Présidentielle 2012: «Les LGBT devraient s’inquiéter»

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Pour Yagg, 5 personnalités LGBT impliquées dans la vie politique livrent leurs impressions après les résultats du premier tour. Entre vigilance et optimisme.

François Hollande (PS) en tête avec 28,63 % des voix, Nicolas Sarkozy (UMP) pas très loin derrière avec 27,18 % : ce sont donc ces deux candidats qui s’affronteront au second tour le 6 mai prochain. Sur la troisième marche du podium, Marine Le Pen a atteint les 17,9 %, un score spectaculaire qui la place loin devant Jean-Luc Mélenchon (11,1 %) et François Bayrou (9,1 %).

Pour Yagg, 5 personnalités LGBT impliquées dans la vie politique livrent leurs impressions après les résultats de ce premier tour de l’élection présidentielle. Entre vigilance et optimisme.

« TOURNER LA PAGE DU SARKOZYSME »
Pour Caroline Mécary, chargée de la lutte contre les discriminations dans l’équipe d’Eva Joly, « le résultat est décevant au regard de la campagne concrète [que cette dernière] a menée ». Selon les résultats définitifs, la candidate d’Europe Écologie Les Verts (EELV) a obtenu 2,3 % des voix. « Maintenant, il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’il faut rebondir, reprend Caroline Mécary, il est impératif que François Hollande gagne pour tourner la page du sarkozysme. La gauche a aujourd’hui un énorme travail de reconstruction du lien social, elle a une réelle responsabilité, sinon en 2017, c’est Marine Le Pen qui sera élue ». Selon Caroline Mécary, pas d’ambiguïté non plus concernant les droits LGBT : le candidat du PS est désormais le seul à pouvoir amener l’égalité pour tous.

« ON ENTREVOIT ENFIN L’ÉGALITÉ »
« Je suis heureux que François Hollande soit en tête, s’enthousiasme Jean-Luc Romero. Ces engagements ont été clairs et fermes, on entrevoit enfin l’égalité ». Mais le président d’Élus locaux contre le sida (ELCS) ne cache pas son appréhension face au score élevé de Marine Le Pen. « Les LGBT devraient s’inquiéter. Il ne faut se faire aucune illusion quant au discours anti-homophobie du Front National qui entretient le rejet de l’islam. » Selon lui, la lutte pour l’égalité homos/hétéros est un enjeu qui devrait dépasser les clivages gauche/droite. « Les gays ont voulu voter utile, pour ne pas prendre le risque de perdre, au-delà de la sympathie qu’ils ont pour des candidat-e-s comme Eva Joly ou Jean-Luc Mélenchon. »

« CONSTERNÉ »
« L’Idaho est consterné par le score de Marine Le Pen. C’est elle la grande gagnante de cette élection avec un score deux fois plus élevé qu’en 2007 », déclare Louis-Georges Tin, président du comité Idaho. Lors de la table ronde spéciale présidentielle 2012 organisée par Yagg en février dernier, il avait déjà mis en garde contre la forte progression de l’extrême droite. Difficile donc de partager la liesse générale à l’annonce des résultats : « Le PS aurait tort de ne pas prendre la mesure de ce score, prévient-il. Parmi les candidat-e-s, il y a ceux qui imitent le FN et ceux qui l’ignorent. Même si on assiste à une victoire de la gauche, le risque d’une alliance entre le FN et l’UMP est présent, c’est ce qu’on a pu voir dans beaucoup de pays d’Europe. »

« PAS D’ALLIANCE ENTRE LE FN ET L’UMP »
Comme le rappelle Emmanuel Blanc, son président, GayLib avait choisi de ne pas appeler à voter pour le candidat sortant à l’approche de l’élection présidentielle. Au lendemain des résultats du premier tour, Emmanuel Blanc constate « un score très serré » : « Il n’y a pas de différence énorme, donc à ce titre, rien n’est encore joué. » Pour lui, une alliance entre l’UMP et le FN pour permettre à Nicolas Sarkozy de remporter l’élection paraît complètement exclue : « Personne n’en parle à l’UMP », assure Emmanuel Blanc. GayLib s’exprimera à l’issue du débat entre les deux candidats, prévu le 2 mai prochain.

« DOUCHE FROIDE »
« On était un peu anxieux, hier soir », raconte Nicolas Gougain à propos de la soirée du premier tour organisée au Centre LGBT Paris-IdF. Si voir arriver en tête du scrutin un candidat « qui porte nos valeurs » a été un soulagement, les 20 % de voix (selon les estimations d’hier soir) attribuées à Marine Le Pen ont fait déchanter le porte-parole de l’Inter-LGBT : « ça a été une douche froide, on ne s’attendait pas à un score aussi haut. Je suis très inquiet. Paradoxalement, cette configuration est proche de celle de 2002. Même si elle n’est pas au second tour, Marine Le Pen a obtenu un nombre de voix supérieur et ne fait plus face à une opposition républicaine comme il y a dix ans. » Dans les jours qui viennent, les associations vont se réunir pour faire le point et réfléchir à la stratégie à adopter avant le second tour (lire aussi : Act Up-Paris organise une réunion publique pour « réagir à gauche » à la « droite extrême »).