« La Bonne Épouse », une comédie féministe réjouissante

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Une comédie sur la condition féminine, le patriarcat, les injonctions de genre et les prémices de mai 68 ? C’est possible ! Et c’est extrêmement réussi tout en étant à la fois politique et joyeux. Pour Komitid, c’est le film de la semaine.

Une comédie sur la condition féminine, le patriarcat, les injonctions de genre et les prémices de mai 68 ? C’est possible ! Et c’est extrêmement réussi tout en étant à la fois politique et joyeux. Pour Komitid, c’est le film de la semaine.

Martin Provost est un cinéaste passionnant.

D’abord comédien (pensionnaire de la Comédie-Française ce qui n’est pas rien), il lâche tout pour se concentrer sur l’écriture de pièces et de romans et la mise en scène théâtrale, puis se lance dans le cinéma. En 2008, son film Séraphine qui retrace le parcours d’une femme de ménage douée pour la peinture au début du XXème siècle cartonne et reçoit pas moins de sept César dont ceux du meilleur film, du meilleur scénario original et de la meilleure actrice pour son héroïne Yolande Moreau.


Après Sage femme, film doux-amer qui confrontait pour la première fois Catherine Deneuve et Catherine Frot, il revient avec une comédie sur la condition féminine qui se déroule juste avant Mai 68 dans une école ménagère alsacienne.
Dès les premières minutes, la directrice de l’école, Paulette Van Der Beck (Juliette Binoche, exceptionnelle) annonce la couleur à ses nouvelles recrues : « Voici les sept piliers qui feront de vous, mesdemoiselles, la perle des ménagères, un rêve pour vos futurs époux : pilier numéro un, la bonne épouse est avant tout la compagne de son mari, ce qui suppose oubli de soi, compréhension et bonne humeur … ».

Directrice bourgeoise et rigide

Les six autres piliers sont bien évidemment à l’avenant. Nous sommes en Alsace, en 1967, et cette école ménagère est tenue de main de maîtresse par une directrice bourgeoise et rigide, qui mène les jeunes filles qui lui ont été confiées à la baguette et se plie en quatre, pour satisfaire son époux Robert (François Berléand, incarnation naturelle du patriarcat vieillissant), aux côtés de sa belle-sœur Gilberte, cuisinière fantaisiste (Yolande Moreau, extrêmement touchante) et de Sœur Marie-Thérèse, intraitable garde-chiourme (Noémie Lvovsky n’a jamais été aussi drôle !).

Mais quand Robert meurt en s’étouffant lors d’un repas roboratif et que les jeunes « étudiantes » commencent à faire sentir dans l’institution un début de vent de révolte, tout part en vrille jusqu’au point de non-retour : Mai 68.

Partant de l’histoire vraie de ces institutions à destination des jeunes filles des classes populaires, Martin Provost et sa co-scénariste Séverine Werba dressent le portrait d’une France bien mise d’avant la « révolution sexuelle » dans laquelle les contours de la place assignée à la femme semblaient inamovibles.

En plus de ces trois femmes dirigeant l’école qui réagiront chacune à leur façon aux sirènes émancipatrices de la modernité, le film brosse le portrait de la jeunesse de la fin des années 60 à travers une galerie de personnages féminins réjouissants : leurs premières révoltes, leurs différences et leurs premiers émois pour les garçons du coin ou même entre elles.

La Bonne Épouse a le sens du rythme inhérent à la comédie réussie et jamais ne s’appesantit sur les questions sociologiques. Le film dépeint pourtant avec finesse une époque, ses contradictions, ses archaïsmes et offre un « bouquet final » engagé, surprenant, léger et enchanteur.

« La Bonne Épouse »
Réalisation : Martin Provost
Avec Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noémie Lvovsky, Edouard Baer, François Berléand, Armelle, …
Comédie – 1h49 – France/Belgique
En salles le 11 mars 2020