Florence Tamagne : « Dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir, des mesures sont prises qui visent les mouvements homosexuels militants »

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Maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Lille, spécialiste de l’histoire de l’homosexualité, Florence Tamagne, commissaire de l’exposition exceptionnelle « Homosexuels et lesbiennes dans l'Europe nazie», au Mémorial de la Shoah, a répondu aux questions de Komitid. 

Vue de l'exposition « Homosexuels et lesbiennes dans l'Europe nazie » au Mémorial de la Shoah - Christophe Martet pour Komitid
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Mise à jour, le 28 septembre : Ajout d'une salle vidéo
Pour répondre à son succès notable, l'exposition événement Homosexuels et lesbiennes dans l'Europe nazie s'enrichit d'une salle audiovisuelle aux contenus pour la plupart inédits.

C’est une exposition exceptionnelle que propose le Mémorial de la Shoah, à Paris. « Homosexuels et lesbiennes dans l’Europe nazie » présente une histoire qui reste encore mal appréhendée mais sur laquelle les recherches progressent.

La persécution, après la prise de pouvoir par Hitler, des personnes gays et lesbiennes, et de celles et ceux qui ne se conformaient pas aux genres traditionnels, est traitée avec une rigoureuse précision et des documents souvent bouleversants.

Nous pensons en particulier à ce Triangle rose, un simple bout de tissu, mais une marque d’infamie pour ceux, les homosexuels identifiés comme tels, qui en était affublés dans les camps de concentration.

Récits de vie

Le parcours est aussi jalonné de passionnants récits de vie d'hommes et de femmes qui ont traversé cette période sombre. Comment ne pas être ému·es en découvrant l’histoire de cette femme polonaise Chawa Zloczower, devenue plus tard Eva Kotchewer. Sa fiche d’enregistrement au camp de Drancy figure dans l’exposition et on apprend sa déportation et son assassinat avec sa compagne, dès leur arrivée à Auschwitz en décembre 1943. 

Le mérite de cette exposition est aussi de rappeler que l’histoire n’est pas forcément une marche vers le progrès et que des périodes de libération, comme celle qu'avait connue l’Allemagne dans les années 20, peuvent être suivies de périodes de répression. Ce qui se passe en ce moment en Pologne ou en Hongrie doit nous inciter à la vigilance. 

Maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Lille, spécialiste de l’histoire de l’homosexualité, Florence Tamagne, commissaire de l’exposition a répondu aux questions de Komitid. 

Komitid : Le paragraphe 175* réprimant l’homosexualité masculine existe avant la période nazie, il restera en vigueur après. Mais que va-t-il se passer à l'arrivée d'Hitler au pouvoir ?

Florence Tamagne : Il y a plusieurs étapes. Le paragraphe 175, qui existe depuis 1871, va être renforcé à partir de 1935. Les peines vont être aggravées. On passe d'un maximum de quelques années de prison à des peines pouvant aller à 10 ans de travaux forcés assorties de l'envoi en camp de concentration. L’ampleur des actes réprimés augmente aussi. Précédemment, ce n'était « que » les actes ressemblants au coït qui sont réprimés. Sous la période nazie, cela devient toute forme de désir entre hommes qui peut tomber sous le coup de la loi. Mais ce n'est qu'un aspect de la répression puisque dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir, des mesures sont prises qui visent les mouvements homosexuels militants. L’institut de Magnus Hirschfeld est pillé dès mai 1933, les journaux lesbiens sont interdits et on voit un renforcement de la surveillance et des rafles policières dans les lieux de rencontre. Les premières personnes sont envoyées en camps de concentration dès 1934. Il va y avoir un renforcement progressif de la législation et des persécutions. Par contre le lesbianisme restera en dehors de la loi pendant toute la période nazie. Ce qui ne veut pas dire que certaines femmes ne sont pas victimes du système. Parfois certaines vont être déportées à d'autres titres, comme asociales ou comme politiques. On voit sur certains dossiers la mention lesbienne, ce qui montre qu'il s'agit bien d'un facteur aggravant. En Autriche, la législation autrichienne pénalisait le lesbianisme. Des recherches très récentes ont montré que ne serait-ce que pour la ville de Vienne, on a plus de 70 femmes arrêtées condamnées, emprisonnées, parfois internées en hôpital psychiatrique parfois envoyées en camp.

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