Sur France 5, Laure Granjon donne la parole aux enfants nés de PMA et de GPA

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Pour une fois sur ces sujets où interviennent des personnes non-concerné.e.s, ce sont celles et ceux qui en sont le cœur qui s’expriment.

« Une famille c’est trois êtres vivants dont un plus petit et qui s’aiment », dixit Sacha, neuf ans, né par PMA et qui a deux mères. Pour une fois sur ces sujets qui convoquent trop souvent la parole de non-concerné.e.s, ce sont celles et ceux qui en sont le cœur qui s’expriment. Ils et elles s’appellent Sacha, Jade, Kolia, Lou Ann, Luie, Tom, Mathis, ont entre 8 et 20 ans. Leur point commun ? Ils et elles sont nés d’une PMA ou d’une GPA et témoignent dans PMA-GPA, les enfants ont la parole. Initialement prévu pour être diffusé le 17 mars, le documentaire sera finalement visible mardi 2 juin à 20h50 sur France 5. Komitid a rencontré Laure Granjon, la réalisatrice de ce film pour évoquer son projet, ses méthodes de travail et ses espoirs. 

Komitid : Comment ce sujet s’est-il imposé à vous ? 

Laure Granjon : Cela fait quelques années que je suis journaliste reporter d’images suite à ma formation au CFPJ. J’ai travaillé sur pas mal de projets d’abord simplement au cadre, puis avec la société 2P2L quand il avait des émissions sur Gulli. Et je suis devenue co-réalisatrice d’un reportage en immersion pendant un an dans une équipe de football du 93.  J’ai ensuite réalisé pas mal de sujets pour la TNT, avec une préférence pour les reportages en forme de portraits, de suivi de destins. C’est vraiment ce que j’aime faire. Il y a trois ans, 416 Productions m’a appelé pour travailler sur l’émission Au tableau (émission de C8 qui met en scène des enfants dans une classe qui posent des questions à une personnalité invitée, souvent issu du monde de la politique, ndlr) parce que j’ai eu l’habitude de travailler avec des enfants tout au long de ma carrière. Pendant deux ans j’ai travaillé sur cette émission et comme j’étais chargée notamment du casting de l’émission je voyais beaucoup d’enfants. C’est comme ça que j’ai rencontré Lou Ann qui a deux mères et un père et avec qui j’ai beaucoup discuté. Je me suis rendu compte que je n’avais jamais entendu des enfants parler de leur naissance en PMA ou GPA. Je n’avais jamais entendu leur avis à eux. C’est cette rencontre qui m’a donné envie de m’intéresser à ce sujet.

Comment se prépare un documentaire comme celui-là ?

Cela a été long parce que c’était une proposition que j’initiais auprès de la production et qu’il fallait que je puisse les convaincre. Donc j’ai beaucoup travaillé en amont sur mon temps personnel pour rencontrer les témoins. J’ai mis six mois à trouver tout le monde. Lou Ann était partante et ses parents aussi mais il fallait que je trouve d’autres enfants qui aient envie aussi de me raconter ce qu’ils vivent et qui ne soient pas que parisiens. J’avais envie de montrer leur diversité. J’ai activé mon réseau personnel mais aussi le réseau associatif qui m’a vraiment beaucoup aidé. À chaque fois, je prenais le temps d’expliquer la démarche et sa bienveillance. Cela prend du temps. Les familles qui ont envie de s’exprimer sont souvent présentes sur internet comme Sacha et ses mamans qui ont fait un tour du monde des familles homoparentales pendant un an et qui tenaient un blog. En fait, mon seul impératif était que je ne voulais pas que les enfants soient floutés parce que je voulais montrer qu’il ne fallait avoir honte de rien, que ces enfants étaient normaux ! Il fallait que ce soient des familles dans lesquelles tout le monde est au courant, à l’école, au travail, … où tout est transparent car il ne s’agissait pas de faire des « outings ». Et puis ce n’est pas rien d’accepter de donner le droit à l’image d’un enfant mineur et je suis tombé sur des familles qui ont vraiment compris ce que je voulais faire. Toutes les interviews avec les enfants qui constituent l’essentiel du documentaire ont été filmées sans la présence des parents. Cela a été naturel, je n’ai pas eu à le demander, ils nous ont tous fait confiance et personne ne m’a même demandé à lire mes questions au préalable. Il n’y avait pas l’intervention de la parole des parents pendant ces interviews. 

« Toutes les interviews avec les enfants qui constituent l’essentiel du documentaire ont été filmés sans la présence des parents. »

C’était important aussi de montrer une certaine diversité des situation familiale, couples gays, lesbiens, hétéros, mère célibataire, famille à trois parents, … ?

C’était important de montrer qu’il y avait plein d’histoires différentes, énormément de nuances. Chacune a sa particularité. Quand je parlais avec des amis qui ne connaissait pas du tout le sujet, ils me demandaient quel était le problème. Mais il n’y a pas un problème particulier, on ne peut pas généraliser, chacun se fait son avis mais l’intérêt c’était de montrer la multiplicité des situations. Ce sont des histoires humaines, pas des mathématiques ! 

Laure Granjon, réalisatrice du documentaire « PMA-GPA, les enfants ont la parole. », sur France 5, le 2 juin.

Malgré tout ce temps de préparation, qu’est-ce qui vous a surpris sur le terrain, pendant le tournage du documentaire ? 

J’ai vraiment été surprise dès les premiers échanges préparatoires avec les enfants au téléphone. Je me suis pris des claques tous les jours ! Pendant le tournage, je me suis repris des claques, parce qu’ils ont tous une façon très simple de vivre les choses et de les analyser. Si les adultes se prennent la tête sur ces processus, eux ont une façon de le vivre très naturelle et très organisée. Lou Ann qui a trois parents le raconte très bien : « La semaine je suis avec ma maman qui m’a portée, le week-end mon autre maman, et le 3ème week-end je suis avec mon père ! ». J’ai aussi été vraiment surprise par leur maturité. J’ai bien sûr choisi ces enfants parce qu’il y avait un « feeling », que je les aimais bien, qu’ils s’exprimaient bien et avaient envie de parler et qu’il fallait de la matière pour tenir le public pendant 70 minutes en prime time sur France 5 ! Et sachant que j’avais prévenu qu’il n’y aurait que des interviews des enfants mais pas des parents même s’ils s’expriment pendant des scènes de vie que j’ai filmées. Ils sont d’une maturité étonnante, ils sont tous plus ou moins précoces intellectuellement. Je ne suis pas psychologue, je suis juste journaliste mais je crois que cela aide que ces familles parlent beaucoup, qu’elles expliquent tout depuis que les enfants sont tout petits. Et puis ce sont des parents qui ont tellement voulu ces enfants, ce sont des enfants tellement désirés, qui ont été des projets de vie réfléchis pendant des années, et des investissements financiers lourds. Donc une fois qu’ils sont là, ils sont chéris et les parents sont très à l’écoute de leurs envies. Ces enfants-là ont l’attention de leurs parents, pleinement. 

Le jeune Sacha fait un constat plein de bon sens lors de la Marche des fiertés et met le doigt sur le problème de la loi et de la légitimité de ces enfants en lançant : « Pourquoi il est pas là Macron ? » …

Il n’a pas beaucoup parlé pendant cette séquence mais il a été très attentif, il a noté chaque comportement et notamment d’un homme qui défile, se dit homosexuel et se positionne contre la PMA. Il a réfléchi à tout. Sa mère lui explique que pas mal de maires sont là, ils voient Anne Hidalgo et c’est là qu’il parle de Macron. Et les enfants, même si les parents les protège au maximum de cette parole-là, ont entendu les militants de la Manif pour tous qui leur fait se poser beaucoup de questions. Ils se demandent pourquoi ces gens manifestent contre leur naissance d’une certaine façon, c’est ce que dit Tom dans le film. Ce ressenti naît à l’adolescence et c’est profondément lié à l’homophobie. Lou Ann se fait traiter de lesbienne parce qu’elle a deux mamans. Finalement, ce n’est pas tant la façon dont ils ont été conçus qui provoque ce rejet mais bien le schéma familial qui ne correspond pas à la norme.

Le droit stagne sur la PMA et sur la GPA en France, comment envisagez-vous les évolutions à venir ?

Je suis peut-être naïve mais je pensais vraiment que la PMA pour toutes serait adoptée cet été et remboursée pour toutes. Mais cela viendra et je pense aussi que la GPA sera acceptée d’ici 5 ou 10 ans. Je n’arrive pas à comprendre qu’on accepte le mariage des couples de même sexe, qu’on reconnaisse que des homosexuels puissent être amoureux et former une famille mais que tout se bloque quand ils veulent avoir des enfants. La PMA, la GPA, ça existe, les enfants sont là donc il faut tout faire ne serait-ce que pour ces enfants-là qui vont être de plus en plus nombreux. C’est ridicule et plus on repousse, plus c’est ridicule !