Queer Lisboa 2015: retour sur deux films gagnants, «Amor Eterno» et «Call me Marianna»

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Zoom sur les deux grands gagnants du Festival Queer Lisboa : «Amor Eterno», meilleur film de fiction, et «Call Me Marianna», documentaire polonais récompensé par le jury, avec l'interview de sa réalisatrice, Katarina Bielawska.

C’était assez osé de la part du jury de récompenser Amor Eterno (Amour éternel). Un film espagnol qui n’obéit à aucune règle et se classe difficilement dans la nomenclature actuelle du cinéma contemporain, queer ou pas. D’autre part, il est très difficile d’écrire sur ce deuxième long métrage de Marçal Forés sans en dévoiler les thématiques centrales, qui font partie intégrante de la surprise créée par la découverte d’une telle œuvre.

DRAGUE POLYMORPHE
Imaginons pour faire simple que L’Inconnu du lac se serait multiplié pour former une sorte de bande de jeunes inconnus (garçons et filles) de la forêt. Mystérieux, ils vont susciter l’intérêt d’un professeur adepte de ce lieu de dragues polymorphes, Carlos, qui entretient une liaison avec un de ses élèves. Cette forêt fascinante, lieu de tous les fantasmes, est-elle enchantée ou clairement dangereuse ? Le film, dans sa forme comme dans sa narration, parvient à maintenir une tension forte et une excitation visuelle permanente. On l’espère très vite en salles.

Le documentaire polonais lauréat de la compétition, Call Me Marianna, suit le parcours extrêmement touchant d’une femme trans’ d’une quarantaine d’années. Quand la réalisatrice commence à suivre Marianna, celle-ci vient d’intenter un procès à ses parents pour pouvoir engager sa réassignation sexuelle, procédure obligatoire en Pologne. Nous allons suivre ses démarches personnelles et chirurgicales, ainsi que le drame qui va la toucher et remettre en cause son autonomie.

DISTANCE JUSTE
C’est avec la distance juste que la réalisatrice suit son héroïne, sans voix off et sans voyeurisme. Le parcours de Marianna est entrecoupé de scènes dans un théâtre : elle écoute et renseigne de quelques commentaires deux acteurs qui répètent un dialogue inspiré de son parcours (entre elle, jouée par un homme, et son ex-femme). Le dispositif est passionnant, nous donnant à comprendre ce qui s’est passé avant, ainsi que le regard de Marianna sur cette relation qui a profondément marqué sa vie. Call Me Marianna est une leçon de courage et de dignité. Un beau portrait de femme, et quelle femme !

Une question à Katarina Bielawska, réalisatrice de Call Me Marianna

Comment est venue l’idée de consacrer un film à Marianna, et comment vivez-vous le bon accueil du public et des jurys dans les festivals ?
C’est mon premier long métrage documentaire. Quand j’ai rencontré Marianna, j’ai tout de suite eu envie de faire un film sur elle, mais je ne voulais pas faire un film sur son «changement de sexe». Je voulais faire un portrait d’elle, de ses désirs, de sa façon de gérer son rapport à sa famille, à ses amis, à la société. Ce film s’intéresse au besoin de reconnaissance et d’acceptation. La présence du film dans les festivals et le prix reçu à Lisbonne, c’est une belle réponse aux questionnements de Marianna, qui pense toujours avoir à prouver qu’elle mérite d’être traitée avec respect et dignité, qu’elle est une bonne personne, une personne normale…
Mais il y a encore bien des résistances : Marianne est employée dans une station de métro et je souhaitais la montrer au travail dans le film car c’est important dans sa vie, mais son patron a refusé car il pensait que cela n’était pas bon pour la société de transports. Idem pour le prêtre qui a une place importante dans sa vie puisqu’elle est très croyante. Mais il n’y a pas de gentils et de méchants, il me semble qu’il faut faire avec et continuer à vivre.

Texte, interview et photo Katarina Bielawska Franck Finance-Madureira

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