«Pulsions homosexuelles» de Gareth Thomas: L’Association des journalistes LGBT réagit

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Pour l'AJL, la question du journaliste de TF1 à Gareth Thomas "contribuait à véhiculer le cliché des gays avides de sexe".

Gareth Thomas était en interview dans l’émission Sept à Huit sur TF1 ce dimanche. Lors de l’interview, le rugbyman ouvertement gay anglais s’est vu poser la question suivante : « Le rugby est un sport de contact. Il y a les vestiaires. Il y a des douches… Comment vous vous débrouilliez justement avec vos pulsions homosexuelles et ce rapport très intime que vous aviez avec vos joueurs ? ».

La question a provoqué la colère de nombreux internautes. Parmi lesquels Denis Quinqueton, président d’Homosexualité et Socialisme :

« PULSIONS HÉTÉROSEXUELLES » ?
L’association des journalistes LGBT a réagi par voie de communiqué :

« La question contribuait à véhiculer le cliché des gays avides de sexe, mus de « pulsions » difficilement contrôlables dès lors qu’ils seraient exposés à la nudité d’autres hommes. Elle s’autorisait également à renvoyer un homosexuel à sa sexualité sans apporter une seule information aux téléspectateurs-trices. Imagine-t-on Thierry Demaizière demandant à un entraîneur de natation sa manière de gérer ses « pulsions hétérosexuelles » à l’égard des nageuses qu’il coache dans la promiscuité des bassins ? »

Sur la page Facebook de l’émission, Thierry Demaizière s’explique : »Si, dans mon interview de Gareth Thomas, j’ai employé l’expression « pulsion homosexuelle », c’est que je faisais allusion à une période où le rugbyman n’assumait pas son homosexualité et la réfrénait. Il ne s’agissait pas à l’époque de désir assumé. Lui-même d’ailleurs utilise le terme de « pulsion » dans l’une des réponses qu’il me fait. Par ailleurs, ni pour moi, ni pour le dictionnaire, le mot « pulsion » n’a de connotation péjorative, mais puisque cette expression a pu choquer certaines sensibilités, j’aurais dû employer le mot « désir », sûrement plus approprié. »

L’AJLGBT a pris acte de cette déclaration : « Que le journaliste reconnaisse son erreur et ait pris conscience que cette expression puisse « choquer certaines sensibilités » est tout à son honneur. Les mots ont un sens et un poids. Il est de notre responsabilité, à nous journalistes, d’employer un vocabulaire pertinent et précis, évitant les clichés et les représentations biaisées. »

« EXCUSES QUI N’EN SONT PAS »
Denis Quinqueton, est en revanche moins convaincu par ces « excuses qui n’en sont pas ». Dans une tribune sur le Huffington Post, il dénonce « l’interminable rut » associés aux homosexuels et interpelle Thierry Demaizière :

« A mon tour de poser une question : d’où vous vient cette certitude apparemment solidement chevillée, que quand on est homosexuel-le, dès qu’un quidam au corps sculpté passe alentour, on se laisse submerger par ses hormones, prêt à passer à l’action qu’elles dictent ? »

Le président d’HES poursuit son propos : « C’est infiniment fatiguant de voir un être, nécessairement complexe et foisonnant – humanisme quand tu nous tiens… -résumé à sa seule dimension sexuelle servie à toutes les sauces. Il y a sans doute des tas de raisons à cela. Je ne suis pas loin de penser que, au-delà d’un mot qui peut dérouter -homoSEXUEL- c’est peut-être parce que nous prenons conscience d’une liberté, dans un domaine gouverné par la passion, la sexualité, que l’on nous imagine ainsi. »

 

Lire notre interview de Gareth Thomas : Gareth Thomas, ouvertement gay et fier : « Je suis l’homme le plus heureux de la planète »