Marine Le Pen s'est trompée, Jeanne d'Arc est en fait une icône queer

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Kittredge Cherry, pasteure protestante lesbienne et activiste LGBT+, nous raconte cette facette trop souvent invisibilisée d'une importante figure LGBT+ que s'est ironiquement appropriée l'extrême droite française.

Jeanne d'Arc, icône queer sous-estimée
Statue de Jeanne d'Arc sertie d'un arc-en-ciel - L F File/Shutterstock
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C'est une tradition inébranlable. Chaque 1er mai, le Front national et ses accointances d’extrême droite rendent visite à Jeanne d’Arc place des Pyramides à Paris en priant, sans doute, pour la fermeture des frontières. En 2018, le rendez-vous a été pris par Marine Le Pen à Cannes, où elle était accompagnée d'autres chef.fe.s de partis d'extrême droite européen. Ils semblent ignorer qu’il s’agit en fait d’une icône queer. Oui, oui, vous avez bien lu, une icône queerKittredge Cherry, pasteure lesbienne, autrice et militante LGBT+ américaine, nous aide à comprendre en quoi c’est sans doute plutôt Jeanne qui devrait s’écrier « au secours ! » lors de ce pèlerinage annuel. Interview.

Komitid : En quoi Jeanne d’Arc est-elle une figure héroïque féministe et LGBT+, pour reprendre vos propres mots ?

Kittredge Cherry : Jeanne d’Arc a brisé les codes du genre avec bravoure. Au XVe siècle, en France, les femmes étaient supposées se marier et être soumises aux hommes. Mais Jeanne d’Arc a eu des visions de saints et d’anges, qui lui ont dit de couper ses cheveux courts, comme un garçon, puis de revêtir l’habit masculin et de partir en guerre. Elle a suivi ses visions queer, et n’a jamais reculé. Elle est morte pour son droit divin de porter des vêtements masculins.

Pensez-vous que Jeanne d’Arc était une butch ? Une lesbienne asexuelle ? Une travestie ? Un homme trans ? Une personne non-binaire ?

Il y a des preuves pour corroborer toutes ces hypothèses. Jeanne d’Arc aurait pu être lesbienne parce qu’elle partageait son lit avec d’autres femmes. Peut-être ont-elles couché ensemble, peut-être est-elle restée chaste. Elle a été officiellement examinée pour attester de sa virginité, mais la seule chose qui a été « prouvée » à l’époque, c’est qu’elle n’avait pas pratiqué de sexe pénétratif, sous entendu avec un homme, et qu’elle avait « un corps de femme ». Puisque Jeanne portait des vêtements masculins, elle aurait tout aussi bien pu s’épanouir, tout simplement, dans ce procédé de travestissement… Quoi qu’il en soit, aucune de ces pistes ne rentre dans les cases des normes, binaires, de genre.

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  • friendlyfire

    Supers liens : merci !
    Pour ceux qui veulent se réapproprier Jeanne d’Arc, ne pas hésiter à jeter un œil au tonique,facétieux et inspiré Jeanne d’Arc de Joseph Delteil. Ca date de 1925 mais ça se trouve facilement dans toutes les bonnes bibliothèques ou librairies.
    Petit extrait plein d’allant :
    « Jeanne n’a rien d’un fade cœur. C’est une âme forte, sans sensiblerie, l’épée à la main. La hardiesse confine à la folie, à la naïveté. Jeanne la hardie est Jeanne la naïve. La naïveté est une arme de gros calibre. (…) La suprême vertu de jeanne, c’est son ignorance. Elle ne connaît pas la courbe, le cercle. Pour Jeanne, le plus court chemin d’un point à un autre, c’est la ligne droite. Elle n’use pas de l’intelligence; elle a mieux: l’instinct !  »
    Vive les 1ers mai dépoussiérés et vive les églantines rouges !