« Nobody's Watching », « La Route sauvage » et « Transit » : les films à voir cette semaine

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Komitid vous propose de découvrir les errements d'un expatrié argentin, de suivre la quête d'un adolescent courageux et une fiction d'anticipation.

Nobody's Watching
Nobody's Watching / Epicentre Films

Nobody’s Watching

Réalisation : Julia Solomonoff
Drame – Argentine – 2017
Distribution : Guillermo Pfening (Nico), Katty Velasquez (Lena), Rafael Ferro (Martín), Pascal Yen-Pfister (Pascal), Petra Costa (Petra)

Nico, la grosse trentaine, est une star de télénovela dans son pays : l’Argentine. Il décide de tenter sa chance à New York, pour relancer sa carrière. Il espère aussi se remettre de son histoire avec son ex-amant Martin. Ici, il n’est plus personne, et doit jongler entre plusieurs petits boulots pour survivre. Quand un ancien collègue acteur vient le voir, il n’a pas le courage de lui dire à quel point rien n’est comme il l’avait rêvé.

La réalisatrice Julia Solonoff, au travers du personnage de Nico, nous parle de son expérience d’expatriée à New York, des sept années d’exil qu’elle y a passé, de sa soif d’anonymat qui a fini par la lasser. Le titre original, Nadie nos mira, est un peu plus précis que son titre anglais. Ce serait plutôt « Personne ne NOUS regarde ». C’est ce que dit Martin, son amant et producteur de sa novela « Rivales », pour lui soutirer un baiser ou plus.

Il est marié et père de famille, mais dans le placard. Nico veut fuir cette relation, et la grosse pomme lui semble être un bon endroit pour le faire. Malheureusement, la ville n’est pas vraiment tendre envers lui et ses compatriotes. Il aide une de ses amies en s’occupant de son bébé, ce qui fait naître en lui une vague envie de paternité. Ses projets de cinéma tombent à l’eau, les uns après les autres. L’argent se faisant rare, il en vient même à voler dans les supermarchés. La vie n’est pas une novela…

Note : 4/5

Il doit également faire face aux préjugés sur les latinos. Trop blond, pas assez musclé, pas assez typé. Ces stéréotypes l’empêchent d’accéder à des rôles, même mineurs. il va devoir encore une fois faire semblant, cette fois pour les « americanos ». Son orgueil ne l’aide pas non plus à avancer, à s’ouvrir à ses proches.La réalisatrice pose un regard bienveillant sur son héros, sans jamais le juger, même s’il s’égare dans ses choix. Guillermo Pfening porte sur ses épaules cette ode à la recherche du bonheur. Son charme n’a d’égal que celui de New York, véritable autre premier rôle du film, où Nico se balade dans cette carte postale aux quatres saisons en nous emportant avec lui.

La Route sauvage (Lean on Pete)

Réalisation : Andrew Haigh
Drame – Royaume-Uni – 2017
Distribution : Charlie Plummer (Charley), Steve Buscemi (Del), Chloe Sevigny (Bonnie), Travis Fimmel (Ray), Steve Zahn

Charley est un ado de quinze ans. Avec son père, il vient d’arriver à Portland, Oregon. Il se trouve rapidement un petit boulot chez un vieil entraîneur de chevaux. Là, c’est la découverte. Il a le coup de foudre pour Pete, un pur-sang en bout de course. Quand Charley se retrouve seul au monde, il décide de fuir avec le cheval, et de rechercher sa tante. Elle est pour lui son seul espoir d’un nouveau foyer. Leur voyage sera long et semé d’embûches…

Le réalisateur anglais Andrew Haight nous a offert les romances gays Weekend (2011), Looking – série et long métrage – , ainsi que le très beau 45 ans (2015, avec Charlotte Rampling). Il adapte ici le roman du même nom qui suit le parcours d’un adolescent qui va devoir surmonter moult difficultés. Des situations qui l’obligeront à trouver en lui une force, un courage et une détermination insoupçonnés. Décors naturels à couper le souffle, réalisme âpre, interprétation oscarisable. Tout est sublimé pour nous faire succomber.

Note : 4,5/5

Il y a un peu de Gus Van Sant dans cette magnifique évocation de l’adolescence et des laissés pour compte de l’Amérique d’aujourd’hui. Charlie Plummer n’est pas tout à fait un inconnu. Il a incarné John Paul Getty III dans le récent Tout l’argent du monde où il excellait déjà. Il a été très justement récompensé du prix du meilleur espoir à la Mostra de Venise pour son rôle dans ce road-movie émouvant. Il ira loin, ce petit ! A n’en pas douter, un grand film.

Transit

Réalisation : Christian Petzold
Drame – Allemagne – 2018
Distribution : Franz Rogowski (Georg), Paula Beer (Marie), Godehard Giese (Richard), Jean-Pierre Darroussin (Le Narrateur)

La France, de nos jours. Les forces d’occupation fascistes avancent et les réfugiés de toute l’Europe tentent de fuir le pays et d’embarquer pour l’Amérique. L’un d’eux, l’Allemand Georg, prend l’identité d’un écrivain mort pour profiter de son visa. Il rencontre Marie, et en tombe amoureux. Elle recherche son mari sans lequel elle ne partira pas…

Après deux excellents longs métrages, Barbara (2012) et Phoenix (2014), cette nouvelle fiction du pourtant talentueux Christian Petzol (me) déçoit. Il transpose dans le Marseille d’aujourd’hui le roman éponyme d’Anna Seghers de 1944.

Bien que le scénario soit plutôt osé et ancré dans l’actualité, il n’évite pas les longueurs et le manque de clarté. C’est la guerre, on le sait, mais on ne la voit pas vraiment, elle reste vague. Seule la présence d’hommes en uniforme dans la ville apporte, par moment, un peu de tension.

Le parallèle avec les heures les plus sombres de l’Histoire est bien évident, et je dois bien le dire, assez culotté de la part d’un réalisateur germanique. Les références aux exactions, rafles, et même au vélodrome insufflent une bonne dose de véracité au récit. C’est sûr, on est revenu en 1940. Seules les cibles du régime ont changé. Le mélange politique et romance n’est pas très heureux.

Note : 2,5/5

Le ton également a le cul entre deux chaises. Et que dire de la voix off envahissante de Jean-Pierre Daroussin : anachronique et pesante. Il aurait peut-être fallu choisir un seul angle, l’anticipation ou bien le fantastique. L’un dans l’autre, ce nouvel opus de Petzold est tout de même honorable, ne serait-ce que pour ses bonnes intentions, mais loin d’être inoubliable. On ne peut pas créer des chef-d’œuvres à tous les coups !

Également à l’affiche cette semaine

Une Femme heureuse (réalisé par Dominic Savage) : ou comment, après quelques années d’une vie confortable mais monotone, une jeune mère de famille finit par ne plus supporter sa condition. Le titre français, clairement ironique, peut prêter à confusion. Ici, il est question de dépression, et même de recherche de soi. Emma Arterton est au sommet de son art dans ce drame intense d’une grande beauté visuelle.

Comme des garçons (réalisé par Julien Hallard) : inspiré de l’histoire vraie de Pierre Geoffroy, journaliste sportif à l’Union de Reims, à l’origine de la première équipe officielle de football féminin française. Plus subtile qu’il n’y paraît, cette comédie à la papa pourra plaire au plus grand nombre, même ceux que les sports de baballe rebute. Max Boublil, très bien entouré, fait le show. Sympatouche !

Amoureux de ma femme (réalisé par Daniel Auteuil) : Pour sa cinquière réalisation l’acteur adapte la pièce L’Envers du décor de Florian Zelle. L’exercice est toujours périlleux et malheureusement, ce n’est pas une réussite. Confus, truffé de clichés usés jusqu’à la corde. Pour un vaudeville, ça manque cruellement de rythme – quelques bons mots tout de même. Reste le plaisir de revoir Sandrine Kiberlain sur grand écran.