De 2010 à 2019, une décennie capitale pour la visibilité des personnalités LGBT+
Comings out, Palme d'Or, mémoire… De 2010 à 2019, les thématiques et les personnalités LGBT+ ont été de plus en plus visibles dans les domaines du sport et de la culture. Qu'est-ce que cela signifie pour la décennie qui s'ouvre ?
Komitid passe en revue les événements marquants des années 2010 dans la visibilité des personnes LGBT+ pour mieux montrer ce qu’on attend dans les années à venir. Après l’actu internationale et française et la santé, nous nous intéressons à la culture, au sport et à la mémoire LGBT+.
Sport
Dans le monde du sport, la décennie 2010 aura surtout été marquée par de nombreux coming-outs : le basketteur américain Jason Collins et le plongeur Tom Daley en 2013, le nageur Ian Thorpe en 2014, l’athlète Kerran Clement en 2019.
Des coming-out trans aussi, comme celui, en 2015, de Caitlyn Jenner, championne olympique du décathlon aux JO de Montréal, puis celui, en 2018, de Sandra Forgues, ancienne championne olympique de canoë biplace aux JO d’Atlanta.
Caitlyn Jenner en cour’ de Vanity Fair en juin 2015 © Annie Leibovitz / Vanity Fair
Le rugbyman britannique Gareth Thomas, qui avait fait son coming-out en 2009, a révélé sa séropositivité dix ans plus tard.
Megan Rapinoe superstar
S’il y a une athlète qui a bien montré la force que l’on pouvait tirer du fait de ne rien cacher, c’est bien l’américaine Megan Rapinoe, qui a conquis le monde et la France lors de la coupe du monde de football. La sportive a été jusqu’à affirmer que son équipe gagnait parce qu’elle compte des lesbiennes. Un petit tacle en règle aux équipes où la loi du silence règne encore. Pour un coming-out dans le football masculin en revanche, on repassera. L’homophobie qui règne dans les stades, dont les fédérations commencent à se saisir, n’aide sans doute pas à faire évoluer les choses dans le bon sens. Et pourtant de nombreux joueurs, à commence par Antoine Griezmann ou Kylian Mbappé, ont fait savoir qu’ils n’auraient aucun problème à voir un collègue faire son coming-out. Est-ce pour la décennie qui vient ? Ou faudra-t-il encore attendre la suivante ?
Out in Rio
Lors des Jeux Olympiques de Rio, on a dénombré une quarantaine d’athlètes ouvertement LGBT+. Nouveau record en vue en 2020 auxJeux Olympiques de Tokyo?
De son côté, le sport LGBT+ se porte mieux que jamais, merci. Grâce à une mobilisation communautaire importante et un soutien institutionnel très fort, les Gay Games de Paris, en 2018, ont été un beau succès. 10 000 sportives et sportifs de 80 pays ont débarqué dans la capitale pour s’affronter dans plus d’une trentaine de sports et sont reparties avec des étoiles dans les yeux (et pour certain.e.s des médailles autour du cou).
Fin de l’aventure en revanche pour les Outgames, l’épreuve concurrente, fruit d’une scission avec la Fédération des Gay Games en 2006. Les Outgames qui devaient se tenir à Miami en 2017 sont annulés à la dernière minute, laissant des centaines d’athlètes sur le carreau.
Culture
On l’a souvent dit, il y a eu un avant et un après Le Secret de Brokeback Mountain, sorti en 2005, pour le traitement de l’homosexualité à l’écran. Le succès du film a montré aux producteurs qu’un film avec des personnages principaux LGBT+ pouvait parler au grand public. Les années 2010 auront donc été celles d’une visibilité grandissante sur tous les écrans, petit ou grand.
En 2013, La vie d’Adèle reçoit la Palme d’Or, ce qui inspirera à Christine Boutin sa célèbre tirade « On est envahis de gays ».
La même année Alain Guiraudie reçoit le prix de la mise en scène pour L’Inconnu du lac, dont l’affiche sera censurée par la suite dans les communes de Saint Cloud et Versailles.
L’affiche du film « L’Inconnu du lac »
Les années 2010 ce sont aussi les années Xavier Dolan, qui a commencé sa prolifique carrière en 2009. Mommy reçoit le Prix du Jury à Cannes en 2014 et Juste la fin du monde reçoit le Grand Prix en 2016.
Xavier Dolan critiqua sévèrement la Queer Palm, créée en 2010, avant de faire amende honorable sur Komitid quelques années plus tard.
Culture drag
Les années 2010 ont vu l’explosion de la culture drag grâce à l’émission RuPaul’s Drag Race. RuPaul, son animateur.trice, a ainsi permis à toute une nouvelle génération de drag-queens d’émerger, y compris en France. Il a aussi récolté quelques critiques pour certaines déclarations.
- Lire aussi : Sidragtion : Comment 60 drag queens, drag kings et club kids ont réussi à récolter 12 000 euros pour Sidaction
Dans la décennie qui vient le drag sera confronté à plusieurs défis, dépasser l’aspect gay du drag, résister au mainstream pour ne pas devenir de simples créatures à paillettes…
La décennie aura vu également le retour en force du voguing, et son implantation en France, importée des Etats-Unis en France au début de la décennie par Lasseindra Ninja et Nikki Mizrahi.
Dans les séries, on a assisté à une véritable explosion de la visibilité LGBT+. On peut citer Glee, Orange is the New Black, Transparent, Sense8, Cucumber/Banana/Tofu, Years and Years ou encore Lip Service. L’année 2019 aura même vu le retour de la série culte The L Word, Génération Q !
Mémoire LGBT+
Le 21 avril 2010, le journaliste et militant Jean Le Bitoux meurt. Il avait co-fondé Gai Pied en 1979, milité au sein des GLH et de Aides. Son dernier combat fut celui des Triangles roses. Il a fondé Les OubliéEs de la mémoire et et co-écrit avec Pierre Seel, Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel en 1994. Un square porte son nom à Montreuil. Et la ville de Paris a voté un vœu pour apposer une plaque à son nom dans la capitale pour les 10 ans de sa mort en 2020.
Depuis son élection en 2014, Anne Hidalgo a entrepris de développer la visibilité LGBT+ dans la capitale en inaugurant des plaques et en nommant des rues ou des promenades. Il y a désormais une plaque en hommage aux derniers condamnés à mort pour homosexualité, une Promenade Coccinelle, une Promenade Cleews Vellay, un jardin Mark Ashton, une place des émeutes de Stonewall.
Serpent de mer
Les années 2020 verront-elles la création d’un Centre d’archives LGBT+ dans la capitale ? Voilà plus de quinze ans que le dossier traîne et au terme de son premier mandat comme maire, Anne Hidalgo n’est pas parvenue à trouver un accord avec les associations LGBTQI.
En dehors de Paris, la visibilité LGBT se développe également. Il devrait y avoir ainsi prochainement un jardin Marsha P. Johnson et Sylvia Rivera à Metz.
Il reste encore beaucoup à faire pour la mémoire, notamment côté lesbien. La journaliste Clémence Allezard a réalisé une formidable série pour France Culture, intitulée Quand les lesbiennes sortent du placard. Pour Komitid, elle est revenue sur la carrière de la cinéaste Barbara Hammer, disparue en mars 2019.
En 2011, une voix importante s’est éteinte : celle de Rudolf Brazda, le dernier triangle rose vivant connu. Yagg avait recueilli son témoignage un an auparavant.
On signalera enfin qu’Alan Turing, le génial mathématicien qui a aidé à décrypté la machine Enigma des nazis, est gracié par la Elizabeth II en 2013. Il avait été condamné à la castration chimique en 1952 en raison de son homosexualité.
* Lire aussi la première partie de notre rétrospective de la décennie 2010-2019