Australie: un éditorialiste signe une tribune anti-LGBT en réponse au passage piétons arc-en-ciel de Sydney

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Avec une rhétorique profondément homophobe, Piers Akerman a tenté de démontrer la menace que font peser les LGBT sur la société australienne.

Dans la presse australienne, Piers Akerman est loin d’être un inconnu : journaliste réputé conservateur, il officie aujourd’hui comme éditorialiste au Daily Telegraph. Jeudi 4 avril, son éditorial était tout entier une diatribe tournée contre le militantisme LGBT, une critique nourrie par l’éternel fantasme du lobby homosexuel. Point de départ de son argumentaire : le passage piétons aux couleurs de l’arc-en-ciel installé à Sydney durant le festival du Mardi Gras.

UN FRANC SUCCÈS
Situé à Oxford Street depuis fin février, le passage a gagné de nombreux-euses fans (dont le sportif Matthew Mitcham) et une pétition a même été lancée pour que ce passage arc-en-ciel soit permanent. A ce jour, plus de 15000 personnes l’ont déjà signée. « J’espère que le gouvernement va dépasser ses problèmes avec les arcs-en-ciel, a affirmé le député et militant LGBT Alex Greenwich au média australien Same Same. La valeur de ce passage piétons pour les touristes, pour les entreprises locales, pour la communauté LGBTI va au-delà de ce qu’on pouvait imaginer » La maire de Sydney, Clover Moore, a déjà apporté son soutien plein et entier à une installation permanente du passage : « C’est une marque de fierté qui montre que le mouvement pour l’égalité vient de loin. Il y a à peine quelques décennies, les gays et les lesbiennes étaient violemment pris à parti et n’avaient pas de droit, mais aujourd’hui nous célébrons leurs contributions et nous attendons l’égalité. » Le passage piétons sera effacé mercredi 10 avril.

MAFIA GAY ET EXCEPTIONNALISME HOMOSEXUEL
Mais le journaliste Piers Akerman est bien loin de partager cet enthousiasme et d’être sensible à ce projet. Dans son éditorial, il s’est insurgé contre le fameux passage piétons arc-en-ciel, financé à son grand dam par l’argent du contribuable. « Comme avec chaque faveur faite aux mouvements de protestations, ce passage piétons a montré l’échec de l’apaisement. Trop n’est jamais assez pour les militants de la minorité », tranche-t-il comme si les LGBT agissaient par pure provocation. Pour lui, il s’agit une nouvelle fois d’un caprice de ce qu’il nomme la mafia gay et semble définitivement convaincu que les LGBT souhaitent dominer le monde. L’installation d’un passage piétons arc-en-ciel ferait donc partie d’un plan diabolique par ceux et celles qui cherchent à « imposer une philosophie de l’exceptionnalisme homosexuel au public » : « Mais cet affichage arc-en-ciel n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le mariage homosexuel est la véritable issue, ainsi qu’un assaut de plus en plus rapide sur notre langue et sur notre culture et notre société traditionnelle. »

MENACE SUR LA NORMALITÉ
Mais Piers Akerman va encore plus loin et raconte comment il a enrichi son vocabulaire en tombant sur le mot « cisgenre » et en apprenant sa définition. Pour lui ce mot symbolise et confirme alors la volonté du lobby LGBT de casser l’idée de normalité. « La relabellisation prolifique de ce qui est normal fait partie du paradoxe de l’inclusion homosexuelle » insiste-t-il. Enfin, c’est vers l’association de lutte contre le sida ACON qu’il lance ses dernières piques, allant jusqu’à l’accuser d’hétérophobie : « Si elle est dirigée comme étant une organisation gay, cela mériterait sûrement qu’un audit soit mené pour s’assurer qu’elle ne viole pas les lois anti-discriminations – ou ceux et celles qui demandent l’inclusion se donnent-ils le droit d’exclure celles et ceux qui ne sont pas membres de leur groupe minoritaire ? »

Photo : Bidgee