Arrestations et violences policières à la Belgian Pride de Bruxelles

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Suite à des actions de protestation envers le char du parti nationaliste à la marche des fiertés de Bruxelles, une importante répression policière s'est déroulée dans la capitale belge. Komitid a interrogé plusieurs personnes sur le déroulement de cette Pride.

Violences policières à la Belgian Pride 2018a
Violences policières à la Belgian Pride 2018a - Alcess Seg / Facebook

Ce samedi 19 mai, la ville de Bruxelles célébrait les identités LGBT+ avec la Belgian Pride Parade. De nombreux et nombreuses militant.e.s ont protesté face à la présence d’un char de la N-VA (Nieuw-Vlaamse Alliantie, alliance néo-flamande), parti nationaliste dont les accointances avec l’extrême-droite et la démarche de pinkwashing homo-nationaliste, sont régulièrement dénoncées. L’intervention des forces de l’ordre ne s’est pas faite attendre, entrainant 5 arrestations. Komitid a pu recueillir les témoignages de plusieurs personnes qui ont assisté au déferlement de violences à l’encontre des militant.e.s opposé.e.s à la présence du N-VA dans la Parade.

« Je bossais sur la marche avec Ex Aequo, la N-VA était derrière », raconte Mans auprès de Komitid. « Nous, ça nous saoulait alors on a organisé un die in improvisé au niveau de la Bourse. Ça a bien marché, puis on a avancé et on n’a pas vu le char de la N-VA pendant au moins 20 minutes. »

Après le die in, d’autres militant.e.s ont pris le relais pour signifier leur désaccord avec la présence de la N-VA à la Pride.

« Avec le Collectif de Lutte Trans, on avait organisé un petit bloc vénère, et on marchait derrière Utsopi », décrit Joana. « Juste après le die-in, on était quelques-un.e.s à vouloir se rapprocher du char pour quelques slogans. Le temps qu’on arrive, quatre personnes étaient sur le sol, et le public sur le côté gauche séparé en deux par la police. Là, on s’est mis à crier des slogans, on a tenté de faire libérer les personnes mais la police était extrêmement agressive et nous a menacé.e.s de gaz lacrymo à bout portant ». Entre temps, plusieurs personnes ont tenté de détacher la banderole du char du parti politique. « Tenté est le bon mot puisque nous avons à peine eu le temps de l’agripper que cinq flics nous ont sauté dessus », poursuit Mathilde. « Concrètement, le char de la NV-A était sous protection, c’était à prévoir. »

«  On a passé le reste de la marche derrière la N-VA en criant, le tout sous présence policière renforcée autour de la Grand-Place », continue Joana. «  En fin de marche, nous nous sommes rassemblé.e.s et nous avons décidé d’aller demander la libération des activistes.  »

Une cinquantaine de personnes se sont alors présentées devant le commissariat proche de la Grand-Place pour crier des slogans. Selon Joana, une « ambiance bon enfant » a fini par s’installer : « Certain.e.s discutaient avec la police en les qualifiant de “super sympa” et d’un coup, sans sommation, on a été est repoussé.e.s. Le niveau de violence de la police était largement exagéré : ça faisait des heures qu’on était là sans avoir constitué une menace d’aucune sorte. Et la seconde d’après, c’était coups et insultes ».

Gweny a assisté à la scène et a aussi reçu des coups : « Un policier a levé une personne du sol quasi au niveau de sa tête puis l’a relâchée laissant cette personne retomber violemment au sol, au minimum deux fois. En même temps, à quelques mètres de là, des policiers poussaient d’autre camarades sur les vélos et autres deux-roues, des personnes tombaient (voir la vidéo ci-dessus, ndlr). J’ai ensuite reçu un coup de poing au niveau des côtes. J’ai senti un craquement et je me suis écroulé.e de douleur. On a été extrait.e.s, mais en dehors de la ligne de flics, on a continué à recevoir des coups. Un policier a sorti sa matraque, m’a pointé.e avec et a dit “ toi je vais pas te louper ”. On a fini par se défendre et riposter. Oksana a été poussée au sol et à ce moment là, le flic à la matraque lui a donné un coup de matraque sur sa cuisse de toutes ses forces ».

Marque de coup de matraque reçu par une manifestante à la Belgian Pride Parade 2018

Marque de coup de matraque reçu par une manifestante à la Belgian Pride Parade 2018

Au-delà de la violence physique, ce que n’ont de cesse de dénoncer de nombreux et nombreuses activistes depuis hier soir sur les réseaux sociaux, c’est que l’organisation de la pride a soutenu la N-VA, et n’a pas condamné l’attitude des forces de l’ordre.

Elio de Bolle, coordinateur de la Pride a déclaré « Nous organisons une fête de la diversité et nous ne tolérons et ne condamnons aucun cas de violence physique et verbale. Il est important que tout le monde soit le bienvenu ici et que nous commencions à nous écouter les uns les autres. »

Plusieurs posts très détaillés sur le déroulement de la journée ont été publiés sur Facebook, en réponse à la couverture médiatique, jugée insuffisante par les manifestant.e.s pris.es à parti par les policiers et leurs camarades.

Le point commun de ces retours d’expérience très appuyés ? La référence aux émeutes de Stonewall, face au harcèlement policier, en 1969, et dont la commémoration est devenue la marche des fiertés.

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