L’athlète britannique Tom Bosworth fait son coming-out
Premier athlète ouvertement gay au Royaume-Uni, Tom Bosworth se dit prêt à être un modèle pour les jeunes LGBT.
«C’est une grande décision, mais ce n’en est pas une qui va changer ma vie personnelle, je pense» a affirmé Tom Bosworth en faisant son coming-out face à la journaliste Victoria Derbyshire sur la chaîne BBC , devenant ainsi le premier champion d’athlétisme ouvertement gay au Royaume-Uni. S’il a affirmé dans l’interview diffusée ce matin, mardi 13 octobre, qu’il ne s’agissait pas d’une grande surprise pour sa famille et ses proches (il est d’ailleurs en couple depuis quatre ans et demi avec son petit ami), Tom Bosworth est tout à fait conscient que l’annonce de son homosexualité va le propulser au centre de l’attention médiatique. Pour lui, il s’agit du moment idéal, alors qu’il devient de plus en plus visible dans les médias (il détient les records du 5000 et du 10000 mètres au Royaume-Uni) et est déterminé à se qualifier pour les Jeux olympiques de Rio en 2016.
«J’ai beaucoup de chance, j’ai un compagnon adorable, une famille qui me soutient, une super équipe à Leeds, a affirmé le sportif âgé de 25 ans. On m’a beaucoup soutenu, la nouvelle a été très bien accueillie, je n’ai aucun problème mais… ce n’est pas le cas pour tout le monde malheureusement, même dans le monde dans lequel on vit en 2015. Ça peut être difficile pour certaines personnes de parler avec leur famille, leurs ami.e.s à propos de certains sujets, et dans le sport, je ne crois que ce soit perçu comme quelque chose de normal pour le moment.» Plus tard il ajoute: «Pour moi ce n’est pas une faiblesse, mais certain.e.s le voient comme tel.»
L’EXPÉRIENCE DE L’HOMOPHOBIE
Tom Bosworth raconte avoir dû répondre aux questions de ses coéquipiers: «Et ensuite ils se rendent compte qu’on est juste quelqu’un de complètement normal», plaisante-t-il. Il explique aussi que son ami le coureur Mo Farah (médaillé d’or aux 10000 mètres lors des Jeux olympiques de Londres en 2012) lui
a posé des «questions amusantes», mais s’est montré «très solidaire». «Des questions du genre, si j’avais un petit ami, quel âge j’avais quand j’ai fait mon coming-out, il me manifestait son intérêt, comme font les gens», explique simplement Tom Bosworth. Mais le marcheur de vitesse n’a pas toujours expérimenté une telle bienveillance. Dans certains clubs lorsqu’il était plus jeune, il a clairement entendu des propos homophobes dirigés contre lui: «Ça a été difficile, on parlait de moi en disant le pédé ou tapette, c’est comme ça qu’ils lançaient une conversation vers moi, pensant sûrement que c’était drôle, mais peu de gens trouvaient ça réellement marrant. Je les ignorais.»
S’il fait aujourd’hui son coming-out médiatique, Tom Bosworth explique que le plus gros du travail a déjà été fait, lorsqu’il a pu affirmer son homosexualité auprès de ses proches: «J’en étais presque à parler de filles devant mes parents, alors que j’avais un petit ami, se souvient-il. C’était surtout moi qui m’imaginais des choses car ils ont été très encourageants.» À l’université aussi, le marcheur passe sous silence son orientation sexuelle: «J’ai longtemps caché qui j’étais et ça a été un soulagement d’être enfin moi-même et de voir que ça ne changeait rien!»
PRÊT POUR DEVENIR UN MODÈLE
Victoria Derbyshire lui rappelle plus tard qu’il est le tout premier champion d’athlétisme à sortir du placard: «Ça me rend un peu nerveux, confie Tom Bosworth, car après tout ce n’est que moi. Si je dois servir de modèle à quelqu’un, je veux être aussi fort et positif que possible et je prendrai cette responsabilité avec tout le respect qu’il se doit. Je pense que ça peut apporter du positif, et j’aime penser que je suis quelqu’un de positif alors si on peut porter ce message, ce serait super.» Tom Bosworth semble donc prêt à marcher dans les pas de Tom Daley, qui a fait son coming-out en décembre 2013: «Quand il l’a fait, ça a été énorme, car il était déjà monté très haut, il avait déjà ce statut de célébrité. C’était une grande décision et si lui a pu le faire, alors tout le monde peut le faire, car la pression qu’il a dû avoir était sûrement énorme. Et on l’a vu dans les réseaux sociaux, il y a eu des réactions négatives, mais bien plus encore de réactions positives. Et il a été assez fort pour le faire. Et plus des les athlètes feront la même chose, en parleront, moins ça deviendra important.»
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