Benoît Masocco, réalisateur de « L’Étincelle, une histoire des luttes LGBT+ » : « On parle de gens qui, en une vie, ont été contraints de se rencontrer dans des urinoirs et, à la fin, peuvent se marier et adopter »

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Le documentaire de Benoît Masocco, diffusé en juin sur la chaîne Histoire et qui sort en salles, retrace les grands temps forts de notre histoire LGBT+ contemporaine.

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« L’Étincelle, une histoire des luttes LGBT+ » © BENOIT MASOCCO
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Réalisateur et producteur de documentaire chez Capa depuis plus de 10 ans, Benoît Masocco a également réalisé des courts-métrages et écrit deux pièces de théâtre. Constatant l’évolution du Marais et la façon dont le quartier devenait de moins en moins investi par les personnes LGBT+, il a commencé à s’intéresser de près à la culture des lieux et à leur histoire. S’il a été difficile de trouver des financements pour enquêter sur l’histoire des luttes, il a finalement pu compter sur le soutien des chaînes Histoire et RMC Story pour enquêter aux États-Unis, en France et aux Pays-Bas. Le résultat ? Un documentaire ambitieux qui fait le point sur 50 ans de luttes grâce à des témoignages passionnants. Komitid a rencontré Benoît Masocco, réalisateur de L’Étincelle à voir dès ce soir à 20h40 sur Histoire.

Benoit Masocco

Quand on voit le film on peut diviser le récit en deux parties : les débuts, Stonewall et ce qui en découle, puis la période du sida, elle aussi porteuse de revendications…

Benoît Masocco : Oui, ce récit s’est imposé pendant l’enquête et au montage, je dirais peut-être trois parties puisqu’il y a un volet, moins important dans le film, sur toutes les avancées récentes des droits. C’était en tout cas impossible, comme le demandent souvent les producteurs ou diffuseurs, de casser la chronologie puisque ce qui est vraiment incroyable quand on se penche sur l’histoire LGBT c’est que tout est lié : Il y a la répression des années 50 qui donnent les émeutes des années 60 qui, elles-mêmes engendrent la libération sexuelle des années 70, cette liberté qui a joué un rôle dans la propagation de l’épidémie de sida dans les années 80. Le sida a été le déclencheur des revendications pour les droits car on s’est rendu compte à ce moment-là de l’inégalité frappante, cela nous a portés jusqu’à la lutte récente pour l’égalité des droits. Je fais partie d’une génération à qui on a dit « il y a le sida donc pour le sexe c’est capote et voilà tout », j’en avais un peu marre de cette association entre nos sexualités et le sida mais j’ai vraiment compris pourquoi c’était intimement lié, pourquoi il ne fallait pas rejeter cela car c’est un pan fondamental de l’histoire LGBT. On n’en serait pas là s’il n’y avait pas eu le sida.

Il y a ce moment assez dingue dans le film où après avoir raconté tous les drames liés au sida, les témoins conviennent de l’aspect positif indéniable de l’épidémie dans la lutte pour les droits, pour l’égalité. C’est important de comprendre cela. D’un point de vue philosophique, on a attendu ce moment pour se demander de quel droit on n’avait pas les mêmes droits. Le premier acte politique c’est d’être soi-même, quand on est une minorité visible il n’y a pas le choix mais quand on est invisibles il faut prendre conscience qu’on a le droit d’exister, de baiser, de s’assumer, ça c’est la première partie. S’assumer, c’est souvent vivre en marge comme des citoyens de seconde zone. La deuxième partie, c’est donc tout ce qui concerne le refus d’être considérés comme des citoyens de seconde zone.

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