Abdellah Taïa: «J’essaie de montrer la réalité très opaque du Maroc»
L'auteur a magistralement adapté à l'écran son roman, «L'Armée du salut», qui raconte l'histoire d'un adolescent gay à Casablanca puis en Europe.
Dans L’Armée du salut, que Yagg a présenté en avant-première le 24 avril dernier, c’est l’image qui prime et le film économise les paroles pour ne garder que l’essentiel. Le film raconte l’histoire d’Abdellah (le roman comme le film sont largement autobiographiques), un jeune adolescent gay à Casablanca, proie facile pour les adultes du quartier qui n’hésite pas à l’utiliser pour assouvir leurs pulsions sexuelles. L’action du film se situe d’abord au Maroc, puis dix ans plus tard, en Suisse, alors que le jeune Abdellah vient étudier en Europe et se voit confronté à une autre forme de violence.
Abdellah Taïa met en scène des personnages magnifiques, comme ce père taiseux ou ce frère plus âgé pour lequel l’adolescent éprouve un sentiment puissant d’attirance. Un grand frère qui va lui expliquer que l’apprentissage du français peut être une chance. Un monde de non-dits, d’interdits et de violence sourde, admirablement présenté dans ce premier film. Dans l’interview qu’il a accordée à Yagg, Abdellah Taïa, Prix de Flore 2010 pour son roman Le Jour du roi (Seuil), explique que la grande différence entre le roman et le film est que ce dernier est plus violent.
L’Armée du salut est aussi un des rares longs métrages marocains à évoquer aussi directement l’homosexualité et les deux acteurs qui interprètent le héros, d’abord adolescent (Saïd Mrini) puis dix ans plus tard (Karim Ait M’Hand), sont bouleversants. Un très beau film.
L’Armée du salut, d’Abdellah Taïa, en salles le 7 mai.
Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Interview d’Abdellah Taïa pour son film L’Armée du salut… par yaggvideo
En bonus, Abdellah Taïa, grand cinéphile, nous présente quelques-uns de ses films préférés: L’Argent de Robert Bresson, L’Enfant sauvage de François Truffaut, Le Temps d’aimer et le temps de mourir de Douglas Sirk, La Trilogie d’Apu de Satyajit Ray, Je ne dors pas de Salah Abou-Sayf.
Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Les films préférés d’Abdellah Taïa par yaggvideo
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