3 questions à Ariane Chemin, journaliste au Monde

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« J'ai réalisé que la loi qui dépénalisait l'homosexualité datait seulement de la victoire de François Mitterrand. C'était hier ! »

Ariane Chemin est journaliste et grande reporter au Monde. Depuis quelques mois, elle prépare une enquête sur les hommes condamnés pour homosexualité en France durant la période 1945-1982, année de la dépénalisation. Beaucoup ont sans doute oublié que durant les années 60, l’homosexualité masculine était classée comme « fléau social » et selon plusieurs études, des milliers de personnes ont été condamnées, parfois à des peines de prison.

Et l’homophobie était encore très forte, comme le montre le sondage que nous avons choisi comme illustration de cet article, une archive de l’Express. En 1975, 72 % des sondé·es estiment que si leur fils était gay, ils feraient tout pour « le changer ». Et pour 42 %, l’homosexualité est « une maladie ».

Komitid : Qu’est-ce qui a déclenché votre envie d’enquêter sur la pénalisation de l’homosexualité et sur les hommes condamnés pour ce motif ?

Ariane Chemin : J’ai lu il y a un an et demi l’article de deux chercheurs qui estimaient à 10 000 le nombre de personnes condamnées pour homosexualité entre 1945 et 1982. J’ai réalisé que la loi qui dépénalisait l’homosexualité datait seulement de la victoire de François Mitterrand. C’était hier ! Ça m’a paru complètement fou qu’une loi vichyste ait été appliquée jusque là, et je me suis lancée dans ce sujet très vaste.

Comment enquêtez-vous sur un sujet qui reste encore assez peu connu ?

Je suis allée voir Robert Badinter, qui a défendu cette loi au Parlement fin 1981, j’ai plongé dans les archives de presse et de justice. Celles du procès du Manhattan, une boite gay parisienne victime d’un descente de police à la fin des années 70, sont passionnantes. J’ai lu de la littérature sur le sujet, j’ai passé mille coups de téléphone et rencontré plusieurs jeunes chercheurs tous passionnés, j’ai questionné longuement les rares personnes qui ont entrepris de constituer des fonds d’archives, comme Michel Chomarat à Lyon ou Christian de Leusse à Marseille.

« J’ai beaucoup de mal à retrouver les victimes de cette répression »

Quelles sont les difficultés particulières que vous rencontrez dans cette enquête ?

J’en rencontre une majeure : j’ai beaucoup de mal à retrouver les victimes de cette répression, ceux qui ont été condamnées à verser des amendes ou parfois ont fait de la prison. Soit parce qu’hélas elles ont été fauchées par le sida à la fin des années 80, soit parce qu’elles sont très âgées, soit parce que leur famille n’est pas au courant de leur vie passée et je ne me vois pas les ennuyer en les contactant.

Je profite d’ailleurs de cet entretien pour lancer un appel à témoins. Je vous en prie, si vous connaissez des personnes qui ont été victimes de cette loi discriminante, convainquez-les de témoigner, car sinon cette histoire restera enfouie et cette période sombre n’aura plus d’existence…

Si vous souhaitez contacter Ariane Chemin, voici son mail : ariane.chemin[at]lemonde.fr

  • vumaitre

    Voici le mail que j’envoie à cette pseudo journaliste, je dis pseudo journaliste, car si l’on peut admettre que le quidam de base fasse cette erreur si répandue (dépénalisation et abrogation), c’est indigne et honteux de qui se prétend journaliste.
    Chère Madame.
    Il est étonnant qu’une journaliste qui au demeurant est censée vérifier et s’assurer des ses dires et écrits, écrit :

    « J’ai réalisé que la loi qui dépénalisait l’homosexualité datait seulement de la victoire de François Mitterrand. C’était hier ! »

    Vu, que ceci est totalement faux, l’homosexualité étant en France légale depuis la révolution (1789), et que personne depuis cette date, ne fut condamnée pour ce fait. Et que personne ne fut condamné, car personne ne peut être condamné pour un délit, crime, contravention qui n’existe pas…
    Comme il est évident que vous n’avez pas étudié la question, je me permets de vous instruire.
    La loi, dite loi Badinter, abrogea une disposition du code pénal qui prévoyait une aggravation des peines encourues pour avoir eu des relations sexuelles homosexuelles avec un mineur, et « remontait » la majorité sexuelle qui était établit à quinze ans de plusieurs années pour un rapport sexuel homo. Rien à voir donc avec une « dépénalisation ».
    Loi discriminante votée sous Vichy.
    Entre abroger une loi, et dépénaliser un fait ou comportement, il y a un viaduc !
    Mais il est vrai, que les journalistes à présent aiment bien raconter n’importe quoi.
    Bien cordialement.