États-Unis: Quand la communauté afro-américaine et la communauté gay s’apportent leur soutien
Soutien à l'ouverture du mariage, front commun contre les arrestations arbitraires: les associations américaines coopèrent contre les discriminations.
Le 19 mai, plusieurs organisations de lutte pour la défense des droits civiques et contre les discriminations raciales, telles que la très importante National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), ont officiellement fait part de leur soutien au droit au mariage pour tous les couples. «On doit être pour les droits civiques de tou-te-s, ou alors on est pour les droits de personne», a commenté le révérend Al Sharpton du National Action Network, une organisation de lutte pour les droits humains. Cette prise de position est motivée par un vif attachement au 14e Amendement de la Constitution qui garantit une protection égale à tous les citoyen-ne-s qui se trouvent sur le territoire américain, mais est surtout inédite et très symbolique au regard de l’opposition d’une partie de la communauté noire-américaine à l’ouverture du mariage.
ÉCHANGE DE BONS PROCÉDÉS
Un soutien qui fonctionne dans les deux sens puisque début juin, les militant-e-s LGBT se sont à leur tour prononcé-e-s contre le harcèlement policier que subissent les minorités visibles, notamment à cause du «stop-and-frisk» (littéralement «arrêter et tâter»). Le «stop-and-frisk» confère à un agent de police la possibilité d’arrêter une personne soupçonnée d’avoir commis ou d’être sur le point de commettre un crime, et de procéder à une fouille pour vérifier si elle porte une arme. Des statistiques montrent que non seulement 9 individus sur 10 sont innocents, mais surtout que les Noir-e-s, les Hispaniques et les personnes de moins de 25 ans subissent davantage ces fouilles arbitraires qui fonctionnent généralement au délit de faciès. «Il n’y avait pas de raisons rationnelles de faire une descente au Stonewall Inn en 1969, pas plus qu’il n’y a de raisons d’arrêter les Noirs et les Latinos en 2012, et de les fouiller juste parce qu’ils sont qui ils sont», a déclaré Rea Carey, directrice exécutive de la National Gay and Lesbian Task Force pour expliquer cet engagement.
HIÉRARCHIE DE L’OPPRESSION
L’origine de l’hostilité qui peut régner entre la communauté gay et la communauté afro-américaine s’explique de plusieurs manières, notamment par la crainte des un-e-s et des autres de voir sa propre cause déclassée, moins visible, jugée moins importante. «Quand les gens entendent parler de droits civiques et de droits des gays, ils s’imaginent qu’on essaie de comparer les deux mouvements. (…) On se retrouve parfois entraîné par cette hiérarchie de l’oppression», explique l’auteur américain Keith Boykin dans le New York Times. Les reproches se retrouvent dans les deux camps: d’un côté, des militant-e-s LGBT accusé-e-s de ne pas prendre en compte les discriminations liées à l’origine et à la couleur de peau, de l’autre, des militant-e-s afro-américain-e-s considéré-e-s comme trop conservateurs/trices pour être à l’écoute des problématiques liées à l’homophobie. Par ailleurs, des études ont pu montrer que la population noire américaine, démocrates et républicain-e-s confondu-e-s, a une nette propension à s’opposer à l’ouverture du droit au mariage, des prises de position qui sont souvent liées la religion. Cette tendance est-elle en train d’évoluer? Si aujourd’hui un rapprochement s’opère entre les deux communautés, le soutien de Barack Obama à l’ouverture du mariage pour tous les couples n’y est certainement pas étranger.
UNE STRATÉGIE ANTI-MARIAGE: MONTER LES GAYS CONTRE LES NOIRS
Ces récentes prises de position des organisations sont un symbole très fort, notamment au regard des associations et organismes opposés à l’ouverture du droit au mariage aux couples de même sexe. Il y a quelques mois, la National Organization for Marriage (NOM), qui, depuis sa création en 2007, agit contre l’ouverture du droit au mariage aux États-Unis, a été au cœur d’un scandale: en mars dernier, des documents émanant de l’organisation avaient été rendus publics et révélaient des projets d’actions de l’organisation pour «monter les gays contre les Noirs», et ainsi exacerber les relations entre les communautés pour pousser l’électorat afro-américain à s’opposer à l’ouverture du mariage, projets que l’organisation avait tenté de farouchement nier.
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