ancienne et de nouvelle Sofect, on est toujours les mêmes, ce qu'ils disent [les militants, ndlr] c'est "je suis en train de me noyer et le mec qui me tire de l'eau parce que c'est le seul, je lui crache à la gueule et j'en veux pas"». Regrettant que les associations ne remarquent pas combien la Sofect a changé  et maintiennent leurs positions vis-à-vis d'elle, Marc Revol nous indique qu'il a invité les associations opposantes à participer au DIU, de la même manière qu'il avait invité Trans-Europe. Pourtant, aucune des personnes que nous avons interrogées n'a été contactée en ce sens En attendant que la Sofect ait vraiment changé, des réseaux informels se sont créés dans les grandes villes. Un site internet permet à chacun et chacune d'accéder à une base de données trans-friendly. « Nous conseillons aux gens de se renseigner sur la base de données trans, qui est collaborative », nous explique la Présidente d'Acthe Sun Hee Yoon. À Lille, la maison de Santé et le parcours trans reçoivent de plus en plus de personnes arrivant grâce au bouche-à-oreilles. « Le problème de la Sofect, c'est le problème de la médecine en France, soutient Bertrand Riff, c'est la grande tradition du médecin qui sait qu'il est le seul à détenir la vérité sur ce que vit une personne en son for intérieur. » En attendant que la Sofect se réinvente vraiment ou que les praticien.ne.s arrivent à penser la médecine sans spécialités, certain.e.s ont décidé d'aller voir ailleurs, comme Patricia, de la page SOS Transphobie : « à Boston, on a créé un centre de soin et de formation médicale par et pour les personnes trans. Ils acceptent tout le monde. J'irai. »" ["post_title"]=> string(145) "« Quand on arrive devant les psys de la Sofect, il faut avoir envie de mourir » : enquête sur les équipes « officielles » du parcours trans" ["post_excerpt"]=> string(370) "Depuis sa création, la Société Française d’Études et de prise en Charge de la Transidentité (Sofect) s’est arrangée pour devenir incontournable pour la prise en charge des personnes trans. Après des années à traîner une réputation déplorable auprès des concerné.e.s, elle tente aujourd'hui de redorer son image… en vain ? Komitid a mené l'enquête." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(21) "parcours-trans-sofect" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-02-13 12:33:01" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-02-13 11:33:01" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=2845" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "2" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15287 (24) { ["ID"]=> int(1649) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-03-06 14:22:21" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-03-06 13:22:21" ["post_content"]=> string(1756) "Une bonne nouvelle pour l'Arras Pride Festival, qui va de nouveau mettre du rainbow dans la ville du Pas-de-Calais, du 6 au 9 juin prochain. L'activiste trans Adrián de la Vega a accepté d'être le parrain de la cinquième édition de cet événement.

Créée en 2014, l'Arras Pride Festival a pour but de promouvoir les valeurs d'ouverture prônées par l'association Artogalion. L'année passée, la marraine du festival était Christine Nicolas, co-porteuse du manifeste LGBT et des premiers États Généraux LGBTI de France, et le parrain Frédéric Gal, Directeur Général de l'association Le Refuge qu'on ne présente plus.

Sortir du parisianocentrisme

Auteur d'une chaîne YouTube très regardée (6800 followers), le jeune homme de 23 ans jubile. « Je suis très heureux et fier. J'étais déjà intervenu là-bas l'année dernière, dans une conférence sur la transidentité à l'Hôtel de ville. L'Arras Pride est vraiment un événement important dans la région. C'est bien que ça bouge en dehors de Paris également ! Artogalion est une bonne association qui ne met pas les trans de côté, je suis donc très honoré », a-t-il dit à Komitid. « Il faut mettre en lumière tous ces festivals qui se passent en dehors de Paris », insiste l'activiste. https://twitter.com/Adrian_DLV/status/970571972458500096" ["post_title"]=> string(64) "Adrián de la Vega, parrain du prochain Pride Festival d'Arras !" ["post_excerpt"]=> string(121) "Youpi ! Adrian de la Vega sera le nouveau parrain du Arras Pride Festival, qui animera la cité minière en juin prochain" ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(31) "adrian-vega-parrain-pride-arras" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-13 09:43:24" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-13 07:43:24" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=1649" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15275 (24) { ["ID"]=> int(5933) ["post_author"]=> string(1) "3" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-07 18:22:49" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-07 16:22:49" ["post_content"]=> string(4284) "Travailleur du sexe connu pour ses vidéos pornographiques dans lesquelles il se masturbe en direct sur des sites dédiés, Olly Plum a fait son coming out trans sur Twitter dimanche 6 mai. L'activiste a posté plusieurs publications sur le réseau social pour prendre le temps de s'expliquer auprès de ses 10 000 fans. Contacté par Komitid, il a accepté d'en dire un peu plus sur sa démarche et la façon dont il appréhende l'avenir et sa transition. Interview.

Komitid : Vous venez de faire votre coming out trans sur Twitter, comment vous sentez-vous maintenant ?

Olly Plum : Je me sens tellement apaisé. Ça n’a pas été simple. Mon ex a très mal vécu que je l’annonce un peu du jour au lendemain et la plupart de ma « fan base porn » ne s’y attendait pas vu mon image très « féminine ». Mais à mes yeux, c’était un joli moyen de politiser ça. J’ai eu énormément de retours positifs de la part de personnes trans et non-binaires. Ça fait du bien de se sentir moins isolé vis à vis de cette transition.

Vous parlez d'un acte politique, pourquoi ?

Politique, car en tant que travailleur du sexe, je me positionne déjà politiquement. C'est pas juste un taf que je fais occasionnellement sans me poser trop de question, je m'intéresse à ce qu'il y a derrière, que ce soit en société, sur le plan juridique... Ce n'est pas anodin, c'est une véritable lutte pour obtenir une légitimité. Et c'est normal quand on voit à quel point le travail du sexe est mis de coté sous une bâche de honte. C'est pareil pour la transidentité selon moi : c'est une lutte quotidienne pour obtenir le droit de se sentir légitime de vivre comme on le ressent. À mes yeux, on ne peut pas juste être une personne trans et vivre "normalement", je n'ai jamais vu ça, hélas. En tant que personne trans ET travailleur du sexe, je trouve que j'ai un espèce de devoir de pas fermer ma gueule sur des choses que je vais subir, trouver violente, injuste, car il y en a beaucoup trop, et quotidiennement. Je ne peux pas juste fermer les yeux dessus.
« J'ai un espèce de devoir de pas fermer ma gueule »

Quand vous dites que votre ex l'a très mal vécu, cela veut dire que vous lui en avez parlé avant de vous exprimer sur Twitter ?

J'en ai parlé la veille et le lendemain, j'ai pris un rendez-vous au Planning Familial et ça c'est passé très vite. J'avais envie d'exprimer ça sur Twitter et de briser un peu cette image ultra féminine de Olly Plum qui commençait à me peser. Je voudrai juste rajouter que je sais que beaucoup pense que Usul (son ex, ndlr) m'a quitté à cause de ma transition. Je sais qu'il en prend plein la gueule en se faisant traiter de transphobe. La vérité c'est que je l'ai quitté car il avait du mal avec mon travail ET ma transition. Voilà, c'était l'instant gossip mais j'en ai marre du schéma de merde « Il a quitté sa meuf », comme si je n'étais rien.

Maintenant que vous avez fait votre coming out, dans quel état d'esprit êtes-vous pour les temps à venir ?

J'aimerai proposer du porn assez queer et me servir de ce merveilleux tag : #pussyboy. Mais ouais, proposer du porn FtoM, queer, non binaire. Je fais ma mammectomie dans quelques mois, je n'aurai plus de seins, je sais que c'était un élément qui me valait pas mal de reconnaissance (rires), mais je ne compte pas m'arrêter pour autant, au contraire." ["post_title"]=> string(96) "Le travailleur du sexe Olly Plum fait son coming out trans : « Je me sens tellement apaisé »" ["post_excerpt"]=> string(144) "C'est sur Twitter que Olly Plum a fait son coming out. Il a expliqué sa démarche à Komitid et raconte « devoir ne pas fermer [sa] gueule »." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(26) "olly-plum-coming-out-trans" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2020-01-30 11:59:53" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2020-01-30 10:59:53" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=5933" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "1" ["filter"]=> string(3) "raw" } [3]=> object(WP_Post)#15276 (24) { ["ID"]=> int(2612) ["post_author"]=> string(1) "4" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-04 14:00:57" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-04 12:00:57" ["post_content"]=> string(15898) "Tout se passe comme si la petite musique de fond avait changé, que la porte s'était un tout petit peu entrouverte. Souvenez-vous, en mars dernier, les médias français se sont mis à discuter de l'arrivée d'Antoine, un personnage trans, dans le feuilleton Plus belle la vie. L'acteur trans Jonas Ben Ahmed avait été choisi pour incarner Dimitri, le responsable d'une association locale qui aiguille ce personnage dans la série. Une double première en France pour une série aussi grand public, suivie tous les jours par 3 à 4 millions de téléspectateurs. Avec Jonas Ben Ahmed, c'est la question de la transidentité qui devient visible au plus grand nombre. D'où cette question : la France est-elle en train de vivre ce que les États-Unis ont connu il y a quelques années avec Laverne Cox ? Ce pourrait être un moment clef après lequel les questions liées à la transidentité deviendraient mainstream. Alors, verrons-nous, dès demain, un policier trans dans Profilage, ou la femme de Christian Clavier dans une comédie franchouillarde incarnée par une actrice trans ? Peut-être pas. Mais l'arrivée de Dimitri dans PBLV (comme disent les intimes) est un virage pour la communauté trans française. Un constat partagé par Karine Espineira, sociologue des médias et chercheuse associée de l'Université de Nice-Sophia-Antipolis : « Je crois que c'est peut-être le tournant qui était attendu », explique-t-elle à Komitid.  « J'avais déjà vu un tournant sur la visibilité de la transidentité » continue la sociologue. « On a de plus en plus de jeunes qui sont visibles notamment sur Internet, et donc Jonas, avec ce rôle, est un garçon de son temps. » Même son de cloche du côté des acteurs et actrices trans. Pascale Ourbih, l'une des premières actrices trans à avoir tenu le rôle principal d'un film français (Telma en 2002), se dit « agréablement surprise, mais pas étonnée ». D'autant que pour une fois, il s'agit d'un homme trans qui est mis en scène, un fait rare dans la fiction française. Pour l'actrice, c'est justement le signe que l'on sort enfin des clichés. Parce qu'il faut bien l'avouer, la plupart des personnages trans de la fiction française sont des femmes, souvent prostituées, leur transidentité devenant un objet cinématographique vu comme transgressif. « Les garçons trans font moins peur, ils sont moins menaçants » explique Pascale Ourbih. « Dans l’imaginaire collectif, un homme c’est le pouvoir et donc vouloir accéder au pouvoir est complètement normal. À l’inverse, les filles trans sont plus effrayantes. Il y en a eu beaucoup dans les films, parce que ça perturbait la moralité. »

Vague médiatique

Et oui. Si France 3 peut présenter un personnage trans, à l'aise avec lui-même et qui n'est pas enfermé dans un cliché, c'est bien parce qu'il y a eu des années d'évolutions sur le traitement de la transidentité, et pas seulement au travers du cinéma et des séries. On peut juger au contraire que les fictions hexagonales ont globalement été frileuses sur le sujet.
« La vague médiatique lancée en 2014 nous a apporté le meilleur et le pire, mais on a jamais autant parlé de cette question trans. »
Dans le cas de PBLV, qui a déjà abordé beaucoup de sujets de société, c'est plutôt le contexte qui a poussé la fiction à avancer. « Le sujet est dans la culture médiatique aujourd'hui », souligne Karine Espineira « La vague médiatique lancée en 2014 nous a apporté le meilleur et le pire, mais on n'a jamais autant parlé de cette question trans ». Même le monde politique, via la loi sur le changement d'état civil voté en 2016, avait planché sur la question, bien avant les séries. La chercheuse estime que le temps des archétypes, où être trans signifiait forcément être malheureux.se.s, rejeté.e.s, prostitué.e.s et en marge de la société est en passe d'être révolu. « Aujourd'hui, on a une autre génération de personnes, comme Adrián de La Vega, qui sont intéressées par ce sujet et qui le visibilisent » poursuit-elle. Mais pour en arriver là, la fiction française est souvent tombée dans les poncifs. Un exemple suffit : la série Louis(e) diffusée l'année dernière par TF1. Le feuilleton racontait la transition de Louise et ne s'épargnait aucun cliché, comme on le devine avec l'usage des parenthèses dans le titre. La féminité de son personnage principal était par exemple exacerbée. Pire, la série faisait jouer le rôle de Louise par Claire Nebout, une actrice cisgenre. Une décision qui avait été vivement critiquée par les associations trans à l'époque. C'est justement ces associations, et les militant.e.s concerné.e.s, qui ont permis de faire avancer les représentations dans les médias et les œuvres culturelles. Parce qu'il s'agit bien d'une question de représentation auquel « l'associatif trans a réagi» souligne Karine Espineira. « À force d'être maltraité.e.s par un certain nombre de médias, des associations ont arrêté de communiquer, d'autres ont refusé de relayer des offres de casting. Ça fait réagir certaines personnes et ça bénéficie à tout le monde. » Naelle Dariya, qui a joué Léa dans 120 battements par minutes, confirme : « C'est grâce à tous ces personnes qui se sont manifestées, qui ont porté leurs voix pour dénoncer tous ces rôles » de personnages trans incarnés par des acteurs et actrices cisgenres. Celle qui dit se considérer comme « une apprentie comédienne » juge que, dans l'idéal, « il ne devrait pas y avoir besoin d'être cis ou trans pour jouer un rôle trans et vice versa », mais qu'au vu du peu de possibilités offertes par le cinéma et les séries françaises, il faut « les laisser aux actrices et acteurs trans » .

La représentation passe par l'écoute

N'empêche, l'équipe derrière Plus belle la vie a plutôt bien fait son travail. Pour une fois, l'équipe du feuilleton a pris le soin d'écouter et de se renseigner avant de s'attaquer au sujet. D'après Libération, « les scénaristes, les auteurs comme les acteurs se sont documentés, ont arpenté les forums, ont pris conseil auprès d’associations ». Cela ne remplace certes pas la présence de personnes trans à l'écriture, comme c'est le cas pour la série américaine Transparent, mais dénote d'une volonté de bien faire les choses.
« J'ai reçu un mail d'une directrice de casting. La nana me dit "série américaine, on cherche des transsexuels et des drag queens". »
Tout n'était pas pour autant parfait dans le processus de casting. «Quand j’ai vu circuler l’annonce pour le casting dans un groupe Facebook privé, je me souviens avoir été heurté par certains termes », raconte Jonas Ben Ahmed à Libération. « Il y était notamment question d’un acteur ayant "fini sa transformation", ce qui ne se dit absolument pas, et ne veut rien dire de toute façon…». Heureusement, l'acteur a tout de même décidé de répondre à l'annonce, et a donc pu expliquer à la boîte de production ce qui n'allait pas avec cette expression. L'éducation des casteurs et casteuses semble être en cours. Une annonce postée par Canal + il y a quelques mois pour l'adaptation télévisuelle du roman de Virginie Despentes Vernon Subutex était d'ailleurs irréprochable dans le vocabulaire employé. Mais toutes les boîtes de production ne sont pas Telfrance Série (qui chapeaute la série de France 3). Naelle Dariya se souvient d'une annonce de casting qu'elle a reçu récemment : « J'ai reçu un mail d'une directrice de casting. La nana me dit "série américaine, on cherche des transsexuels et des drag queens". Déjà, je ne vois pas ce qu'il y a de commun entre une drag queen et une personne trans, mais en plus il n'y avait aucune précision sur les traits de caractère, le physique ou l'âge recherchés... Je me suis sentie complètement déshumanisée. »

Rôles pédagogiques

Plus belle la vie, une étape importante ? Oui, mais ce n'est pas la panacée non plus. Le personnage joué par Jonas Ben Ahmed vient apporter de l'aide à Antoine (joué par l'actrice cisgenre Enola Righi), un ado qui vient juste de faire son coming out trans. Si la transidentité est belle et bien abordée par les scénaristes de France 3, elle l'est encore une fois sous l'angle de l'explication de texte. Le personnage de Dimitri est là pour expliquer ce que c'est d'être trans et rien d'autre, comme bien souvent dans la fiction hexagonale.
« La transidentité d'un personnage devrait être un trait de caractère comme un autre. »
Les productions étrangères, elles, sortent peu à peu de ce réflexe suranné. On pense notamment au magnifique film chilien Une femme fantastique qui met en scène une femme trans sans expliquer son identité. Mais en France, il semble que les réalisateurs et réalisatrices préfèrent toujours expliquer « le fait trans ». Peut être que les Français.e.s en ont encore besoin, ou peut-être, comme le pense Pascale Ourbih « que tout le monde est au courant » et qu'il est temps que les acteurs et actrices trans jouent « Monsieur et Madame tout le monde »« La transidentité d'un personnage devrait être un trait de caractère comme un autre » explique Karine Espineira, car « les personnes trans sont dans le monde, pas en marge et sommées de s'expliquer sur ce qu'elles sont ».

Une question de personnalité

Jonas Ben Ahmed y met en tout cas du sien. L'acteur de 26 ans a enchaîné les interviews pendant plusieurs semaines et n'a pas hésité à (justement) faire preuve de pédagogie et de patience, notamment en revenant sur son histoire personnelle. Le Lyonnais pourrait-il être l'équivalent français de Laverne Cox, qui est devenue l'égérie de la cause trans États-Unis ? « C'était la bonne personnalité au bon moment » juge Karine Espineira. Surtout que l'actrice américaine, révélée dans la série Netflix Orange is the new black, a accepté de devenir pendant un temps la porte-parole de la lutte pour les droits des personnes trans outre-Atlantique. Jonas Ben Ahmed en a-t-il seulement l'envie ? Il est en tout cas présenté comme « l'acteur dont tout le monde va parler » par Yann Barthès dans Quotidien. Et puis, souligne Pascale Ourbih, encore faut-il que les producteurs et productrices lui offrent des rôles après son passage dans Plus belle la vie, et pas seulement celui « du trans de service ». Un enchainement de propositions identiques avait fini par lasser l'actrice qui avait envie de toucher à tous les rôles. L'autre risque, comme l'explique Naelle Dariya, c'est que l'on ne rappelle pas Jonas Ben Ahmed : « Ce qui est rageant c'est qu'on a eu plein d'actrices et d'acteurs qui ont eu un premier rôle magnifique et qu'on n'a jamais rappelé ensuite ». Une récurrence qui explique aussi pourquoi « il y a peu d'acteurs trans professionnels », explique la militante. Réaliste, elle dit se satisfaire de Plus belle la vie « pour l'instant », mais note que « le changement aura vraiment lieu quand les récits ne se construiront plus autour de la transidentité des personnages, qui ne devrait être qu'un détail ».
« Ce qui est rageant c'est qu'on a eu plein d'actrices et d'acteurs qui ont eu un premier rôle magnifique et qu'on a jamais rappelé ensuite ».
Peut-être un jour verrons-nous l'équivalent français de Nomi dans Sense8, la série des sœurs Wachowski ? Le personnage, incarné par l'actrice trans Jamie Clayton, a beau être une femme trans, à aucun moment les storylines de la série ne tournent autour de sa transidentité. Et aucun des sept autres personnages principaux du show de Netflix ne viennent la remettre en cause. Elle est acceptée pour ce qu'elle est, et « dans le monde, pas à côté » pour reprendre l'expression de Karine Espineira. Chiche ? " ["post_title"]=> string(89) "Révolution trans dans « Plus Belle La Vie » : un tournant pour la fiction française ?" ["post_excerpt"]=> string(247) "En castant Jonas Ben Ahmed pour incarner Dimitri, un jeune trans, la série « Plus belle la vie » a marqué les esprits. Est-ce le signe que la fiction française est en train de revoir son traitement de la transidentité ? Komitid a enquêté. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(40) "plus-belle-la-vie-trans-acteurs-actrices" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-04 13:07:04" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-04 11:07:04" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=2612" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [4]=> object(WP_Post)#15278 (24) { ["ID"]=> int(1895) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-03-12 11:27:25" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-03-12 10:27:25" ["post_content"]=> string(6071) "Combien de personnes transgenres portent les couleurs de la France dans les compétitions internationales ? Combien s'entraînent tous les jours, soit au sein d'une équipe, soit dans la solitude ? Beaucoup, sans doute, mais en secret. C'est la conviction de Sandra Forgues, première sportive française à avoir fait son coming out transgenre. C'est au quotidien l'Équipe que la championne olympique de 1996 a choisi de se confier. Une façon de plus de briser l'omerta, car le journal est très populaire (plus de 200 000 exemplaires par jour) chez les fans de sport, et a de plus en plus tendance à être précurseur. [embed]https://twitter.com/FredWaringuez/status/971863892560314374[/embed]
« Pour moi le sport c'était un exutoire, une façon de me dire  "mais si tu es normal. Tu réussis, alors, arrête tes conneries"»
Dans le grand entretien, la sportive revient sur ses années de vie secrète. « Je vis un rêve. Jusque-là, j’avais une vie sociale, familiale et professionnelle vraiment réussie. J’étais engagée dans un milliard de trucs. Mais ma vie intime était en prison ». Mariée, mère de deux enfants, la championne de canoë raconte avoir ramé pour s'accepter telle qu'elle est. « À chaque fois que je devais lutter contre moi-même, je me réfugiais dans le sport, dans mes capacités physiques qui étaient assez fortes. Je surjouais même. Je me forgeais un corps de "marines" [...] pour moi le sport c'était un exutoire, une façon de me dire "mais si tu es normal. Tu réussis, alors, arrête tes conneries". Quand j'ai été sélectionnée aux JO, je me suis dit, ça y est, tu es un vrai mec, tu es passée à autre chose. Mais on ne lutte pas contre soi-même. »
« Ce n’est pas le fait d’être la première qui m’intéresse, c’est le fait de ne pas être la seule »
En exposant sa vie personnelle, Sandra Forgues espère ouvrir la voie, briser l'omerta. Elle raconte au quotidien sportif avoir été très entourée par le monde du sport, souvent jugé rétrograde sur les questions LGBT+ (parfois à raison). « C’est moi qui ai pris une claque. Je pensais que ce serait très difficile, eh bien non. […] Tout le monde m’a officiellement demandé de poursuivre mes missions. » Galvanisée par son coming out et par la façon dont la nouvelle a été reçue, la championne espère avec cet entretien aider des camarades qu'elle pense nombreux. « Ce n’est pas le fait d’être la première qui m’intéresse, c’est le fait de ne pas être la seule. J’ai envie de transmettre un message de bonheur. »

Une réaction médiatique à deux vitesses

Le principe d'une première comme celle-ci, c'est que la reprise de l'information par les autres journaux est pléthorique. Une bonne nouvelle dans un cas comme le coming out de Sandra Forgues : plus il y a d'articles, plus l'information contribue à changer les mentalités, aider les personnes transgenres enfermées dans leur placard à s'identifier. Malheureusement, si la plupart des médias ont fait leur travail avec respect, d'autres ont été bien moins rigoureux. Exemple : « Le champion olympique de canoë Wilfrid Forgues raconte comment il est devenu Sandra » titre La Parisienne dans un article du 9 mars. Non seulement l'article maladroit utilise le masculin pour identifier Sandra Forgues, il mentionne aussi son dead-name (l'ancien prénom) avant même son nom d'usage. Le journaliste fait même d'une pierre deux coups en comparant la championne française à l'Américaine Caitlyn Jenner « C’est la première Caitlyn Jenner à la française. Comme "Bruce Jenner", qui avait gagné l’or olympique en décathlon, Wilfrid Forgues est champion olympique de canoë biplace à Atlanta en 1996 ». Rachel Garrat-Valcarel, membre de l'Association des Journalistes LGBT (AJL), se félicite de ce coming out médiatique. « Je trouve très important que ce coming out ait eu alors un large écho (...) Le fait que L'Equipe choisisse de donner une grande place à l'interview d'une championne olympique française trans, la première ouvertement, est donc un choix éditorial à saluer.» Concernant les différents articles qui ont suivi, la journaliste préfère voir le verre à moitié plein, mais regrette que ses collègues répètent les mêmes maladresses.  « Sans surprise il y a du positif et du négatif. C'est bien une preuve de la pertinence du travail de l'AJL. Je veux retenir que plusieurs médias, et des médias important ont réussi à éviter plusieurs écueils récurrents dans le traitement des personnes trans dans la presse. On est quand même obligé de noter que ce comportement n'est pas encore la norme. Je pense là à certaines questions qui ont été posées à Sandra Forgues en interview : s'interroger sur le fait qu'elle ai été mariée à une femme et qu'elle a eu des enfants entretient une confusion entre orientation sexuelle et transidentité. Deux notions pourtant très différentes. Enfin, on peut regretter qu'une importance encore démesurée soit donnée à la transition physique des personnes trans, à travers des questions sur le "parcours chirurgical" de l’athlète, qui ne regarde qu'elle et elle seule. » [embed]https://twitter.com/ajlgbt/status/972418667576209408[/embed]  " ["post_title"]=> string(48) "Sandra Forgues, la révélation d'une championne" ["post_excerpt"]=> string(242) "Il y a 22 ans, Sandra Forgues montait sur la première marche du podium des Jeux Olympiques d'Atlanta pour sa performance en canoë biplace. Le 9 mars, elle a fait son coming out transgenre dans les pages sacrées de l'Equipe. Une première. " ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(26) "sandra-forgues-trans-sport" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-13 10:06:52" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-13 08:06:52" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=1895" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

L'OMS retire enfin la transidentité de sa liste des maladies mentales

Publié le

C'est une nouvelle que l'on attendait depuis de nombreuses années. La nouvelle version de la Classification internationale des maladies sera validée en mai l'année prochaine.

Le logo de l'OMS
Le logo de l'OMS / memodji via Shutterstock

C’est une décision historique, même si elle n’est pas encore complètement finale. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) vient de retirer la transidentité de sa liste des maladies mentales de sa nouvelle Classification internationale des maladies (CIM-11).

Tous les sujets relatifs aux questions trans ont donc été retirés des chapitres concernant les maladies et désordres mentaux, une victoire attendue depuis bien longtemps pour les associations et militant.e.s. Dans le même temps, l’organisation internationale en a profité pour introduire plusieurs catégories concernant l’incongruence de genre (que l’on pourrait traduire par la non cohérence de genre) dans le chapitre sur la santé sexuelle.

La bonne nouvelle, qui signifie donc un pas supplémentaire pour la dépathologisation de la transidentité, a largement été célébrée sur les réseaux sociaux. La décision de l’OMS devra encore être soumise à un vote des États membres en mai 2019, lors de l’Assemblée mondiale de la Santé. Les nouvelles recommandations entreront ensuite en vigueur en janvier 2022. Le temps, explique l’OMS dans un communiqué, de laisser « les pays planifier leur utilisation de la nouvelle version ».