De la fausse « théorie du genre » au fumeux « wokisme », la même détestation des minorités

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Aujourd'hui, dans la guerre des mots, les conservateurs de tout poil ont trouvé avec « wokisme » et « cancel culture » deux nouvelles expressions pour afficher leur détestation des minorités agissantes.  

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Ils et elles n’ont plus que ces mots-là à la bouche depuis des semaines. J’écoutais en début de semaine dernière sur France Inter Bruno Retailleau, des Républicains sur France Inter. Il a réussi l’exploit de mettre dans la même phrase  le « wokisme » et la « cancel culture », pour discréditer l’écologie politique.

Le « wokisme » est devenu en quelques mois une tarte à la crème, utilisé à foison par les politiques (le plus souvent de droite mais pas seulement), les journalistes, certains chercheurs.

Pour comprendre de quoi on parle, je vous renvoie au très bon papier explicatif de Fabien Jannic-Charbonnel sur France Info.

D’un mot utilisé à l’origine par les personnes afro-descendantes aux États-Unis et synonyme d’« éveillé », pour exprimer l’idée que l’on est sensible aux questions de justice sociale, au racisme et à l’égalité, les pourfendeurs des droits des minorités ont fait un concept repoussoir. En clair, depuis des mois, ce mot de « wokisme » est utilisé pour discréditer les propos des activistes intersectionnels, les féministes, mais aussi des personnalités politiques. Je pense en particulier à Sandrine Rousseau, estampillée « première candidate woke » par Caroline Fourest sur LCI en septembre dernier. Selon l’essayiste, Sandrine Rousseau présenterait une version « infantilisante » et « essentialiste » du féminisme. Rien de moins.

Cette utilisation détournée d’un concept d’émancipation, me rappelle furieusement ce qu’il s’est jouée il y a quelques années, lorsque les tenants de l’ordre n’avaient que la « théorie du genre » à la bouche. Les propose étaient tout aussi outranciers. Bien sûr, ce détournement de ce qu’on appelle les études de genre visaient à critiquer toutes celles et ceux qui mettaient en cause un modèle patriarcal, une vision binaire du monde et surtout qui reliaient entre eux différentes formes de discrimination. Passé un peu de mode en France, cette critique des études de genre fait florès dans des pays autoritaires comme la Pologne et la Hongrie mais aussi en Amérique latine et en Afrique, confortée par des églises en particulier évangélistes particulièrement actives contre les droits des femmes et des personnes LGBTI+.

Comme l’explique Judith Butler dans The Guardian, ce mouvement critique du genre a un but précis : « Bien que nationaliste, transphobe, misogyne et homophobe, l’objectif principal du mouvement est de renverser la législation progressiste remportée au cours des dernières décennies par les mouvements LGBTQI et féministes. »

Aujourd’hui, dans la guerre des mots, les conservateurs de tout poil ont trouvé avec « wokisme » et « cancel culture » deux nouvelles expressions pour afficher leur détestation des minorités agissantes. Soulignons qu’aux États-Unis, ces mots ne sont plus du tout utilisés… si ce n’est par l’extrême droite et les pro-Trump.

Il est donc tout à fait effrayant de voir que le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer apporte du crédit à ces attaques. Il vient en effet de créer, mi-octobre, le think-tank « Laboratoire de la République », pour lutter contre le « wokisme », avant, dixit le Ministre, « qu’il n’ait envahi tous les secteurs de la société. ». Bigre !

On aurait aimé que Jean-Michel Blanquer, qui s’était très mollement exprimé après le suicide de Dinah, ado harcelée à l’école suite à son coming out lesbien, consacre son temps à des problèmes autrement plus concrets et en particulier le harcèlement ou les actes LGBTphobes à l’école.

 

  • sanzio

    Bonjour,
    Merci pour toutes ces info! Mais placer Caroline Fourest dans les « conservateurs de tout poil » ce n’est plus une info… D’autant qu’elle n’est pas la seule parmi les progressistes à dénoncer ce terrorisme d’extrême gauche, je pense par ex à Elizabeth Badinter…