Mehdi Meskar : « La nouvelle saison des “ Engagés ” est plus politique que jamais ! »

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Sa diffusion est prévue en 2021 sur France Télévisions et l'acteur principal, Mehdi Meskar, de la série LGBT+ « Les Engagés » parle à Komitid de l'évolution militante de son personnage, de la visibilité des personnes maghrébines à l'écran et de ses nombreux autres projets.

Jeune comédien révélé par son rôle d’Hicham dans la première saison de cette unique série LGBT française, Mehdi Meskar revient pour Komitid sur les évolutions de son personnage et de sa carrière au lendemain de la fin du tournage de cette nouvelle saison mystérieusement dénommée Les Engagés XAOC. 

Komitid : Cela fait maintenant presque quatre ans que vous incarnez le personnage d’Hicham, le héros de la série Les Engagés. Comment décririez-vous son évolution ? 

Mehdi Meskar : C’est quelqu’un de très curieux et de très ouvert sur le monde, toujours prêt à se remettre en question, et son évolution entre la première saison et la troisième est assez conséquente. On le découvrait ado ou tout jeune adulte qui se cherche, qui ne se connait pas et qui tente de se comprendre lui-même. Dans la saison 2, on le retrouve dans son chemin pour se comprendre, qui est un parcours qu’il fera bien sûr tout au long de sa vie, mais il commence à essayer de comprendre l’autre. Dans cette nouvelle saison, Hicham a trouvé sa place au sein de l’association LGBT qui au cœur de la série. Il a trouvé sa place auprès de ses camarades et c’est même lui qui commence presque à mener les actions politiques. Il s’est affirmé au fil des saisons, c’est flagrant dans ce nouvel opus où il prend de plus en plus position politiquement. 

Qu’est-ce que ce rôle vous apportez sur la durée en tant qu’homme et en tant que comédien ? 

C’est la première fois que je porte un personnage aussi longtemps. J’ai fait d’autres séries mais uniquement sur une saison. Il y a donc un rapport au personnage qui est différent, on s’y attache, sachant que c’était, en plus, mon premier rôle principal dans une série. Je pense que c’est le rôle qui m’a permis de me découvrir moi-même en tant qu’acteur même si j’avais déjà tourné avant dans des longs métrages et des séries. Et ce rôle a une importance sur le terrain de la visibilité à la fois homosexuelle mais aussi des personnages maghrébins. Les choses évoluent mais Les Engagés était, il y a quatre ans, la première série LGBT en France et elle est toujours la seule ! L’impact sociétal est important et me touche en tant qu’être humain comme en tant que comédien. Et puis il y a le plaisir de porter un personnage sur la durée, d’évoluer à ses côtés. On s’est porté mutuellement !

« Ce rôle a une importance sur le terrain de la visibilité à la fois homosexuelle mais aussi des personnages maghrébins. »

Aviez-vous hésité à endosser ce rôle lorsqu’on vous l’a proposé ?

Je n’ai jamais hésité ! Vu le sujet, on m’a souvent posé la question de savoir si cela ne me rendait pas inquiet d’être catégorisé. Je ne me suis jamais posé la question et j’ai compris tout de suite le caractère humain de la série quand Sullivan (Le Postec, créateur de la série, ndlr) m’en parlait. L’homosexualité d’Hicham n’a jamais été son unique caractéristique, c’est une des composantes de sa personnalité. Et si la série est parfois dramatique, elle aborde surtout les aspects humains et parfois drôles des relations entre les personnes dans une association LGBT et cherche à représenter toutes les composantes d’une communauté. Les gens qui m’entourent étaient très fiers que mon rêve de gosse prenne forme avec un rôle aussi important. La seule question qui revient souvent c’est celle des scènes d’intimité comme si la série se résumait à ça ! Alors que c’est pareil que pour n’importe quel rôle : embrasser un garçon, c’est simple et compliqué comme d’embrasser une fille sur un plateau. Et le climat a toujours été extrêmement bienveillant sur le plateau des Engagés. Cela a été aussi complexe de tourner des scènes d’intimité dans la série Le Monstre sur les violences conjugales que j’ai tournée au Canada que de jouer des scènes de sexe avec Thibaut ou un plan à trois avec Elijah et Bastien sur Les Engagés ! 

Le tournage de la nouvelle saison qui a eu lieu à Lyon et à Bruxelles vient de se terminer, que pouvez-vous nous dire sur cette saison 3 ? 

Sullivan et la production ont souhaité marquer un tournant dans ce nouvel opus en le différenciant des saisons précédentes. On ne l’appelle pas saison 3 mais Les Engagés XAOC et vous découvrirez pourquoi en regardant la série ! De plus elle a changé sur la forme puisque qu’elle sera composée de trois épisodes de 45 minutes ce qui permet à l’écriture de plus laisser les personnages vivre et évoluer car sur des épisodes de 10 minutes l’efficacité prime et ne permet pas forcément de voir les changements des personnages d’une scène à l’autre. Cette nouvelle saison est plus politique que jamais. C’était déjà le cas des deux premières mais là, elle se concentre sur deux grands axes. D’une part, Hicham va perdre un cousin, décédé suite à des violences policières et il va devoir lui-même mobiliser pour mettre l’Etat face à ses responsabilités et prouver que c’est une bavure et pas un accident. D’autre part, Thibaut, accompagné d’Hicham et des autres membres de l’asso vont aider un Tchétchène qui a fui son pays et se retrouve en danger quant à son statut de réfugié homosexuel. On suivra également les différentes histoires des autres membres de l’association découverts dans les deux saisons précédentes. 

Si Les Engagés est la seule série qui se focalise avant tout sur des personnages LGBT+, elle a toujours été très pointue sur les « sujets de société »…

Oui clairement ! Cela serait maintenant presque la réduire de dire que c’est une série LGBT ! Le désir de Sullivan, c’est d’ouvrir cette série à un public plus large, on va parfois flirter avec le thriller. C’est aussi la vie de plein d’associations LGBT que d’élargir leur champ d’actions notamment quand on parle d’intersectionnalité. 

Sullivan Le Postec qui est le créateur de la série est également devenu l’un des réalisateurs de cette troisième saison. Comment vos rapports ont-ils évolué sur le plateau ? 

Cette série pour moi c’est comme être la maison, c’est notre plateau, notre histoire qu’on porte ensemble depuis le début. Avec Sullivan derrière la caméra, c’est très plaisant, je peux me permettre d’essayer d’aller plus loin dans le jeu parce qu’on se connait bien, qu’on est devenus amis et qu’on peut échanger facilement des idées. Il était très présent sur les deux premières saisons, notamment quand on avait des questions sur les personnages. Lui m’a offert mon premier rôle principal et là, nous comédiens, on le soutient dans cette première expérience comme réalisateur. Il est vraiment dans son élément, il sait ce qu’il veut, il est très précis sur les directions. Je vois un ami se réaliser et s’épanouir dans son travail et cela me touche. 

Le tournage a eu lieu en pleine période de Covid, qu’est-ce que cela a changé pour l’équipe ? 

Mehdi Meskar : Pour une série comme celle-là qui reste dans un budget assez serré, l’impact est fort sur l’organisation des tournages. On a perdu beaucoup de décors du jour au lendemain à cause du Covid, du couvre-feu, du reconfinement, et les réalisateurs ont du parfois partir en repérage le soir pour le lendemain ! Il y avait une certaine instabilité pour la production qui devait savoir rebondir et être hyper flexible. Sur le plateau, tout le monde est masqué et on ne peut pas faire la fête après le tournage ce qui est en général important. Les comédiens et les techniciens ne peuvent pas vraiment se mélanger mais l’important c’est de faire du bon travail et que la série soit à la hauteur des envies créatives de l’équipe. 

« Tous ces rôles m’ont vraiment fait changer, je deviens plus attentif à l’autre, à ses souffrances même quand elles sont très éloignées des miennes. »

Au fil de ces années d’Engagés, votre carrière a pris de l’ampleur avec pas mal de films et de séries. Quelles ont été les expériences le plus marquantes ? 

En regardant mon humble carrière, je me rends compte que j’ai fait pas mal de projets assez politiques, un peu malgré moi ! Mais cela fait sens ! Les Engagés sur la convergence des luttes, Le Monstre, la série québécoise qui parle de violences conjugales, dans The Accidental Rebel, un film que j’ai fait en Allemagne, il est question de la façon dont des gens innocents se retrouvent impactés par des guerres dont ils sont très éloignés… Tous ces rôles m’ont vraiment fait changer, je deviens plus attentif à l’autre, à ses souffrances même quand elles sont très éloignées des miennes. Et artistiquement, j’ai rencontré des réalisateurs très différents qui m’ont tous appris énormément. Et je suis très confiant pour l’avenir. Je dois tourner prochainement dans le prochain film de Mehdi Ben Attia et dans un long métrage en Italie et j’ai encore deux ou trois autres projets qui ne sont pas confirmés.

Vous êtes né en Italie dans une famille marocaine, vous vivez en France, c’est un atout incroyable pour un comédien…

Le fait d’avoir une triple culture, c’est une grande richesse pour moi et cela me donne accès à un marché dans de nombreuses langues et du coup à des réalisateurs issus de milieu et de pays très différents. Il y a de plus en plus de films dans lesquels je parle plusieurs langues, que ce soit l’anglais, l’arabe, l’italien, l’allemand ou le français. Grâce aux plateformes, le public est ouvert à voir les films en version originale et venant du monde entier. Je lis beaucoup de scénarios avec plus de langues au sein du même projet, ce n’était pas le cas il y a cinq ans ! Et cela me permet d’être en mouvement tout le temps, sans attendre des rôles. 

Est-ce que vous constatez que les choses s’ouvrent un peu, notamment en France, pour les comédiens d’origine maghrébine ? 

Oui et non ! Si je prends l’exemple de la série Marianne que j’ai tournée pour Netflix, mon personnage s’appelait Tonio et n’était pas du tout typé maghrébin, il aurait pu être sicilien. Mais, d’un autre côté, je refuse des rôles parce qu’on est dans des clichés de personnages de terroristes pas très intéressants. C’est une réalité qui existe et qu’il faut montrer mais il faut que l’écriture soit de qualité et sache sortir des clichés, aller en profondeur, s’intéresser à l’autre. Cela évolue mais c’est un peu lent. 

Les deux premières saisons de la série « Les Engagés » sont disponibles sur france.tv