Onu: les pays africains et arabes s’opposent à tout débat sur les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre

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Le Conseil des droits de l'Homme a enclenché le débat sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre. Cependant, une partie des pays présents ont vivement fait part de leur mécontentement.

Le rapport sur les violences et discriminations liées à l’orientation sexuelle et l’identité de genre publié par l’Onu en décembre dernier était hier, mercredi 7 mars, entre les mains des représentant-e-s des pays présents au Conseil des Droits de l’Homme, à Genève. Le Secrétaire général de l’Onu Ban Ki-moon a déjà à plusieurs reprises fait part de sa volonté de lutter contre les discriminations à l’encontre des LGBT, notamment lors du sommet de l’Union africaine en janvier dernier. Il a de nouveau exprimé sa détermination: «Pendant trop longtemps, le Conseil a fermé les yeux sur ces violations. Il n’y a ni dignité, ni honneur dans la torture, la persécution et la discrimination. Il est temps pour le Conseil de remplir son devoir de promouvoir et de protéger les droits humains de tous», a-t-il déclaré avant de céder la place à la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme, Navi Pillay.

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UN TRAVAIL D’EDUCATION
«Le Secrétaire général a dit qu’il n’avait pas été élevé en étant confronté à ces questions. C’est sans doute vrai pour un certain nombre d’entre vous. Tout comme le Secrétaire général, nous sommes dans un processus d’auto-éducation, a déclaré Navi Pillay en s’adressant aux représentant-e-s. Aucune opinion personnelle, aucune croyance religieuse, peu importe à quel point elle est profondément défendue et ancrée, ne peut justifier de priver un autre être humain de ses droits fondamentaux.» Pour Navi Pillay, c’est l’éducation qui peut faire évoluer les consciences et venir à bout de l’homophobie, au-delà des opinions personnelles et des croyances religieuses.

UN DÉBAT INACCEPTABLE
«Je sais que certains vont s’opposer à ce que nous allons dire», a poursuivi Navi Pillay. Son pressentiment n’a pas tardé à se révéler exact. L’Organisation de coopération islamique (OCI, ex-Organisation de la conférence islamique) ainsi qu’une partie des pays africains se sont farouchement opposés à tout débat et ont quitté la salle. «Légitimer l’homosexualité et d’autres comportements individuels sous le nom d’orientation sexuelle est inacceptable pour l’OCI», a affirmé le porte-parole de l’organisation et ambassadeur du Pakistan (à partir de 00:53:00 dans la vidéo). Les opposants à un débat sur les discriminations liées à l’orientation sexuelle et l’identité de genre mettent en avant que ces questions empêchent «de donner la priorité aux vrais problèmes», notamment les autres discriminations en raison de l’origine ou de la religion. «Nous espérons que ce genre de débat sera le dernier», a ainsi conclu le porte-parole des 56 États de l’OCI. Même son de cloche pour la représentante de la Mauritanie qui voit le débat comme «une attaque au pluralisme» (à partir de 01:00:35), ainsi que pour celui du Sénégal (à partir de 01:05:25). Pour ces différent-e-s membres du Conseil, l’orientation sexuelle n’entre pas dans les critères de définition des droits humains.

«Il est regrettable que certaines délégations ne veuillent même pas débattre sur la question de la discrimination et de la violence fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre, a pour sa part déclaré Alli Jernow de la Commission Internationale des Juristes.  Les droits humains sont universels, ce qui signifie que chacun, y compris les lesbiennes, les gays, les bisexuel-le-s ou les trans’, doit par exemple pouvoir jouir du droit à la vie et à la sécurité de sa personne, et être protégé contre la détention arbitraire et la torture.» Alors que l’Onu poursuit un travail sur le long terme vers la dépénalisation de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, les réactions d’une partie des pays du Conseil des droits de l’Homme laissent penser que la bataille n’est pas encore gagnée.

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