C’est quoi, être gay en Tchétchénie [Le Courrier de Russie, Colta]
Oumar, 25 ans, s'est confié au site Colta. Son témoignage est publié en français par Le Courrier de Russie.
Ça commence comme le témoignage d’un gay, mais c’est en fait un portrait de la société tchétchène que publie Le Courrier de Russie.
Oumar, 25 ans, se confie pour la première fois sur sa vie, et son homosexualité. Le début de son récit ressemble à la plupart des témoignages de personnes LGBT. L’impression d’être différent. L’attirance pour le garçons. Le premier amour. Qui se fait tuer dans la montagne.
«Je pense à lui presque chaque jour, dit Oumar. Je suis certain qu’il m’aimait, mais qu’il ne savait pas quoi faire avec ça. Et les hommes tchétchènes, quand ils ne savent pas quoi faire, partent souvent dans les montagnes chez les barbus. Et se font souvent tuer.»
Oumar décrit ensuite la façon dont il est entré dans ce qui en France serait «la communauté». En Tchétchénie, on dit «le thème». Il raconte les rencontres sur les sites gays, la peur d’être piégé, la méfiance. La difficulté à avoir des relations sexuelles avec un homme quand on est un «dzhiguit». La volonté de rester dans le placard, pour ne pas se faire tuer. La crainte d’être dénoncé. Et les rapports avec les filles, qu’il «enfile» mais «sans leur prendre leur virginité»:
«Parce que s’il s’avère qu’une fille n’est pas vierge, selon nos coutumes, on doit la tuer. Il y a super souvent des erreurs, et ces filles sont souvent tuées après. Mais j’ai une sœur cadette, je l’aime énormément, et je n’ai jamais pris aux filles leur virginité.»
C’est lorsqu’il est retombé amoureux et a commencé à s’assumer comme homosexuel que le jeune homme a appris qu’il était père d’un petit garçon, né d’une fille avec laquelle il a eu une relation «pendant ces six mois où [il avait] décidé de ne pas être gay». Elle est tombée enceinte, s’en est aperçu trop tard pour avorter, a repris contact avec Oumar à la naissance de l’enfant: «ton enfant est né. Tu as une semaine pour venir le chercher, ou je donne l’enfant dans un orphelinat».
Oumar avait 20 ans. Pour lui, cet enfant, «c’est la providence du Seigneur». Une providence qu’il a fallu ramener chez lui, dans sa famille, sans jamais dévoiler le nom de la mère (donc sans papiers pour l’enfant), qui risquait la mort. L’enfant est aujourd’hui élevé par une tante d’Oumar. Et lui, qui a désormais 25 ans, s’interroge sur l’avenir. «Il faudra bien que je me marie un jour», dit-il.
Un témoignage à lire en intégralité sur Le Courrier de Russie (version originale, en russe, sur Colta.ru).
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