Rocketman, pudding indigeste sur la vie d’Elton John

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Moins dérangeant que « Bohemian Rhapsody » qui ne voyait l’icône Freddie Mercury que via le prisme du jugement moral savamment orienté par les membres survivants de Queen aux manettes du biopic, le film consacré à la vie d’Elton John, réalisé lui aussi par Dexter Fletcher, ne nous a pas séduit.e.s.

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« Rocketman », pudding indigeste sur la vie d’Elton John - Paramount Pictures

Si ici Sir John et son mari sont aux commandes, Rocketman n’échappe pas non plus à une vision binaire sur l’homosexualité de son personnage central reprenant à la ligne près les motifs énoncés dans Bohemian Rhapsody. Notamment via la figure du « manager-amant-méchant de l’histoire » et la stigmatisation d’une homosexualité mal vécue avec son cortège de conflits avec papa et maman et d’addictions en tous genres (sexe, alcool, drogues). Ici encore, jamais un seul élément concernant la sexualité de l’artiste ne sera vu comme positif et, même si cela correspond à la volonté d’Elton John, on peut s’interroger sur le message que cette vision « homosexualité = malédiction » peut transmettre, en particulier auprès du grand public qui ne manquera pas d’aller découvrir le film en masse. Le contrôle de la production par la star permet tout de même d’éviter au film de sombrer dans les affres de la dark side gay du héros qui rendait l’opus sur Mercury irrespirable.

Flamboyance toute carton-pâte

Mais, effets de vases communicants, là où Bohemian Rhapsody dressait le portrait si ce n’est fidèle, d’une toute relative sobriété de l’icône Mercury, Rocketman se pare des pires artifices des musicals de Broadway pour livrer au final un film aussi indigeste qu’un pudding-chantilly. Le film semble en effet n’être écrit et réalisé que comme une rampe de lancement de comédie musicale, un pré-contrat d’adaptation sur scène, avec notes explicatives sur chaque tableau et ébauches de chorégraphies en toiles de fond pour agrémenter le tout. Et le mauvais goût légendaire (ses lunettes, ses costumes, on en parle ?) a nourri une esthétique boursouflée à base de camp mal digéré. Rocketman noie le public sous les effets de mise en scène ringards et tape à l’œil et passe à côté de l’essentiel. Malgré les efforts (louables) des comédiens, le film fait l’impasse tout ce qui concerne la création artistique, et la relation entre Elton John (Taron Egerton, vraiment bien) et son parolier et complice de toujours Bernie Taupin (Jamie Bell qui a bien grandit depuis Billy Elliot). Ce duo hors-pair qui a donné lieu a tellement de succès et qui aurait pu nous entrainer dans le secret de la création des titres légendaires du chanteur est au second plan d’un film qui préfère rire de son héros qu’avec lui.

De fait les chansons jouent les utilités, illustrant, une à une, les tableaux de cette comédie musicale au décorum d’une flamboyance toute carton-pâte. Le film tout entier se construit sur l’idée de la rédemption d’un homme en lutte contre ses démons au détriment de l’émotion, de la musique et du cinéma. On sort de la salle en espérant de toutes nos forces que les ayant-droit d’autres légendes queer de la musique britannique comme David Bowie ou George Michael aient l’intelligence de confier leurs histoires à de véritables auteurs, autrices, réalisatrices et réalisateurs.

Rocketman

Réalisation : Dexter Fletcher

Comédie musicale – Grande-Bretagne – 2h01

Distribution : Taron Egerton, Jamie Bell, Richard Madden, Bryce Dallas Howard, Steven Mackintosch, Gemma Jones…

En salles le 29 mai 2019