Après le confinement dû au coronavirus, le monde sportif LGBT+ doit-il se réinventer ?
La communauté du sport LGBT, placée brutalement à l’arrêt en raison de l’épidémie de Covid-19 reprend peu à peu ses activités depuis la fin du confinement. Pourtant, avec l’annulation de plusieurs tournois d’envergure dans le monde entier, dont les Eurogames de Düsseldorf, apparaissent des fragilités structurelles qui pourraient bien avoir un impact important dans les années à venir. Tour d’horizon.
Avec l’annulation de plusieurs tournois d’envergure sur la planète, dont les Eurogames de Düsseldorf, apparaissent des fragilités structurelles dans le monde sportif LGBT+. En France, les dégâts auront été limités, estime Kevin Aujard Lesgourgues, le président de la Fédération sportive gaie et lesbienne, qui regroupe 50 associations sportives LGBT (dont 12 hors Paris) et 8000 licencié.e.s.
Ce membre du club de rugby les Gaillards a pris ses fonctions le 29 février. « Six jours avant le début du confinement (le 17 mars, ndlr), nous avons annoncé que nous arrêtions les regroupements dans nos associations », explique-t-il à Komitid. Sacré baptême du feu pour lui !
Les répercussions financières sur les associations ont été limitées, mais certaines d’entre elles ont dû prendre des mesures. « Celles qui ont des salariés, comme les Frontrunners, Outsiders, les Roucoulettes ou Laissez-nous danser, ont mis en place des entraînements via Zoom », explique le président de la FSGL.
« Certaines membres d’associations ont demandé le remboursement de leur licence. Quelques unes d’entre elles l’ont fait », ajoute-t-il.
L’un des faits les plus marquants aura été l’annulation du Tournoi international de Paris (TIP), qui attire chaque année près de 2000 sportives et sportifs. « Nous avons remboursé à 100% les participants. Cela a coûté 9000 euros à la FSGL, que nous essaierons de compenser l’année prochaine. Nous avons déjà reçu l’aide de la Dilcrah. »
Le TIP, dont l’un des fondateurs, Bruno Ferré, a été emporté par la Covid-19, est maintenu tel qu’il était prévu l’année prochaine. Toutefois, Kevin Aujard Lesgourges craint que la pandémie ait laissé des traces. « On se pose la question de l’impact que cela aura sur les futures inscriptions à l’avance. On espère que les gens ne vont pas se détourner du TIP », dit-il.
Avec le retour progressif à la normale fin juin, les associations ont repris leurs activités. Côté fédération, à la rentrée, le Forum de la FSGL sera couplé avec le Printemps des assos, que l’Inter-LGBT organise chaque année en avril et qui a été annulé. Les affaires reprennent, mais avec encore une petite pointe d’inquiétude, tant que la pandémie reste dans le paysage.
« Guerres de clocher »
Au niveau européen, de nombreux tournois ont été annulés, notamment les Eurogames de Düsseldorf.
L’organisation de ces jeux européens, qui attendait plusieurs milliers de participants, a dû se résoudre à jeter l’éponge, après avoir proposé des Eurogames-jumeaux en 2021 à Copenhague et Dusseldorf. Une idée sèchement rejetée par l’EGLSF, l’association qui supervise l’organisation des Eurogames et par l’organisation des Eurogames de Copenhague, où devrait également se tenir la World Pride l’année prochaine. Interrogé par Komitid sur le sujet, Manuel Picaud, co-président des Gay Games de Paris 2018, se dit « assez énervé par le manque de solidarité entre les organisations. On revient aux petites guerres de clocher. »
Pour les participant.e.s, la note n’a pas été totalement indolore : en raison des frais déjà engagés pour l’organisation, ils et elles n’ont pu être remboursés qu’à 80%.
Ce n’est pas la première fois qu’un tournoi international de sport LGBT est annulé. « Depuis la faillite des Gay Games en 1998, l’annulation des Eurogames en 1999, il y a eu une série d’incidents importants, note Manuel Picaud. En 2002, les Gay Games de Sydney ont évité la faillite de justesse. En 2006, faillite retentissante des Outgames de Montréal. » Auxquels il faut ajouter l’annulation à la dernière minute des Outgames de Miami en 2017, qui ont signé la fin de cette organisation, fruit d’une scission avec la Fédération des Gay Games.
« Ces événements sont participatifs et financés par les participants. Si les gens s’inscrivent tard, les compétitions sont mortes. »
Dès lors, le militant s’interroge sur les risques que ces annulations font peser sur les prochains tournois et pointe leur fragilité structurelle : « Les participants risquent de s’inscrire le plus tard possible. Or ces événements sont participatifs et financés par les participants. Si les gens s’inscrivent tard, les compétitions sont mortes », note-t-il.
Aux Gay Games de Paris, les inscriptions des participants représentaient la moitié d’un budget qui avoisinait les quatre millions d’euros.
Pour Manuel Picaud, les tournois doivent impérativement évoluer sur la forme : « Il faut qu’on arrête de singer le sport professionnel. Et imaginer quelque chose qui pèse moins sur les coûts. » Et le co-président de Paris 2018 de donner un petit coup de griffe au passage : « Il faut aussi que les organisations qui chapeautent soient moins gourmandes en frais. »
Il pointe du doigt une certaine fuite en avant, notamment du côté de l’EGLSF qui souhaite qu’il y ait désormais des Eurogames chaque année, alors que les dernières éditions (Stockholm en 2015, Helsinki en 2016 et Rome en 2019) ont été très critiquées par les joueuses et les joueurs pour leurs problèmes d’organisation.
Pour Manuel Picaud, « il faut revenir à des événements plus festifs et militants. Lors des premiers Eurogames, on proposait le logement chez l’habitant, par exemple. Je ne suis pas certain que la FGG et l’EGLSF aient envie de se remettre en question. »
Inquiétude pour les Gay Games de Hong Kong
Le prochain horizon est celui des Gay Games 2022, qui doivent se tenir à Hong Kong. C’est la première fois que l’Asie accueille les jeux créés en 1982 par le décathlonien olympique Tom Waddell.
Manuel Picaud ne cache pas son inquiétude : « Je soutiens l’équipe de Hong Kong, mais ils vont devoir faire face à une situation compliquée : politique, économique, soutien en baisse des sponsors. Avec la crise sanitaire les gens vont tarder à s’inscrire ».
Contactée par Komitid, l’organisation des Gay Games de Hong Kong se dit au travail : « Nous avons assemblés une équipe de 70 bénévoles qui préparent actuellement l’ouverture des inscriptions, qui se fera au deuxième trimestre de 2021. »
Trente six sports sont proposés. Pour l’instant, 12 000 sportives et sportifs sont attendus. En 2018, Paris en avait attiré un peu plus de 10 000.
L’organisation compte d’ailleurs sur la participation locale. « C’est la première fois que des Gay Games auront lieu en Asie. Nous y voyons l’opportunité d’inviter et d’inclure des participant.e.s qui n’avaient pas pu se rendre aux événements précédents, peut-être pour des raisons financières. »
« Le financement des Gay Games viendra d’une grande variété de sources. »
Sur la question des financements, l’équipe de Hong Kong vise la diversification : « Le financement des Gay Games viendra d’une grande variété de sources comme les partenariats d’entreprises, les dons privés, les inscriptions des participant.e.s, les licences et le merchandising, ainsi que les ventes de billets. Nous avons une équipe dédiée à la recherche de fonds privés et le soutien que nous avons obtenu jusqu’ici est très encourageant ».
Sur les risques sanitaires et politiques, les Gay Games d’Hong Kong se veulent rassurants : « La santé et la sécurité de nos participant.e.s, des spectateur.rice.s et des bénévoles est notre première priorité. Comme pour tous les événements d’envergure mondiale, un travail énorme est mené pour anticiper au maximum les imprévus et et l’équipe des Gay Games de Hong Kong suit attentivement tout ce qui pourrait affecter l’organisation des jeux. »
Cela sera-t-il suffisant pour restaurer la confiance des sportives et sportifs LGBT? On a envie de le croire.
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