le silence sonne merdique et que je m'excuse trop) : les mots concernants d'une performeuse de 27 ans. Accoudées au piano, assises sur le parquet, les femmes écoutent les mots des autres femmes. Elles sont venues de partout pour cela.
« C'est la première fois qu'on est si nombreuses »
« Je ne sais pas si ça fait quatre ou cinq ans que l'on organise cela, mais c'est la première fois qu'on est si nombreuses ». Jessica Gysel est contente de voir que son concept fonctionne. Rédactrice en chef de la revue lesbienne Girls like us, elle est à l'initiative de ces week-end de découverte de Bruxelles entre femmes. Elle peut être heureuse : les femmes de tous âges qui ont réservé viennent de partout, de San Francisco à Aman en passant par Gant, la ville d'à-côté. Elles ont opté pour plusieurs formules de 200 à 250 euros avec l'hôtel, 50 euros sans l'hôtel. Selon Jessica Gysel, c'est un moyen, en partenariat avec le gouvernement local, de féminiser la scène LGBT+ de sa ville, où l'invisibilité des lesbiennes est criante. Pour les participantes, c'est l'occasion de visiter la capitale sous l'angle de l'histoire des femmes (la « herstory » selon l'expression américaine), de découvrir des artistes... et aussi de passer sans complexe du temps entre elles. [caption id="attachment_4499" align="alignnone" width="570"] Promenade dans l'histoire lesbienne et féministe de Bruxelles / ALP[/caption]

Herstory, art contemporain, baby-foot et grosse teuf

Après la soirée amuse-bouche de performances, le week-end commence par un tour du Bruxelles Lesbien et féministe, avec la sociologue Marian Lens qui s'est équipée d'une mignonne pochette en laine rainbow-flag pour l'occasion. En guise de prémices, elle explique le rapport qu'ont eu les lesbiennes avec la géographie de la ville, rappelant combien il était important de savoir où se situer, dans une ville autrefois en-placardée et corsetée : « on a commencé par s'installer dans le sud et l'est de la ville avant de gagner le centre-ville, puis de le quitter ». Pendant trois bonnes heures, la fondatrice de l'ancienne librairie lesbienne Artemys promène la bande dans la ville, avec une anecdote chaque fois plus chouette. Au bout de l'avenue Louise, elle rappelle que Marguerite Yourcenar, auteure des Mémoires d'Hadrien, est née tout près. Devant le Palais de Justice, elle rappelle les chiffres du mariage pour tous et toutes en Belgique et plaisante : « qui divorce le plus, les lesbiennes ou les gays ? ». Réponse ? Les lesbiennes, « parce qu'on est plus indépendantes ». Elle nous trimballe aussi dans les prestigieuses galeries royales où elle tenait sa librairie et devant la fontaine Janneke Pis, l'équivalent féminin du Manneken Pis, installée en 1987 par un restaurateur qui l'a dédiée à la fidélité. Quelques couples balancent des pièces (et notre coeur fond). [caption id="attachment_4551" align="alignnone" width="1300"]girls heart bruxelles / marian lens Dialogue entre Marian Lens et des participantes devant l'ancienne librairie Artemysia / ALP[/caption] La politique est aussi (surtout) au rendez-vous pendant la visite : sur une petite place, Marian Lens rappelle que cette année, la Pride de Bruxelles est un hommage à Ihsane Jarfi, un jeune homme assassiné en 2012 parce qu'il était gay. Elle souligne aussi qu'au même moment, une jeune femme avait été assassinée parce qu'elle était lesbienne, sans faire la Une. Devant la statue de la Reine Elizabeth, qui fait face à celle de son mari le roi Albert Ier près de la Gare Centrale, l'historienne en chemise de laine fait une observation « regardez comme il semble l'écraser, la dominer sur son cheval ». Marian Lens se souvient de sa colère au moment de son installation : « elle était très amie avec Eleanor de Roosevelt, ouvertement bisexuelle... du coup nous avons manifesté notre mécontentement en inscrivant « God save the gouine » à ses pieds ».
« Surtout ne manquez pas le sauna installé dans une Fiat multipla qui est quelque part en haut »
La journée continue avec un déjeuner épique dans une très bonne table récemment créé par une femme (les assiettes végétarienne et véganes) auquel succède un tournoi de baby foot à la Maison Arc-en-ciel, une institution dans le quartier gay (la rue du marché au charbon). Dans la nuit chaude du printemps Bruxellois,  une soirée fancy avec dancefloor affriolant est donnée le long du canal, la Catclub party. Pour celles qui ont encore des forces, la journée du lendemain est consacrée à l'art contemporain avec une visite de la Foire Art Brussels, qui a été conçue pour l'occasion et met en lumière la création féminine. La petite troupe de femmes chemine entre les oeuvres et se fraie un chemin, main dans la main, entre les riches amateurs et amatrices qui cherchent la perle rare. Un petit délice. Mais Jessica et son assistante Arianna ont également prévu de faire un tour au Poppositions, un festival off favorisant la création belge et jeune. « Surtout ne manquez pas le sauna installé dans une fiat multipla qui est quelque part en haut, sourit la patronne, ça vaut le détour ! », tonne Jessica Gysel. [caption id="attachment_4554" align="alignnone" width="1300"] Une participante devant une oeuvre de Marina Abramović à Art Brussels / ALP[/caption]

Une proposition anti Dinah-Shore

Deux jours de promenades et de découvertes artistiques, c'est une chose, deux jours entre lesbiennes de tous horizons c'est autre chose. Le tourisme lesbien, on connaissait déjà... outre atlantique. Aux États-Unis, où le communautarisme n'est jamais vu d'un mauvais oeil, les lesbiennes sont une cible marketing comme une autre. Symbole de ce business florissant : Le Dinah Shore, un giga festival qui attire chaque année des milliers de lesbiennes avides de teuf, à Palm Springs.
Pendant deux jours, l'art et l'histoire ont été l'occasion de créer une mini internationale lesbienne.
Pour un précédent sujet, je m'étais inscrite à une croisière Olivia, 1900 lesbiennes sur un bateau flottant dans les eaux bleues des Bahamas. Si l'extrême consumérisme était au rendez-vous, quelque chose de bouleversant était aussi arrivé : les vacances entre inconnues étaient l'occasion d'une parenthèse hors du monde hétéro et masculin. Cet espace nouveau provoquait des discussions passionnantes, un relâchement complice. Pour cette septième édition de Girls Heart Bruxelles, elles étaient venues d'Amsterdam, de Cologne, de Londres et d'Aman, de Berlin ou Rotterdam, de Gant et Marseille, de San Francisco, de Pologne, du Kosovo, de Croatie. Qu'elles boivent un cocktail ou écoutent de la poésie, qu'elles dansent ou randonnent, rigolent d'une oeuvre d'art étrange ou commentent un plat vegan et des projets de vacances, ces femmes ont aussi comparé l'égalité des droits dans leurs pays respectifs, parlé PMA et ce que c'est d'être out au travail ou dans sa famille. L'entre-soi permet de belles choses, aussi, à commencer par le fait de se sentir à l'aise en tenant sa copine dans ses bras, dans un groupe qu'on ne connait pas. Pendant deux jours, l'art et l'histoire ont été l'occasion de créer une mini internationale lesbienne. [caption id="attachment_4560" align="alignnone" width="1300"] "More or less female", c'était la fête du tote-bag et du t-shirt / ALP[/caption]

Bruxelles, ville LGBT friendly

« J'étais déjà rédactrice en chef du magazine Girls like us quand le gouvernement m'a contactée avec une proposition : créer quelque chose comme le Dinah Shore à Bruxelles. Au final, Girls heart Bruxelles je trouve que c'est le juste équilibre entre partage culturel et festivité, les visites lesbiennes ne sont pas un prétexte », rappelle Jessica Gysel. C'est donc la cinquième année qu'elle et sa team font fonctionner un magazine, et proposent ces week-end lesbiens à Bruxelles. Par le passé, des centaines de participantes ont pu découvrir le Bruxelles et sa gastronomie hype, sa mode trendy, sa scène artistique, son festival Pink Screens. Bientôt, Jessica Gysel et quatre autres membres de la communauté vont ouvrir un pop-up bar, quai aux briques, qui sera ouvert du 3 mai au premier juillet 2018. « C'était un resto grec laissé vacant pendant 20 ans et tout le monde a retroussé ses manches pour ouvrir au moment de la Pride », sourit-elle. Le nom de l'endroit qui promet (oui, on a vu les travaux en exclusivité) : Mothers and Daughters. « C'est important pour nous de montrer combien les générations de lesbiennes se nourrissent les unes les autres et c'est aussi un petit clin d'oeil à tout ce qu'on peut entendre sur les relations entre femmes, par exemple qu'il y a des relations mère-filles incestueuses, et puis qu'on se ressemble toutes parce qu'on a toutes la même coupe de cheveux... ». [caption id="attachment_4585" align="alignnone" width="1300"]Jessica Gyzel Jessica Gyzel devant la future place-to-be bruxelloise, Mothers and Daughters / ALP[/caption]
« La Ministre (...) porte une attention particulière aux initiatives des femmes lesbiennes »
Jessica Gysel tient à souligner combien tout cela est le fruit d'une longue collaboration entre les membres de la communauté : c'est l'artiste Lucy McKenzie qui a offert les fresques du lieu, c'est un collectif d'archives féministes qui s'occupe de l'expo, « Brussels Almanack Lesbians » qui promet « ressortir de notre passé les espaces radicaux, pour tracer les herstories lesbiennes polyphoniques ». Elle rappelle aussi que le soutien du gouvernement local reste capital, pour que les initiatives LGBT+ et lesbiennes particulièrement, continuent de nourrir l'attractivité de la capitale. « C’est la volonté de Bianca Debaets (Secrétaire d'Etat à la Région de Bruxelles-Capitale, chargée de la Coopération au Développement, ndlr) de rassembler et connecter tout le monde » explique son directeur de cabinet Thomas Delchambre à Komitid. « La Ministre a fait approuver par le gouvernement un plan d'actions en 28 points pour lutter contre les LGBTIQphobies (sic) et porte une attention particulière aux initiatives des femmes lesbiennes ». Le Ministère d'égalité des chances equal.brussels soutient aussi la Fondation Ihsane Jarfi, l'association des Rainbow cops, la Pride, le festival des films LGBT d'Afrique et de ses diasporas Massimadi, l'association Genres pluriels et des formations à de sensibilisation au sein des forces de police (ce qui pourrait inspirer la nôtre, de police). Le fonctionnaire considère qu'il faut toujours en faire plus : « Bruxelles est déjà une destination LGBTIQ friendly, mais on doit encore beaucoup plus accentuer ce fait sur la scène mondiale ». [caption id="attachment_4461" align="alignnone" width="1300"]Girls heart Brussels Affiche de la septième édition de Girls Heart Brussels / Girls heart Brussels[/caption]  " ["post_title"]=> string(66) "Testé pour vous : le week-end arty et queer Girls Heart Brussels" ["post_excerpt"]=> string(230) "Depuis cinq ans, à Bruxelles, des flopées de lesbiennes envahissent les rues pour des week-ends intellos mais pas que, organisés pour elles. Elles ont Bruxelles à coeur (et Bruxelles les adore), c'est les Girls Heart Brussels." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(56) "teste-pour-vous-week-end-arty-queer-girls-heart-brussels" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(80) " https://www.neonmag.fr/reportage-en-croisiere-avec-1-900-lesbiennes-476678.html" ["post_modified"]=> string(19) "2019-04-10 10:55:04" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-04-10 08:55:04" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=4455" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#15292 (24) { ["ID"]=> int(3999) ["post_author"]=> string(1) "5" ["post_date"]=> string(19) "2018-04-17 10:31:19" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-04-17 08:31:19" ["post_content"]=> string(2278) "Ils rentraient bras dessus, bras dessous d'une soirée queer quand deux amoureux auraient été agressés en plein cœur Bruxelles, dans le quartier de la Bourse, mitoyen du quartier gay. « De tout l'orage psychologique qui me tourmente, je n'arrive à formuler qu'une chose : Je ne m'adapterai pas à cette société malade, à cette misère morale et spirituelle, où tenir la main de quelqu'un constitue un objet de haine et agression ». Le couple a posté sur Facebook le récit de l'attaque en ajoutant des photos montrant la violence des coups... et une photo de baiser, pour montrer qu'ils ont gagné.
« Je suis assez pessimiste car on ne prend pas le problème à bras-le-corps »
La capitale belge a dernièrement été touchée par plusieurs violences de ce type. Le conseiller communal Michaël François (Défi) a déjà alerté les autorités locales sur les agressions homophobes commises dans le quartier. Il s'est exprimé dans les colonnes de la Dernière Heure : « J'ai déjà demandé des statistiques en matière d'agression homophobe, via les amendes », dit-t-il au quotidien. « Je connais beaucoup de gens de la communauté LGBT qui en ont plus que marre », explique l'élu. « Cela m'inquiète car le discours dominant devient de plus en plus dur, parfois même xénophobe, vis-à-vis de la communauté voisine du quartier gay (une population d'origine marocaine, ndlr). Je suis assez pessimiste car on ne prend pas le problème à bras-le-corps. Certes, la Ville subventionne des associations, la Belgian Pride a pris possession du centre-ville depuis plusieurs années... Mais c'est très insuffisant et les décideurs politiques ne prennent pas le problème assez au sérieux : il faut (ré)éduquer et sévir aussi ! ».  " ["post_title"]=> string(67) "Belgique : un couple victime d'une agression homophobe à Bruxelles" ["post_excerpt"]=> string(199) "D'après le témoignage du couple, posté sur les réseaux sociaux, les agresseurs étaient des adolescents. Une mauvaise rencontre qui témoigne de la montée de l'homophobie dans la capitale belge." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(29) "agression-homophobe-bruxelles" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-04-17 17:51:01" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-04-17 15:51:01" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=3999" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [2]=> object(WP_Post)#15293 (24) { ["ID"]=> int(6229) ["post_author"]=> string(1) "2" ["post_date"]=> string(19) "2018-05-11 16:10:20" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2018-05-11 14:10:20" ["post_content"]=> string(2953) "Pour la première fois en Belgique, un centre d'accueil pour les jeunes LGBT+ va voir le jour. L'association Midnimo, qui mène ce projet, s'est inspirée du modèle du Refuge en France, structure créée en 2003 pour offrir soutien et hébergement aux jeunes mis à la porte de leur foyer en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Les besoins sont réels à Bruxelles, mais rien n'est prévu pour épauler ces jeunes, comme l'expliquait auprès de la RTBF Dimitri Verdonck, porte-parole du Refuge Bruxelles - Brussel Opvanghuis : « La Maison Arc-en-ciel, qui regroupe les associations LGBT bruxelloises, indique que chaque semaine, elle est sollicitée par des jeunes qui vivent une situation d'exclusion du domicile familial et qui se retrouvent à la rue. Des jeunes atterrissent donc au Samusocial. En parallèle, on constate qu'il y a un réseau d'entraide mais strictement privé, avec tout ce que cela comporte d'intéressant mais aussi un manque de professionnalisme. D'où ce projet de refuge beaucoup plus travaillé. »

Une solution d'hébergement, mais pas que

Midnimo souhaite aider ces jeunes LGBT+ à trouver un logement, mais la seule question de l'hébergement n'est pas suffisante. L'association entend donc proposer un accompagnement global, sur la question de l'emploi, de la santé, mais une aide sociale et juridique. Enfin, la structure prévoit qu'un quart de ses places sera destiné à des jeunes migrants LGBT+ « qui sont souvent pris dans des situations très difficiles : victimes d’homophobie, de racisme, de “chasse aux migrants” » et qui ont besoin « d’un hébergement et d’un encadrement sécurisant à tous les niveaux. » Initialement prévue en mai, l'ouverture de la structure doit se faire au mois de juin. Une conférence de lancement est annoncée pour le 18 mai, en présence de plusieurs représentant.e.s d'associations et de personnalités politiques, comme l'ancien Premier ministre Elio di Rupo." ["post_title"]=> string(64) "Bruxelles aura bientôt son premier refuge pour les jeunes LGBT+" ["post_excerpt"]=> string(147) "Héberger les jeunes LGBT+ en rupture familiale, c'est l'objectif de l'association Midnimo avec ce « Refuge » bruxellois, le premier en Belgique." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(6) "closed" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(28) "bruxelles-refuge-jeunes-lgbt" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2018-05-11 16:10:20" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2018-05-11 14:10:20" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://www.komitid.fr/?p=6229" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

Arrestations et violences policières à la Belgian Pride de Bruxelles

Publié le

Suite à des actions de protestation envers le char du parti nationaliste à la marche des fiertés de Bruxelles, une importante répression policière s'est déroulée dans la capitale belge. Komitid a interrogé plusieurs personnes sur le déroulement de cette Pride.

Violences policières à la Belgian Pride 2018a
Violences policières à la Belgian Pride 2018a - Alcess Seg / Facebook

Ce samedi 19 mai, la ville de Bruxelles célébrait les identités LGBT+ avec la Belgian Pride Parade. De nombreux et nombreuses militant.e.s ont protesté face à la présence d’un char de la N-VA (Nieuw-Vlaamse Alliantie, alliance néo-flamande), parti nationaliste dont les accointances avec l’extrême-droite et la démarche de pinkwashing homo-nationaliste, sont régulièrement dénoncées. L’intervention des forces de l’ordre ne s’est pas faite attendre, entrainant 5 arrestations. Komitid a pu recueillir les témoignages de plusieurs personnes qui ont assisté au déferlement de violences à l’encontre des militant.e.s opposé.e.s à la présence du N-VA dans la Parade.

« Je bossais sur la marche avec Ex Aequo, la N-VA était derrière », raconte Mans auprès de Komitid. « Nous, ça nous saoulait alors on a organisé un die in improvisé au niveau de la Bourse. Ça a bien marché, puis on a avancé et on n’a pas vu le char de la N-VA pendant au moins 20 minutes. »

Après le die in, d’autres militant.e.s ont pris le relais pour signifier leur désaccord avec la présence de la N-VA à la Pride.

« Avec le Collectif de Lutte Trans, on avait organisé un petit bloc vénère, et on marchait derrière Utsopi », décrit Joana. « Juste après le die-in, on était quelques-un.e.s à vouloir se rapprocher du char pour quelques slogans. Le temps qu’on arrive, quatre personnes étaient sur le sol, et le public sur le côté gauche séparé en deux par la police. Là, on s’est mis à crier des slogans, on a tenté de faire libérer les personnes mais la police était extrêmement agressive et nous a menacé.e.s de gaz lacrymo à bout portant ». Entre temps, plusieurs personnes ont tenté de détacher la banderole du char du parti politique. « Tenté est le bon mot puisque nous avons à peine eu le temps de l’agripper que cinq flics nous ont sauté dessus », poursuit Mathilde. « Concrètement, le char de la NV-A était sous protection, c’était à prévoir. »

«  On a passé le reste de la marche derrière la N-VA en criant, le tout sous présence policière renforcée autour de la Grand-Place », continue Joana. «  En fin de marche, nous nous sommes rassemblé.e.s et nous avons décidé d’aller demander la libération des activistes.  »

Une cinquantaine de personnes se sont alors présentées devant le commissariat proche de la Grand-Place pour crier des slogans. Selon Joana, une « ambiance bon enfant » a fini par s’installer : « Certain.e.s discutaient avec la police en les qualifiant de “super sympa” et d’un coup, sans sommation, on a été est repoussé.e.s. Le niveau de violence de la police était largement exagéré : ça faisait des heures qu’on était là sans avoir constitué une menace d’aucune sorte. Et la seconde d’après, c’était coups et insultes ».

Gweny a assisté à la scène et a aussi reçu des coups : « Un policier a levé une personne du sol quasi au niveau de sa tête puis l’a relâchée laissant cette personne retomber violemment au sol, au minimum deux fois. En même temps, à quelques mètres de là, des policiers poussaient d’autre camarades sur les vélos et autres deux-roues, des personnes tombaient (voir la vidéo ci-dessus, ndlr). J’ai ensuite reçu un coup de poing au niveau des côtes. J’ai senti un craquement et je me suis écroulé.e de douleur. On a été extrait.e.s, mais en dehors de la ligne de flics, on a continué à recevoir des coups. Un policier a sorti sa matraque, m’a pointé.e avec et a dit “ toi je vais pas te louper ”. On a fini par se défendre et riposter. Oksana a été poussée au sol et à ce moment là, le flic à la matraque lui a donné un coup de matraque sur sa cuisse de toutes ses forces ».

Marque de coup de matraque reçu par une manifestante à la Belgian Pride Parade 2018

Marque de coup de matraque reçu par une manifestante à la Belgian Pride Parade 2018

Au-delà de la violence physique, ce que n’ont de cesse de dénoncer de nombreux et nombreuses activistes depuis hier soir sur les réseaux sociaux, c’est que l’organisation de la pride a soutenu la N-VA, et n’a pas condamné l’attitude des forces de l’ordre.

Elio de Bolle, coordinateur de la Pride a déclaré « Nous organisons une fête de la diversité et nous ne tolérons et ne condamnons aucun cas de violence physique et verbale. Il est important que tout le monde soit le bienvenu ici et que nous commencions à nous écouter les uns les autres. »

Plusieurs posts très détaillés sur le déroulement de la journée ont été publiés sur Facebook, en réponse à la couverture médiatique, jugée insuffisante par les manifestant.e.s pris.es à parti par les policiers et leurs camarades.

Le point commun de ces retours d’expérience très appuyés ? La référence aux émeutes de Stonewall, face au harcèlement policier, en 1969, et dont la commémoration est devenue la marche des fiertés.