Des « Roseaux sauvages » à « L'Adieu à la nuit », André Téchiné continue de déconstruire une certaine masculinité

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Avec une filmographie qui s'étale sur 50 ans, André Téchiné est un des cinéastes français les plus importants. Avec « L'Adieu à la nuit », en salles le 24 avril, il continue d'explorer un de ses thèmes de prédilection, la jeunesse.

André Téchiné - Roberto Frankenberg / modds
André Téchiné - Roberto Frankenberg / modds
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Le nouveau film d'André Téchiné, L’Adieu à la nuit, sort en salles mercredi 24 avril et s’intéresse à la relation entre une grand-mère (Catherine Deneuve) et son petit-fils (Kacey Mottet-Klein) qui cherche à partir pour la Syrie. Sujet brûlant pour un film qui, s’il ne nous a pas tout à fait convaincu, s’inscrit dans la lignée d’une des filmographies les plus passionnantes du cinéma français : la tentation de comprendre la jeunesse et l’appétence pour une certaine déconstruction de la masculinité. Komitid a rencontré André Téchiné, qui a réalisé plus de 20 longs métrages en 50 ans de carrière, pour évoquer ces thèmes qui, comme celui de l’homosexualité, ont traversé son œuvre.

Komitid : On a l’impression que vous poursuivez un but, depuis le début de votre carrière de cinéaste, celui de toujours essayer de comprendre la jeunesse. Est-ce que pour vous ce film s’inscrit dans cette ligne ?

André Téchiné : Figurez-vous que ce que vous dites me plonge dans des abimes de réflexion. Cela me parait simple, direct et je n’y avais pas pensé. Mais oui, c’est une évidence. Je ne peux pas trouver mieux. La radicalisation islamiste a pris, via internet, une tournure d’ensauvagement individuel, sans leader, complètement inédite et très composite. Ce n’était pas le cas avant. À partir de là, c’est toute une jeunesse qui se retrouve dans ce courant et le film, d’une façon aussi simple et directe que votre affirmation, c’est le point de vue, sur ce phénomène, de quelqu’un de ma génération, une sorte d’alter-ego ou sœur, Catherine Deneuve.

Les personnages sont dans une transition juvénile qui n’est pas sans rapport avec l’adolescence. Sans vouloir le réduire à ça, l’auditoire de ces prédications a plutôt entre 15 et 25 ans. C’est une étrange façon de faire le saut dans un monde adulte dans lequel on n’est plus confronté à sa propre liberté avec le risque de détresse et de misère que cela peut impliquer. Notre propre singularité est éliminée, ce qui a quelque chose de très rassurant, comme si tout d’un coup on pouvait converger dans une espèce d’automate ou de robot. Mais c’est vrai que tout cela m’a passionné et j’ai travaillé là-dessus pour essayer de le rendre le plus concret possible, au moment des préparatifs du film.

Les personnages ne sont pas encore devenus des robots, ils restent humains à leur insu et c’est ça que j’essaye de montrer. Et je me demande aussi ce qu’on aurait fait à la place de Catherine Deneuve. Cela m’intéressait et me paraissait intéressant pour tout le monde. La question que se pose un cinéaste c’est : « Est-ce que ce qui m’intéresse peut intéresser les autres ? ». Là, j’ai pensé que c’était le cas même si c’est risqué.

Pour Quand on a 17 ans vous aviez écrit le scénario avec Céline Sciamma. Pour L’Adieu à la nuit, ce fut avec Léa Mysius, réalisatrice d’Ava en 2017. Qu’est-ce que cela vous apporte et comment travaillez-vous avec ces jeunes auteures ?

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