David France (« Bienvenue en Tchétchénie ») : « : L’activisme a fait bouger les lignes et joue désormais un rôle majeur dans la gestion des crises »

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David France a réalisé « Bienvenue en Tchétchénie », un documentaire diffusé sur Arte, dans lequel il infiltre une association russe d’aide aux victimes des politiques ouvertement homophobes de la Tchétchénie.

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Le réalisateur David France - Public Square Films
Article Prémium

Déjà reconnu comme un journaliste d’investigation important sur les thématiques LGBTI+ grâce à ses articles pour Newsweek ou The New Yorker et à ses précédents documentaires consacrés aux premières années du sida aux États-Unis, How to Survive a Plague (2012) ou son film biographique consacré à Marsha P. Johnson (The Death and Life of Marsha P. Johnson, 2017), David France a réalisé un documentaire saisissant en infiltrant une association russe d’aide aux victimes des politiques ouvertement homophobes de la Tchétchénie.

Bienvenue en Tchétchénie, diffusé sur Arte et récompensé d’un Teddy Award spécial à Berlin en 2020, est le premier documentaire à faire appel aux techniques du deep fake afin de protéger l’identité des différents témoins dont le film suit les actions de sauvetage. Le procédé inédit offre au film une incarnation sans risque et permet l’empathie immédiate malgré la dureté incommensurable du propos et des scènes tournées. Komitid a échangé avec le réalisateur new-yorkais sur ce film important ainsi que sur celui qu’il est en train de tourner et qui s’intéresse à la crise du covid.

Komitid : Comment vous définiriez-vous ? Un journaliste, un réalisateur, un activiste gay ? 

David France : Peut-être les trois. Bien sûr je me considère comme journaliste, écrivain et réalisateur de films et je suis un activiste parce que mes sujets sont liés à l’activisme et que j’essaie de raconter des histoires d’activistes : qui ils sont, quels buts ils poursuivent, comment ils peuvent prendre d’incroyables risques pour essayer de provoquer des changements. 

Après un film sur les premières années du sida et un autre sur le parcours d’une icône trans, comment vous êtes-vous intéressé aux problèmes de l’homophobie en Tchétchénie ?

J’ai lu des articles comme beaucoup de monde dès 2017, de nombreux éléments étaient connus, et j’ai attendu qu’une vraie pression internationale s’exerce notamment sur la Russie pour que tout cela s’arrête mais j’ai découvert en creusant le sujet, c’est que rien ne s’était jamais arrêté. J’ai aussi découvert que des petits groupes d’activistes organisaient leur propre riposte, prenaient des risques incroyables pour braver les pouvoirs et faire en sorte d’aller au secours des gens et de sauver des vies. Le fait que de tels événements aient encore lieu aujourd’hui au 21ème siècle, c’est quelque chose d’extrêmement choquant pour moi, cela m’a motivé à aller plus loin.

Comment expliquez-vous l’absence de réaction forte de la communauté internationale sur ce sujet ?

Donald Trump a tellement focalisé l’attention que les médias ont cessé de faire leur travail sur cette affaire et ont arrêté d’en parler. Son côté disruptif a désorienté le monde entier et a annihilé les chaînes de transmission d’information qui se forment habituellement à travers le monde sur ce genre de sujets. 

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