Jean Paul Gaultier, intime et grandiose

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Jean Paul Gaultier s'expose au Grand Palais du 1er avril au 3 août. À ne pas manquer.

Le premier mannequin? Un ours. Il s’appelle Nana, il est le premier personnage apparaissant à l’exposition Jean Paul Gaultier qui se tient au Grand Palais jusqu’au 3 août. Cette petite peluche porte les premiers seins coniques qu’a imaginés le créateur de mode français, alors enfant, au début des années 1960: «C’est ma première muse», a confié Jean Paul Gaultier lors d’une conférence de presse à l’orée du vernissage de l’exposition, lundi 30 mars.

Que raconte un petit ours râpé au regard étonné? L’enfance d’une création qui court depuis près de 40 ans, narrée ici avec intelligence et immensément de créativité.

Affiche de l’exposition Jean Paul Gaultier © Affiche Rmn-Grand Palais, Paris 2015

La promenade commence de façon classique, photos noir et blanc de famille, lettres des premiers employeurs, Jacques Esterel ou Jean Patou, les premiers dessins, la première création. La patte de Jean Paul Gaultier est déjà là, amusée, ironique, très joueuse.

C’est dans la deuxième salle, quand est révélée la marinière sous toutes ses formes, que l’exposition embarque. Les mannequins plissent des yeux, sourient, parlent parfois. Ici un marin chaloupe du regard, là Jean Paul Gaultier raconte ses inspirations. Les costumes ne sont plus figés. Jean Paul Gaultier a raconté, lundi lors de la conférence de presse, une rencontre, lors du Festival d’Avignon, avec une mise en scène des Aveugles de Maurice Maeterlinck par Denis Marleau de la compagnie canadienne UBU qui réalise avec Stéphanie Jasmin, des mannequins animés, presque de chair.

C’est la dixième étape de cette exposition fleuve, initiée en 2009 par le Musée des Beaux Arts de Montréal et qui a voyagé depuis de New York à Madrid, de Londres à Melbourne, rassemblant 1,4 millions de visiteurs/euses. L’exposition a grandi, a mûri au fil des années. En cette escale française, elle offre un défilé des Parisiennes, annoncé par Catherine Deneuve. Dans le public, des personnages habillés par Gaultier: Dita Von Teese, Arielle Domsbale, Nana Mouskouri ou Conchita Wurst.

De salle en salle, costume grandiose ou simplicité, les personnalités que le créateur a accompagnées dans leurs créations, les chorégraphes Régine Chopinot et Anjelin Prejlocaj, Madonna et le fameux corset, une somptueuse tenue de scène pour Kylie Minogue créée pour le X Tour 2009. Les collections, bien sûr, mélangées, par exemple, dans une vaste salle baptisée Jungle urbaine: Hommage à Frida Kahlo, La Russie, Les Rabbins chics, Le Grand voyage, Les Hussardes, le punk, Hommage à l’Afrique.

Le résultat est bluffant, mais pas simplement pour sa créativité, le génie de Gaultier. Parce que l’on entre ici dans son intimité comme l’a indiqué lundi Thierry Loriot, commissaire de l’exposition. À chaque pas, des photos de famille, ainsi un cliché de Gaultier, enfant, avec sa grand-mère Marie, l’une de ses premières inspiratrices, des souvenirs, un grand patchwork de mémoire qui raconte l’intimité de l’homme, les racines de sa création fondée sur le mélange des culture:

«Ce qui m’intéresse, dit-il, ce sont les différences, pour pouvoir les mélanger.»

Ou encore l’égalité entre hommes et femmes. Il se souvient avec humour des 30 journalistes qui ont quitté le défilé quand il a présenté ses hommes en jupes. Des conventions, enfin: «La mode de la rue, je la fais devenir haute couture, la haute couture, je l’ai faite mode de la rue». Plus qu’une expo, un message fort, a précisé Nathalie Bondil, directrice du Musée des Beaux arts de Montréal:

«L’univers de Jean Paul Gaultier est un univers de tolérance contre tous les stéréotypes.»

Pour lui, tout avait commencé en octobre 1976 au Palais de la Découverte, lors de son premier défilé. Il se souvient: au Planétarium. En près de 40 ans et ramassée chez le voisin, le Grand Palais, voici son œuvre, savant mélange d’intime et de grandiose. Son premier mannequin était un ours.

Découvrez un avant-goût de l’exposition:




Et sa bande-annonce:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur ‪Jean Paul Gaultier : la bande-annonce (français / english)‬

Autour de l’expo: des débats (Le couturier est-il un artiste? le 1er juin, ou encore Le costume, de l’accessoire au premier rôle? le 15 juin), des projections de films dont Jean Paul Gaultier a réalisé les costumes (Le cuisinier, sa femme et son amant, de Peter Greenaway, Kika, de Petro Almodovar, Le cinquième élément de Luc Besson), la programmation qui s’articule tout au long de la durée de l’exposition est très complète.

L’exposition sur le site du Grand Palais.