Droits des femmes et des personnes LGBT: Le Parlement européen adopte le rapport Noichl

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Malgré une forte résistance de la frange conservatrice, le rapport, qui prône une nouvelle stratégie pour défendre l'égalité, est passé ce matin.

Le Parlement européen discutait hier, lundi 8 juin, en fin de journée, du rapport Noichl, qui vise à encourager les pays membres à émettre une réelle stratégie en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes. Que ce soit en terme de violences envers les femmes ou d’inégalités salariales, de répartitions des tâches ménagères, de la vulnérabilité des femmes face à la pauvreté, au chômage, ainsi qu’aux discriminations, le rapport présenté à la Commission des droits de la femme et de l’égalité des genres par l’eurodéputée allemande Maria Noichl pointe de nombreux retards dans l’ensemble des pays de l’UE.

«L’Union européenne a besoin d’une nouvelle stratégie: une stratégie qui propose clairement des moyens efficaces de traiter ces questions, et qui suggère des moyens d’évaluation continue, a affirmé la parlementaire. Nous avons besoin de solutions à la fois nouvelles et durables; c’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’une stratégie basée sur des mesures non-contraignantes et contraignantes, qui prenne en compte les nombreuses discriminations auxquelles sont confrontées les femmes ainsi que leurs conditions de vie.» Votée ce matin, une résolution a été adoptée avec 341 voix pour, 281 contre et 81 abstentions. «Malgré nos différences, les député.e.s se sont concentré.e.s sur un but clef: atteindre enfin l’égalité réelle entre les genres en Europe, a déclaré Maria Noichl à l’issue du vote. La résolution servira de base équilibrée et prévisionnelle pour une nouvelle stratégie pour l’égalité de genre et les droits des femmes pour toutes les femmes et tous les hommes dans l’Union européenne.»

DE MINCES PROGRÈS INÉGAUX
C’est la lenteur à laquelle les pays de l’UE avancent sur le terrain des droits des femmes qui a incité Maria Noichl à présenter un rapport sur ce problème. Elle s’est appuyée sur l’indice de l’égalité de genre pour mesurer entre 1 et 100 si les droits des femmes sont respectés dans la société de chaque pays à l’aide de plusieurs indicateurs (le travail, l’argent, le savoir, le temps, le leadership et la santé) et de deux domaines satellites (les inégalités intersectionnelles et les violences). L’indice de l’UE se situe à 54 points, un score que La France dépasse tout juste avec 57,1. En tête, on retrouve la Suède avec 74,3 points, talonnée par le Danemark (73,6) et la Finlande (73,4), puis les Pays-Bas (69,7). Tout en bas du classement, la Roumanie et la Bulgarie atteignent respectivement 35,3 et 37 points.

PMA, AVORTEMENT, HOMOPARENTALITÉ…
Comme cela avait été le cas pour le rapport Lunacek (approuvé en février 2014) ou le rapport Estrela (rejeté en octobre 2013), le rapport de la députée allemande a été la cible de groupes néo-réactionnaires et opposés à l’égalité des droits. Dans une pétition lancée par l’organisation conservatrice Citizengo, il est perçu comme «une autre tentative visant à imposer les principes les plus radicaux de l’idéologie du genre dans les pays de l’UE, laissant ainsi clairement voir que le féminisme et l’idéologie du genre sont les nouveaux dogmes idéologiques politiques qui violent également le principe de subsidiarité». Plusieurs points dérangent effectivement ceux et celles qui se mobilisent contre les droits des femmes et des minorités: l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, la garantie du droit fondamental à accéder à l’information et aux soins concernant l’avortement, la reconnaissances des familles monoparentales et des familles LGBT. En outre, le rapport préconise aussi une stratégie plus vaste pour répondre de manière plus spécifique aux problématiques des personnes LGBTI.

LA GAUCHE MOBILISÉE
Selon la députée européenne d’Europe Ecologie Les Verts Karima Delli, le rapport Noichl est un moyen de «lutter contre la montée du conservatisme au Parlement européen»: «Alors que nous nous battons pour qu’une stratégie ambitieuse soit proposée par la Commission européenne, trop de groupes politiques cherchent à faire avorter ce texte, déplorait-elle à la veille du vote (…) À l’heure où la directive sur le congé maternité est en passe d’être abandonnée par manque de volonté des États, je ne comprends pas que le Parlement ne soit pas uni sur les questions relatives à l’égalité femmes-hommes et aux droits fondamentaux.» Du côté de la délégation socialiste française, même son de cloche: «Les Socialistes français au Parlement européen regrettent les manœuvres et la campagne de désinformation menée par les Conservateurs pour empêcher le vote de cette résolution. Les femmes doivent avoir le contrôle de leurs droits sexuels et reproductifs, notamment grâce à un accès aisé à la contraception et à l’avortement. C’est pourquoi ils demandent que soient prolongés des travaux déjà engagés par l’Union européenne dans la lutte contre les discriminations fondées sur le sexe, depuis 2010.»