À Metz, l'association Couleurs Gaies joue la provoc' avec un mot d'ordre pro-PMA surprenant

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Provocation gratuite ou invisibilisation des lesbiennes ? Komitid s'est entretenu avec le président de Couleurs Gaies pour comprendre l'origine de cet étonnant slogan.

couleurs gaies 2018
Affiche 2018 de la Marche des fiertés LGBTQ de Metz

« Embargo sur le sperme. Macron doit tout lâcher ! ». L’affiche de la prochaine Marche des fiertés LGBTQ de Metz a été dévoilée ce week-end… et elle attire déjà tous les regards :

La manifestation se déroulera donc le 9 juin, sous un mot d’ordre pro-PMA aux accents volontairement provocateurs. Komitid a contacté Matthieu Gatipon-Bachette, président de Couleurs Gaies pour comprendre ce qui a motivé ce choix : « Ce mot d’ordre, on l’a choisi volontairement impertinent et dirigé vers le président de la République. Emmanuel Macron s’est montré favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée, on l’appelle donc à aller jusqu’au bout de sa pensée… et à tout lâcher ! Avec ce mot d’ordre, on prend le contre-pied de la Manif pour tous et son “on ne lâche rien”. »

Matthieu Gatipon-Bachette ne nie nullement l’envie de susciter des réactions avec ce slogan pour le moins inhabituel. D’ailleurs, Couleurs Gaies n’en est pas à son coup d’essai. En matière d’affiche provocante, l’association messine avait fait très fort en 2015 avec un message adressé au Front national : « Florian, Fabien, Steeve et les autres… Toutes les folles ne sont pas au front ».

« Ça ne va pas plaire à tout le monde, c’est certain. »

Cette fois, Couleurs Gaies ne s’attaque pas à l’extrême droite, mais continue de miser sur l’impertinence : « Ça ne va pas plaire à tout le monde, c’est certain. On souhaite montrer que la PMA ne touche pas que les hétéros, mais aussi les lesbiennes, les femmes seules, ainsi que les personnes trans qui ne peuvent pas conserver leurs gamètes », explique le militant.

« Pas là à attendre bien sagement »

Ces choix sont toujours pleinement assumés, assure Matthieu Gatipon-Bachette : «  Ça peut susciter des réactions, mais c’est justement fait pour faire parler et créer du débat. On n’aurait pu avoir un slogan beaucoup plus édulcoré… mais auriez-vous décroché votre téléphone pour m’appeler ? », plaisante le militant.

À l’heure où chaque gay pride lance sa communication autour de son événement, Couleurs Gaies a bien compris comment se faire remarquer et revendique son côté offensif. « On doit montrer qu’on est mobilisé.e.s, qu’on n’est pas là à attendre bien sagement qu’on nous donne des droits. Les personnes LGBT qui veulent des enfants, elles n’attendent pas qu’on leur en donne la permission. »

Pour Matthieu Gatipon-Bachette, la loi sur l’ouverture de la PMA devra d’ailleurs s’accompagner d’une mesure sur le remboursement par la sécurité sociale : « L’enjeu du remboursement est capital, sinon c’est hypocrite et la PMA sera une démarche accessible seulement aux personnes qui en ont les moyens financiers.  »

Parler de la PMA… sans la montrer ?

Reste que cette affiche suscite des réactions contrastées : drôle pour certain.e.s, vulgaire pour d’autres. Elle peut aussi étonner par l’absence du mot « PMA » au profit d’une armada de spermatozoïdes. N’est-il pas étonnant de porter la revendication de la PMA… tout en ne la rendant pas explicite ou visible, en montrant par exemple un couple de femmes ? Là encore, c’est une volonté de Couleurs Gaies, celui de ne pas « enfermer le débat autour du couple lesbien », défend Matthieu Gatipon Bachette qui voit cette communication comme plus « englobante » : «  L’ouverture de la PMA doit aussi concerner les femmes célibataires, les personnes trans. »

  • blolym

    L’utilisation de l’humour ou de la provoque à toujours fait partie de certains modes d’action militants. Cependant, la critique de l’invisibilisation des femmes qui sont les personnes les plus majoritairement concernées par l’accès à la PMA est bien plus que pertinente. Le côté « englobant » comme mode de défense à la critique de l’invisibilisation, quand l’autre affiche de cette association est centrée sur les gays se défend mal. C’est la récurrence de l’invisibilisation des Lesbiennes (et Bi et Trans) à divers niveaux (les affiches ne sont qu’un épiphénomène) quand on se dit association LGBT qui pose problème. Mais quand on est homocentré… Les œillères sont intégrées et légitimées.