«Laurence Anyways», de Xavier Dolan: love story épique et atypique

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Présenté hier à Cannes dans la section Un Certain Regard, le nouveau film de Xavier Dolan semble un peu dépassé par l’envergure de son ambition.

Franck Finance-Madureira, fondateur de la Queer Palm, nous fait vivre le 65e Festival de Cannes en direct.

Aujourd’hui, la critique de Laurence Anyways, le nouveau film de Xavier Dolan, présenté hier dans la section Un Certain Regard. Le film sortira sur les écrans le 18 juillet.

Xavier Dolan

« Laurence Anyways », de Xavier Dolan : love story épique et atypique

Le troisième film de Xavier Dolan, réalisateur que l’on suit avec attention depuis J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires est un film résolument déstabilisant. Comment en parler ?

Avant tout il faut préciser que Dolan s’attaque avec cette love story épique et atypique à un sujet qui donne très envie : en deux mots Laurence et Fred s’aiment d’un amour fou, Laurence est née garçon et Fred est une fille. Laurence (Melvil Poupaud) annonce à sa compagne qu’elle ne veut plus (se) mentir et qu’elle souhaite être en accord avec son identité de genre. Mais le film ne traite malheureusement cette transition que de façon un peu accessoire puisque, sur les quelques années de l’intrigue, de la fin des années 80 au début des années 2000, le sujet est avant tout l’histoire d’amour profonde qui lie ce couple central.

Il y a des fulgurances esthétiques, des saillies qui font mouche, mais le film semble un peu dépassé par l’envergure de son ambition. À faire long (2h40), Xavier Dolan relâche la structure de son récit, se répète, tombe parfois dans le cliché « old school » et passe à côté de la richesse de son sujet. Il plombe un peu son film par une interview off qui n’apporte pas grand-chose, des scènes passablement répétitives et une esthétique qui, à se vouloir au top de la branchitude, sombre dans le mauvais goût.

Restent des acteurs passionnants, des dialogues souvent percutants (les échanges avec Nathalie Baye qui interprète la mère de Laurence sont d’un cynisme drolatique et décapant) et l’amour presque inconditionnel que l’on porte à ce jeune cinéaste talentueux, audacieux et touché, très souvent, par la grâce. Alors gardons ces moments de grâce justement : cette succession de regards magnifiques en ouverture du film, cette façon dont Fred redécouvre le corps de Laurence après une séparation, la première apparition de Laurence « en femme » devant ses élèves, la voix de Melvil Poupaud… Et restons sur ce que, malgré tout, on continue de penser : Xavier Dolan est un très grand réalisateur ! Cette fois-ci, son sujet était peut-être trop ambitieux, trop grand, trop fort…

Franck Finance-Madureira


Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Laurence Anyways : bande-annonce.