Brésil: deux policiers impliqués dans la mort d’une jeune femme trans’

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Laura Vermont n'avait que 18 ans [Attention, certains éléments de cet article peuvent heurter les personnes sensibles].

Une enquête policière a révélé cette semaine que deux officiers de la police de Sao Paulo sont responsables de la mort d’une jeune femme trans’ de 18 ans, Laura Vermont. Sortie avec des ami.e.s dans la soirée du 19 au 20 juin, elle a été aperçue plusieurs heures plus tard, blessée, le visage ensanglanté et visiblement désorientée. La police est arrivée sur les lieux peu de temps après. Emmenée à l’hôpital, la jeune femme n’a pas survécu à ses blessures.

Selon le site d’informations Brasil Post, les deux policiers présents sur les lieux, Ailton de Jesus et Diego Clemente Mendes, l’ont brutalisée et ont par la suite tenté de dissimuler les faits : ils ont au départ affirmé que Laura Vermont avait tenté de voler leur véhicule de police. Une version mise à mal par le père de la jeune fille qui a déclaré qu’elle ne savait pas conduire. Parmi les nombreuses blessures de la victime, l’enquête a aussi montré qu’elle avait reçu une balle dans le bras. L’un des policiers incriminés dans l’affaire a raconté que Laura Vermont avait opposé « une résistance » et que des moyens « moins létaux s’étaient avérés inefficaces ». Les deux policiers ont été conduits à la prison de Presídio Romão Gomes, et mis en examen pour parjure, fraude procédurale et blessures. Pour le moment, aucune accusation d’homicide n’a été retenue. La police de Sao Paulo a déjà été mise en cause en avril dernier, accusée d’avoir maltraité une autre femme trans’, Verônica Bolina.

Samedi 27 juin, un rassemblement en hommage à Laura Vermont et en soutien à sa famille a été organisé. Les militant.e.s ont rappelé l’urgence d’une loi pour protéger la communauté trans’ contre les discriminations et les violences, ainsi que des mesures pour faciliter le changement d’état civil : « Toutes et tous, nous sommes Laura. Combien de morts pour que l’on prenne conscience que quelque chose ne va pas dans ce genre de société ? ».

« Souvent, lorsque la police est impliquée, il n’y a même pas d’enquête, la parole des policiers suffit ! s’indigne Jean Wyllys, député ouvertement gay, sur Facebook. Cette habitude de ne jamais remettre en question les versions des faits proposées par les flics ouvre la porte à l’impunité, voire aux milices. Cela permet aussi de garder cachés d’innombrables assassinats et autres actes de violence. Mais, parfois, les incohérences sont tellement évidentes que la vérité finit par faire surface !

(…) La mort de Laura se résume presque à une statistique invisible, qui prouve, année après année, une dangerosité record de la police brésilienne. Nous exigeons des autorités compétentes une enquête sérieuse sur ce nouveau meurtre lâche contre la communauté LGBT, meurtres dont les victimes sont souvent des personnes trans’ ou travesties, comme nous avions exigé une enquête sur les décès causés par la police dans les communautés pauvres ! »
Le Brésil est un pays particulièrement meurtrier pour les personnes trans’. Dans le dernier rapport de Trans Murder Monitoring, le pays comptabilise 113 assassinats dans la communauté trans’ en 2014. La sociologue Berenice Bento a qualifié le phénomène de « transféminicide » pour mettre en lumière les enjeux particuliers de ces violences au Brésil, qui relèvent selon elle d’une vision de la place de la femme dans la société. Début juin, Laura Vermont avait partagé sur les réseaux sociaux la photo du corps d’une femme trans’ assassinée et dénonçait ce meurtre intolérable. À ce jour, environ 70 personnes trans’ sont mortes au Brésil depuis le début de l’année 2015.

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