Bo Van Spilbeeck : « J'ai une féminité apprise et non spontanée »

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Bo Van Spilbeeck est une grande reporter flamande, qui a publié le 2 octobre aux éditions Les Arènes un livre témoignage sur sa transition de genre : « Comment je suis devenue Bo ». Elle décrypte pour Komitid son vécu de la féminité et explique pourquoi elle a voulu témoigner.

Bo Van Spilbeeck
La journaliste Bo Van Spilbeeck, à Paris, octobre 2019 - Paule Quentel pour Komitid
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Comment je suis devenue Bo est un livre témoignage d'une femme née dans un corps d'homme et qui y a vécu 58 ans avant d'avoir recours à une opération de réattribution sexuelle en 2018, et qui en parle sans détour. Dans son ouvrage, Bo Van Spilbeeck, journaliste sur la chaîne belge VTM raconte certes sa transition et les deux années qui ont suivi, mais également tout ce qui l'a amené à sauter le pas, du déclic au parcours depuis sa puberté.

Lors de sa rencontre avec Komitid, elle explique : « J'ai souhaité partager mon expérience pour trois raisons : pour moi, ce fut une sorte d'écriture thérapeutique pour donner une place à mon histoire, pour éventuellement éclairer la lanterne des personnes qui ont des sentiments similaires et pour le grand public ». En effet, pour elle, « les gens ne savent pas, ou pas assez ce qu'est être une personne transgenre, se sentir mal dans sa peau, d'avoir une dysphorie de genre ».

Elle apporte ses lumières, en abordant des sujets aussi variés que les divers rendez-vous pour changer de sexe, le coming-out ou encore son mariage. Elle traite aussi, sans tabou et avec finesse, par de petites touches parsemées à travers les lignes, de son cheminement vers la féminité, qui ne lui était pas permis de développer, d'assumer, de vivre.

Komitid : Vous écrivez dans votre livre : « Ma féminité n'est pas de même nature que celle d'une femme cisgenre ». Pourquoi ?

Bo Van Spilbeeck : J'ai une féminité apprise, et non naturelle ou spontanée. On peut se dire : si j'ai toujours été une femme en moi, ce devrait être la même chose. Mais je suis née dans un corps de garçon, et de par les codes sociaux et culturels, j'ai eu un apprentissage de garçon. Je n'ai pas eu l'occasion de faire grandir la féminité embryonale qui était en moi. Quand on naît fille, c'est normal de recevoir tous ces codes. Une fille, j’ai vu ça avec la mienne, ça s’enferme avec ses copines dans la chambre pour se coiffer, pour essayer du maquillage, des accessoires. Elles se partagent des secrets. Les garçons, ça se bouscule, ça se dispute, ça joue aux cowboys et aux indiens. Je sais que c’est très cliché, exagéré peut-être. Mais il y a du vrai. Il y a toutes sortes de choses qui font qu'encore maintenant on remarque que je ne suis pas née femme. Même si ça arrive de moins en moins. Il n'est pas rare que ma femme, Marianne (depuis plus de trente ans, nldr), me donne un petit coup de coude pour me dire : “ Tiens-toi de façon un peu plus féminine ”, par exemple.

« Tu es trop féminine »

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