Olivier Charneux : « La loi était contre Charles Trenet, même si en privé, il assumait son homosexualité »

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Dans « Le Prix de la joie » (aux éditions Séguier), Olivier Charneux se met dans la peau du chanteur Charles Trenet, pour décrire son emprisonnement pour homosexualité en 1963.

Olivier Charneux est l'auteur du roman « Le Prix de la joie » sur l'affaire Trenet en 1963 - DR
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Lorsque j'ai dit à une amie que j'étais en train de lire un roman sur Charles Trenet, la réplique a été immédiate : « Ah oui, ce chanteur qui aimait les petits garçons et faisait des ballets bleus ! » Longtemps, l'interprète de Y'a d'la joie, de Que reste-t-il de nos amours ?, a traîné cette mauvaise réputation.

L'écrivain Olivier Charneux ne voulait pas en rester là. Il est né en 1963, l'année de l'emprisonnement et du procès de Charles Trenet, en application d'une loi discriminatoire héritée de Vichy et clairement homophobe. Dans Le Prix de la joie (aux éditions Séguier), il décrit, en se mettant dans la peau du chanteur et poète, ce mois en prison et les conséquences sur la vie d'un artiste pourtant adulé. Dans l'interview qu'il nous a accordée, Olivier Charneux, déjà auteur d'un remarquable ouvrage sur les expérimentations nazies sur les homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale (Les guérir, publié en 2016 aux Éditions Robert Laffont)explique qu'il a voulu réhabiliter l'homme et mieux faire connaître ce pan d'histoire de l'homophobie en France.

Komitid : Olivier Charneux, pourquoi avez-vous eu envie de raconter cet épisode assez terrible de la vie de Charles Trenet ? 

Olivier Charneux : J’ai été stupéfait d’apprendre au détour d’un documentaire que Charles Trenet avait été emprisonné un mois en France en 1963 à l’âge de 50 ans à cause de son homosexualité et d’une loi discriminante promulguée sous Vichy. Je me suis souvenu que dans ma jeunesse, ma famille parlait de lui avec dégoût, comme quelqu’un de sale qui touchait les petits garçons, organisaient des soi-disant « ballets bleus » et qui avait été un collaborateur sous l’Occupation. Ces rumeurs perdurent aujourd’hui sans que personne ne les contredise comme si elles allaient de soi. Elles révèlent une homophobie bien installée dans la société française, voir la Manif pour tous, qui veut que les homosexuels sont des faibles, des pervers, des lâches, des traitres forcément collaborateurs.

La France ne s’intéresse pas assez à l’histoire de ses minorités. J’ai tout de suite eu envie d’enquêter sur cette incarcération de Trenet pour dénoncer l’injustice de son emprisonnement et de sa condamnation, réhabiliter un homme et tous les homosexuels qui ont subi pendant quarante ans cette loi vichyssoise inique et discriminatoire. J’ai eu envie de raconter cette histoire parce qu’elle s’est déroulée l’année de ma naissance en 1963 et qu’il est bon de savoir d’où l’on vient.

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  • chmirambeau

    Que Charles Trénet ait été collabo, c’est en effet une fausse rumeur : il a simplement roulé pour lui, et profité de toutes les situations dont il pouvait tirer avantage. Et ça, ce n’est pas une rumeur, un potin ou une médisance – c’est vérifiable dans la presse du temps. Qu’il ait été encensé par l’abominable Laubreaux, plume antisémite et critique théâtral et musical à Je Suis Partout (entre autres) pour ses récitals à l’A.B.C. – que les nazis, avec la complicité des collaborateurs, avaient spoliés à Mitty Goldin, créateur et propriétaire du lieu, qui avait donné son identité ses lettres de noblesses à ce nouveau temple du music-hall des Boulevards – où les chansons de Trénet représentaient si bien la France nouvelle, c’est aussi un fait – il suffit de relire les éloges de Laubreaux. Que Trénet ait tenté de voler la musique de ce qui devint « Padam Padam » à Serge Glanzberg, alors réfugié en zone libre, puis caché dans le sud, et qu’il chante à Paris cette chanson, avec le titre « Paname, Paname » – car Glanzberg, chantant sa nouvelle mélodie à Piaf en présence de Trénet, chantait « panam’, panam' » c’est aussi un fait (voir les mémoires de Glanzberg, qui sont archi-précises su le sujet). J’avoue que ça me rend dingo qu’on dédouane et qu’on efface d’un trait de plume l’attitude extrêmement douteuse de Trénet pendant l’Occupation, sous prétexte de le « réhabiliter » en tant qu’homosexuel persécuté. Tout à coup, Trénet est un saint injustement traîné dans la boue… faudrait quand même voir à pas tout mélanger.