Ce qu’ils sont maniérés, ces méchants de Disney…

Vous trouvez qu’on exagère ? Vous ne vous souvenez pas bien de ces représentations ? Faisons donc un rapide inventaire des méchants de Disney qui sonnent gays : Y a-t-il, dans toute l’histoire de Disney, un méchant plus flamboyant qu’Hadès ? Littéralement on fire, cet élégant maître des enfers est loin de ressembler aux sculptures antiques, où il est représenté avec une barbe bien fournie. Avec un humour aussi noir qu’impertinent et des gestes gracieux jusque dans la rage la plus dévastatrice, il a les paupières et les lèvres foncées, comme maquillées.   Certes, Scar est un lion. Mais il suffit de comparer son apparence physique, sa voix et ses gestes, avec celle de son royal frère Mufasa, pour se rendre compte qu’ils ne jouent pas dans la même team, comme diraient les hétéros. Mufasa est puissant, majestueux, courageux, autant de traits qui assoient sa virilité et qui tranchent avec le physique et le caractère de Scar : exaspération théâtrale façon drama queen, poignet cassé et paupière rappelant un smoky eye. Par conséquent, Scar coche bel et bien les cases pour être qualifié de vilain homosexuel de service. Un cas de figure assez similaire s'était déjà présenté dans Robin des Bois. En effet, l'opposition entre le prince Jean et son frère le roi Richard mettait en lumière deux conceptions de la masculinité : un méchant fourbe, chétif et geignard face à un gentil fort, valeureux et juste.   Drapé dans une dignité sans pareille, Jafar est le seul personnage masculin du dessin animé Aladdin qui porte une robe. Ses yeux sont sertis d’un trait d’eyeliner à faire se pâmer n’importe quelle vlogueuse beauté, et il s’exprime avec un raffinement des plus snobs. Qui y croit, à son baiser avec Jasmine ?   Toujours accompagné de Percy son chien de poche, le gouverneur Ratcliffe s’est paré de ses plus beaux atours pour traverser l’Atlantique. Des nœuds rouges dans les cheveux, et une ombre mauve au-dessus des yeux, il profite de son solo en chanson pour dévoiler une tenue pailletée d’or et dévaler un escalier avec l'assurance d'une fabuleuse meneuse de revue.   Tout en ondulations, le longiligne docteur Facilier aux pommettes saillantes est aussi charmeur que terrifiant. Moulé dans un pantalon évasé surmonté d’un crop top, son ombre malicieuse se transforme en celle d’un serpent, symbole s’il en est de la perfidie féminine depuis environ 2000 ans, et qui connaît actuellement un renouveau grâce aux émojis.   Vous pensiez que le redoutable Shan Yu faisait partie des méchants les plus virils des dessins animés de Disney ? Ne vous fiez pas à son impressionnante musculature, ni à son profond et suave timbre de voix. À l’inverse du camp des gentils, qu’il a décidé d’envahir, ses cheveux longs sont détachés. C’est aussi le cas de certains de ses hommes, mais ses yeux à lui sont soulignés d’une épaisse flèche noire, très graphique, et ses ongles sont longs et très pointus.   Lorsque l’on ne dispose que d’une heure et demie pour tisser des liens entre les personnages et le public, recourir à la féminisation des méchants est une manière très simple et efficace de les avilir. Mais à quel prix ? L’utilisation de ces clichés est à la fois homophobe et follophobe. Et donc, par essence, misogyne.
« La manière dont Disney chiffre ses personnages queer est presque exclusivement réservée à ses méchant.e.s »
Pour Ren Martinez, auteure et journaliste diplômée de psychologie qui a décrypté ce phénomène dans les colonnes de Margins Magazine en 2015, « la manière dont Disney chiffre ses personnages queer est presque exclusivement réservée à ses méchant.e.s, et cela crée une association mathématique implicite avec la violence pour les personnes LGBT+ ». Une leçon de morale dont on se serait bien passé.e.s. Si cette démarche d’écriture est aussi dérangeante, et plus particulièrement dans le cas de Disney, c’est aussi et surtout parce qu’elle s’inscrit dans un échantillon de représentations avec lesquelles les enfants grandissent. C’est avec ces images que petit.e.s, et même grand.e.s, construisent leurs identités, intégrant donc à petite dose, les codes d’une société sexiste et hétéronormée.  

Les femmes, ça fait pédé : les méchantes de Disney n’échappent pas à la diabolisation des personnes LGBT+

Saviez-vous qu’Ursula, la méchante de La Petite Sirène, avait été dessinée d’après la célébrissime drag queen et muse de John Waters, Divine ? À première vue, c’est une représentation hors des cadres des stéréotypes de genre, et du standard de la minceur, que l’on voudrait célébrer. Mais ce sont des traits une fois de plus utilisés pour créer de la détestation à l’encontre d’un personnage.   À propos de drag queens : Brittany Elamparo, ex-journaliste d’Odyssey Online, a rédigé tout un article expliquant en quoi les méchant.e.s de Disney en étaient tou.te.s, avec une emphase particulière sur les méchantes. Cruella d’Enfer, Yzma, Madame Médusa, Maléfique, Madame Mim… ne sont-elles pas elles aussi des divas, aux corps et visages immodérément anguleux et à la féminité exagérée jusqu’au grotesque ?   Brittany Elamparo a également fait une observation intrigante : méchants et méchantes de Disney portent très souvent du violet, intégralement ou par petites touches, profond, mauve ou lilas. C'est la couleur queer par excellence car elle n'est ni rose pour les filles, ni bleu pour les garçons. Des méchant.e.s qui troublent le genre, et dont l'objectif est bien souvent de saboter le mariage - immuable happy end dans tous les Disney - des protagonistes hétéros… il semble donc logique que La Manif pour tous ait misé sur une com' rose bonbon et bleu ciel pour sa croisade anti-égalité.  

Il y a aussi quelques personnages LGBT+ gentils chez Disney. Où ça ? Dans le placard.

Dans un article de 2014 paru sur Yagg, le journaliste Julien Massillon a réalisé une brève liste des personnages gays « bienveillants mais honteux », d’après une analyse de Samantha Allen sur Daily Dot. Sans surprise, on y retrouve le Génie d'Aladdin, ainsi que Timon et Pumba. L’un avoue de manière détournée son amour pour Aladdin en le sauvant des eaux, les deux autres demeurent honteux après un bisou accidentel. On se trouve dans le cas présent dans une démarche de queerbaiting. Idem pour la relation entre Shang et Mulan : n’essayez pas de nous faire croire que le capitaine n’éprouvait pas une attirance pour son soldat, Ping, avant le violent outing perpétré par Chi-Fu ! Plus récemment, dans l’iconique La Reine des Neiges, on a eu droit à un subtil coming out. Dans la scène où Anna rencontre Christoff, Oaken, le marchand chez qui tous deux se trouvent propose à Christoff un tour dans le sauna pour se réchauffer. Il salue alors sa famille qui s'y trouve déjà : il s'agit d'un homme adulte accompagné de quatre enfants. Là encore, tout est sujet à interprétations et à débat : certains diront que c’est le plus âgé de ses fils, son frère, son cousin, d’autres, que c’est son compagnon. Tant que les choses ne sont pas énoncées clairement, le doute subsiste, et on ne peut pas vraiment parler de représentations en tant que telles.  

Un vent de changement pour les représentations queer chez Disney ?

En 2014, dans un sketch sur les stéréotypes LGBT+, l’humoriste James Adomiam a ironisé sur la manière dont Ursula a été dépeinte comme une méchante queer par l'équipe créative de La Petite Sirène. En prenant une voix grave, il l’a imitée et pour lui faire dire « je suis une grosse gouine avec une coupe de cheveux butch, des énormes seins mais pas de gosses, t’approches pas, je suis une chatte et tout en tentacules hahahaaaa ». Il a ensuite conclu en affirmant qu’à chaque fois qu’il avait rencontré ce type de femmes, elles étaient formidables et a invité son public à aller parler aux prochaines Ursula qu’il croiserait au quotidien.
Tant que l’on n’aura pas autant de personnages LGBT+ des deux côtés de la Force (...) ces simili-représentations codées continueront de poser problème.
C’est vrai qu’en y regardant de plus près, on peut se dire que ces crypto-pédés et allégories de gouines badass - bien que dans une position d’atroces tyrans - ont bien plus de panache que la plupart des gentils et gentilles de Disney. En grandissant, c’est souvent plus à elles et à eux que l’on souhaite s’identifier. Mais tant que l’on n’aura pas autant de personnages LGBT+ des deux côtés de la Force, et surtout, qu’ils et elles ne seront pas out… ces simili-représentations codées continueront de poser problème, par la manière dont elles véhiculent des stéréotypes, et donc, des violences. Si dans Les Derniers Jedi, les scénaristes ont préféré que Finn embrasse Rose plutôt que Poe, les acteurs incarnant ces personnages ont publiquement soutenu les fans qui réclament que la tension romantico-sexuelle entre Finn et Poe se concrétise à l'écran. Quant à La Reine des Neiges 2, sans doute la suite la plus attendue de l’histoire des studios Walt Disney, elle sortira fin novembre 2019. Avec, on l’espère, une vraie histoire lesbienne, histoire de verbaliser, enfin, la métaphore du coming out tissée dans le premier volet de l’histoire. À l’heure des réseaux sociaux, la dynamique entre les créateurs et créatrices de contenu culturel et leur public a changé. Bien qu’elles mettent du temps à être entendues et appliquées, nos critiques ont désormais plus de chance de porter leurs fruits. Continuons de les formuler. Quand on voit que Brittany Elamparo, qui n’avait pas été tendre avec Disney dans son analyse, en 2015, est depuis quelques mois « cheffe de projet » pour le studio de Mickey, on se dit qu’il y a des chances pour que le feu d’artifice qui survole le château du générique de Disney devienne un jour un vrai arc-en-ciel. " ["post_title"]=> string(48) "Libérez, délivrez… les méchants de Disney !" ["post_excerpt"]=> string(261) "La féminisation des méchants est un procédé d'écriture de personnage loin d'être anodin dans l'univers Disney. D'ailleurs, les méchantes ne sont pas épargnées par cette pratique ! Komitid vous explique en quoi ces représentations sont problématiques." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(6) "closed" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(45) "liberez-delivrez-feminisation-mechants-disney" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2019-03-12 17:50:23" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2019-03-12 16:50:23" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "http://www.komitid.fr/?p=2188" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "2" ["filter"]=> string(3) "raw" } } } -->

J'ai testé pour vous : la lecture aux enfants par une drag queen et un drag king

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Dans le cadre d'une semaine LGBT de lutte contre les discriminations, la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil a invité Enza Fragola et Samaël La Vidange pour lire des histoires queers et féministes aux enfants... et leurs parents. Komitid n'a pas résisté à l'idée d'aller assister à ce délicieux spectacle...

J'ai testé pour vous : la lecture aux enfants par une drag queen et un drag king
J'ai testé pour vous : la lecture aux enfants par une drag queen et un drag king - Olga Volfson
Article Prémium

Mercredi 4 juin, 14h50, l’étage inférieur accueillant les livres pour enfants de la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil se remplit doucement de bambins, des couches jusqu’au CM2 (à la louche) et de leurs parents. Le décor, un immense tapis de laine de toutes les couleurs surplombé d’un nuage de coussins bariolés, est à l’image de l’évènement du jour : à 15h démarrera une lecture menée par une drag queen et un drag king. Sur la cheminée de la pièce trônent deux fiers posters arc-en-ciel qui annoncent le programme d’une semaine LGBT de lutte contre les discriminations, pour prolonger le mois des fiertés qui vient de s’achever. Une des employées de la bibliothèque profite des dernières minutes avant le démarrage pour accrocher un drapeau rainbow. Dans le doute, mieux vaut en rajouter. Une employée de la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil accroche un drapeau rainbow pour la semaine de lutte contre les…

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