Droits humains : à six mois du Mondial-2022, le Qatar sur la défensive

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En Europe, des associations de supporters et des fédérations, emmenées par la Norvège, s'émeuvent du sort des personnes LGBTI+ dans un pays où l'homosexualité est criminalisée.

Drapeaux avec le logo de la FIFA et du Qatar de la Coupe du Monde 2022
Drapeaux avec le logo de la FIFA et du Qatar de la Coupe du Monde 2022 - rarrarorro / Shutterstock

A six mois de la Coupe du monde de football au Qatar, les huit stades sont prêts mais des interrogations demeurent sur les droits humains, apparues dès l’attribution de l’événement au petit émirat gazier en 2010.

Pour les critiques, les progrès de la dernière décennie sont mitigés et davantage de pression doit être exercée sur le pays et l’instance dirigeante du foot mondial, la Fifa, avant la compétition (21 novembre-18 décembre).

L’ONG Amnesty International a demandé jeudi à la Fifa de verser une compensation d’au moins 440 millions de dollars aux travailleurs migrants “maltraités” sur les chantiers liés au Mondial-2022.

En Europe, des associations de supporters et des fédérations, emmenées par la Norvège, s’émeuvent du sort des personnes LGBTI+ dans un pays où l’homosexualité est criminalisée et les personnes trans sont privées de droits.

Dans une étude pour l’International Journal of Sport Policy and Politics en 2016, Paul Michael Brannagan et Joel Rockwood identifiaient plusieurs points problématiques : allégations de corruption autour de l’attribution de l’événement, climat (avant que le Mondial soit déplacé en hiver) ou encore droits des femmes, des personnes LGBTI+ et des travailleurs migrants.

Six ans après, certains Européens boycotteront la Coupe du monde pour des raisons logistiques et financières mais aussi à cause de ces interrogations auxquelles le pays n’est pas parvenu à répondre pleinement, malgré des efforts remarqués par l’Organisation internationale du travail (OIT) et des ONG.

“La Coupe du monde a accéléré les choses”

L’émirat, dont les dépenses en infrastructures pour le Mondial sont estimées à 300 milliards de dollars, a allégé à partir de 2016 la “kafala”, système de parrainage faisant des salariés des quasi propriétés de leur employeur. Il a aussi introduit en 2020 un salaire minimal.

“Ces réformes étaient inévitables et la Coupe du monde a accéléré les choses”, remarque Max Tunon, responsable du bureau de l’OIT à Doha. “D’autres pays de la région entament aussi des réformes, mais peu dans le monde les mènent au même rythme qu’ici.”

M. Tunon croit que ces efforts, que des entreprises rechignent encore à appliquer, se poursuivront au-delà de la Coupe du monde grâce aux accords conclus entre le gouvernement et l’OIT, des syndicats internationaux et des pays tiers.

Les droits des femmes et de la communauté LGBTI+ sont un autre sujet sensible dans cette société musulmane conservatrice.

Trois femmes sont ministres (de la Santé, de la Famille et de l’Education) et deux tiers des diplômés d’université sont des femmes, mais “les plus grands changements sont intervenus il y a vingt ans et pas dans les dix dernières années”, regrette Rothna Begum, de l’ONG Human Rights Watch.

Elle dénonce la tutelle des femmes, qui ont besoin de l’accord d’un représentant masculin pour se marier, étudier à l’étranger ou exercer certaines professions.

“Changement adaptatif”

Les changements intervenus récemment, comme la possibilité de passer son permis de conduire sans autorisation depuis janvier 2020, “sont en grande partie dus à des femmes qui ont fait valoir leurs propres droits”, notamment sur les réseaux sociaux, ajoute Rothna Begum.

Régulièrement interrogé sur les risques encourus par les supporters LGBT, le Comité d’organisation de la Coupe du monde promet de son côté un événement “ouvert à tous”.

La venue de 1,2 à 1,4 million de visiteurs autorisés par la Fifa à brandir des drapeaux arc-en-ciel, alors que les organisateurs en appellent au respect de la culture locale et à la prudence, peut-elle contribuer à changer les mentalités ?

“Ca peut aller dans les deux directions, plus d’acceptation ou des réactions très dures, selon comment ça se passe”, estime Merissa Khurma, directrice du programme Moyen-Orient du think tank américain Wilson Center. Quoi qu’il en soit, “un grand événement ne va pas déclencher une mer de changements mais le fait que la discussion ait lieu est important”.

Elle anticipe plutôt un “changement adaptatif” dans ce pays de 2,8 millions d’habitants, dont seulement 10 % sont des Qataris.

“Avec les questions LGBTQ, c’est un peu plus sensible parce qu’il y a des composantes socioculturelles et religieuses”, dit Merissa Khurma. Mais, compte tenu du grand nombre d’expatriés et de l’éducation des jeunes Qataris dans des universités étrangères, “c’est une question de temps pour voir les attitudes changer”.

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