«La campagne présidentielle pollue les vrais enjeux de la lutte contre le sida», par France Lert et Didier Jayle

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Les deux spécialistes du sida font une analyse très critique du récent article de «Marianne» sur Carla Bruni-Sarkozy et le Fonds Mondial.

L’article de Frédéric Martel dans l’hebdomadaire Marianne cette semaine [paru le 6 janvier] confirme que, dans la campagne présidentielle, tous les coups sont permis… D’amalgames en insinuations, Frédéric Martel y jette le discrédit sur le financement de la lutte contre le sida, sur l’action du Fonds Mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, sur la Fondation de Carla Bruni-Sarkozy et plus globalement sur la contribution française à ce combat. Il apporte des arguments à ceux qui veulent voir son directeur exécutif, Michel Kazatchkine, quitter ses fonctions.

L’équipe de vih.org est liée à Michel Kazatchkine depuis le début du sida en France, et il préside, depuis sa fondation en 1991, l’association éditrice du site et de la revue Transcriptases, Pistes. Voilà pour le conflit d’intérêt. L’engagement de Michel Kazatchkine, sa capacité de travail exceptionnelle, sa détermination ont fait qu’il soit élu à l’unanimité à la fois par les États donateurs et les États donataires comme directeur exécutif du Fonds Mondial. Précisons que Pistes n’a jamais reçu un centime de dollar du Fonds Mondial.

Marianne reproche à Michel Kazatchkine d’avoir (indirectement) financé la Fondation Carla Bruni-Sarkozy au mépris des règles des appels d’offre en vigueur au sein du Fonds.

Quand Carla Bruni-Sarkozy a souhaité devenir ambassadrice du Fonds Mondial, en particulier pour lancer une campagne pour prévenir l’infection des enfants et donc pour inciter les femmes enceintes au dépistage et au traitement, personne ne s’est offusqué que la femme du Président se lance dans ce combat. Au-delà de l’image internationale de Carla Bruni, on peut aussi penser que c’était une manière indirecte pour le Fonds de sécuriser la place de la France, son deuxième contributeur.

Si on peut regretter qu’une société privée liée à un conseiller de la fondation Carla Bruni-Sarkozy ait reçu des subsides du Fonds pour cette opération –le mélange des genres donne prise inévitablement et à juste titre à la critique–, l’article de Marianne ne dit pas les activités –réelles– correspondant à cette rémunération et n’explique en rien qu’elle n’ait pas été justifiée.

La campagne Born HIV Free, aucun nouveau-né infecté par le VIH en 2015, a été relativement peu coûteuse si on la compare à une campagne standard d’un ministère français; centrée sur le web, elle a été diffusée dans 10 pays européens, et très largement relayée dans le monde entier par les internautes, sensibilisant un nombre important de personnes à l’un des enjeux majeurs et atteignable de la réponse à l’épidémie. Frédéric Martel préfère critiquer le clip sous prétexte qu’Amy Winehouse, qui a fourni la sublime musique, était toxicomane. Ça vole bas.

Cette polémique ne doit pas faire oublier les vrais enjeux et les défis passés et futurs du Fonds.

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