Violences légères contre une bénévole de la «Manif pour tous»: l’audience en appel a eu lieu
Selon l'avocat du militant LGBT accusé de violences, les conditions montrent que Nathan a agi sans volonté de brusquer ou de faire peur.
Mercredi 3 juin comparaissait en appel Nathan, un militant LGBT accusé par deux membres de la «Manif pour tous» d’avoir perturbé une distribution de tracts en 2013, un acte qualifié de violences volontaires sans ITT. Après une comparution en octobre 2014, Nathan avait été condamné à une amende de 80€ pour violences légères, ainsi qu’à 1€ de dommages-intérêts pour les deux requérantes.
TOUJOURS LA QUESTION DE LA VIOLENCE
«La juge a directement commencé par parler de la liberté d’expression, que nous étions en démocratie et que par conséquent tout le monde avait droit à la parole», raconte Nathan à Yagg. Il affirme avoir le sentiment que la juge à laquelle il a eu affaire «n’y connaissait rien sur les questions d’homophobie». Pour son avocat Tewfik Bouzenoune, cette audience s’est déroulée comme beaucoup d’appels: «La juge a effectivement questionné la pertinence de l’appel: pourquoi cette personne conteste-t-elle sa condamnation? L’instruction du dossier peut donc paraître orientée.» Il affirme que le problème posé par cette affaire réside dans le fait de savoir si oui ou non prendre les tracts de la militante de la «Manif pour tous» constituait une violence: «Y avait-il une volonté de violenter, de faire peur? Les conditions montrent qu’il n’y avait pas de violence intentionnelle de la part de Nathan», affirme l’avocat.
NE PAS FAIRE ABSTRACTION DU CONTEXTE
L’avocat des deux plaignantes, Henri de Beauregard (qui a déjà défendu des militant.e.s de la «Manif pour tous»), a de nouveau accusé de faire un procès médiatique, ce que Tewfik Bouzenoune a vivement contesté: Je lui ai dit dit “Retournez-vous: y a-t-il quelqu’un, hormis le compagnon de Nathan, venu le soutenir? Y a-t-il un rassemblement à l’extérieur pour lui?” J’ai rappelé aussi que les communiqués de l’Inter-LGBT n’étaient pas du fait de Nathan mais que son affaire avait engendré un élan de solidarité.» Nathan, comme il l’avait fait lors de l’audience en octobre 2014, a de son côté mentionné le contexte de l’altercation entre lui et les deux requérantes. «On était en plein dans les débats sur le mariage pour tous, en pleine montée de la parole homophobe.» Il a de nouveau insisté sur ce climat violent avec pour preuve les chiffres alarmants de SOS homophobie présentés dans son rapport 2014. Une mise en perspective qu’a aussi soutenue son avocat: «Il est important de ne pas écarter le contexte.
«Aujourd’hui, ça peut paraître abscons, la loi sur le mariage pour tous est passée, la “Manif pour tous” n’a plus de combat à mener. On aurait tendance à aborder différemment cette affaire. Mais les homosexuel.le.s ont été durement touché.e.s par ce climat de violence, Nathan lui-même a été touché par ce climat de violence. On ne peut pas en faire en faire abstraction.»
Et même sous cet angle, Tewfik Bouzenoune rappelle aussi que face à la personne qui accuse Nathan d’avoir arraché ses tracts avec violence, il a fait témoigner cinq personnes attestant que le militant LGBT n’avait pas fait preuve d’agressivité. «Il manque donc des éléments», constate l’avocat. Nathan a lui de nouveau affirmé qu’il n’agirait plus de la sorte aujourd’hui.
«Avec ce procès, c’est comme si on nous enlevait le droit de dire ce qui est homophobe, constate amèrement Nathan. On m’a quand même dépeint comme une menace pour la démocratie! J’ai vraiment eu l’impression mercredi que la juge et l’avocat général me faisaient le procès de mes “opinions” et me poussaient à accepter l’homophobie sans rien faire, au nom de la démocratie et de la liberté d’opinion. Je trouve ça inquiétant de voir la justice rentrer là-dedans.» La décision sera rendue le 1er juillet.
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