Regard de Cannes (3): Thérèse, Kristen, Andrea, Houda, Isabelle et les autres…
L'heure des bilans a sonné pour ce 69e festival de Cannes, alors que reste-t-il de cette édition ? Cyril Rota livre son analyse.
Cette édition a été marquée par des femmes. En premier lieu, à travers la Queer Palm remise au film de Sébastien Lifshitz Les Vies de Thérèse, la courageuse militante féministe qui a bouleversé la Croisette.
De façon plus anecdotique, la gazette mondaine relatait les amours contrariées de Kristen Stewart qui a croisé sa récente «ex» Soko chez Albane: ambiance glaciale dans le milieu feutré des soirées cannoises.
Et sur l’écran aussi les deux actrices ont explosé. Kristen toujours plus fascinante en muse d’Olivier Assayas dans Personnal Shopper après un passage obligé dans le dernier Woody Allen en ouverture. Soko, déjà connue en tant que chanteuse, est la révélation de Voir du pays (présenté à la Quinzaine des réalisateurs où le film reçoit le prix du meilleur scénario) même si on l’avait déjà vue dans Bye Bye Blondie de Virginie Despentes. Le film est un peu sec et scolaire, il vaut surtout pour son casting de jeunes recrues.
Andrea Arnold, réalisatrice du bouillonnant American Honey repart avec un Prix du jury auquel elle semble être abonnée (c’est son troisième).
Samedi on découvrait le nouveau Paul Verhoeven, 24 ans après le choc Basic Instinct, le sulfureux Hollandais revient avec un film tourné et produit en France avec Isabelle Huppert dans un rôle à sa démesure. Elle est un thriller sexuel alambiqué d’une perversion jubilatoire mettant en scène une femme victime d’une agression sexuelle qui décide de ne pas porter plainte et continue sa vie comme si de rien n’était avant d’être prise dans une spirale d’évènements imprévus.
Enfin comment ne pas évoquer le film lauréat de la Caméra d’or (qui récompense les meilleurs premiers longs métrages) décernée à Divines par une Catherine Corsini présidente du jury visiblement très enthousiaste.
Il faut dire que cette chronique sociale réalisée par Houda Benyamina (photo) dégage une énergie et une sincérité incroyables. Il est porté par un trio de jeunes actrices éblouissantes qui n’est pas sans rappeler le Bande de filles de Céline Sciamma. Une jeune fille de banlieue prête à tout pour s’en sortir s’engage dans un trafic de stupéfiants qui bientôt la dépasse, entrainant avec elle sa meilleure amie. La mise en scène fait preuve d’une très grande inventivité sur un scénario un brin convenu, Houda Benyamina dynamite l’écran par la force de ses images et la puissance de ses dialogues cinglants.
Un nom à retenir !