Pierre Bergé: «J’ai su qu’Yves était condamné bien avant sa mort»

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On connaît l'homme d'affaires pour ses emportements et ses avis tranchés. La longue interview accordée à «Vogue Hommes International» ne déroge pas à la légende.

C’est ce qu’on appelle une interview cash. On connaît l’homme d’affaires Pierre Bergé pour ses emportements et ses avis tranchés. La longue interview accordée à Vogue Hommes International (printemps-été 2012), actuellement en kiosques, ne déroge pas à la légende.

À 82 ans, « l’un des derniers grands fauves de la jungle du luxe » dixit le magazine qui le qualifie également d’« institution » évoque son rapport au pouvoir, égrène ses souvenirs avec son compagnon Yves Saint Laurent, disparu en 2008, et livre sa vision de la mode et de la haute couture d’aujourd’hui.

OBSESSION
Que pense-t-il de l’obsession, thème central de ce numéro de Vogue Hommes International ? « Je ne crois qu’à l’obsession et aux obsessionnels, répond d’emblée Pierre Bergé. D’ailleurs la création est faite d’obsession ». De douleur aussi. Le milliardaire ne citait-il pas Proust lors des obsèques du couturier, situant ce dernier, dont les addictions (drogue, alcool) étaient connues, dans la « grande famille magnifique et lamentable des nerveux qui est le sel de la terre » ? « J’ai su qu’Yves était condamné bien avant sa mort, explique ici Pierre Bergé. Lui ne l’a jamais su. Jamais. Il n’était pas question de le lui dire puisqu’il était incurable et qu’il ne subirait aucun traitement, aucune des tortures qui entourent souvent la vie des cancéreux ».

À l’évocation de ces 50 années exceptionnelles de vie et de travail en commun, on sent Pierre Bergé partagé entre l’amertume (« Ce n’était pas facile d’exister à côté d’Yves Saint Laurent qui monopolisait absolument tout ») et la passion (« Si je n’avais pas aimé Saint Laurent, je ne me serais jamais lancé dans la haute couture »). C’est comme la sensation d’absence qu’il faut affronter : « Parfois c’est léger. Parfois, c’est plus dur », confie-t-il.

« PUTES RUSSES »
Enfin, on ne résiste pas à citer deux passages dans lesquels Pierre Bergé délivre à nouveau son opinion sans appel sur la haute couture (qui « est morte, et bien morte ») et les diktats de la mode. « Quand j’étais jeune, raconte-t-il, on disait qu’il y avait deux couturiers qui travaillaient pour l’an 2000, Courrèges et Cardin. L’an 2000 est passé, si vous croisez une personne quelque part dans le monde habillée en Courrèges ou en Cardin, vous m’enverrez un sms. J’aimerais la voir ». Quant à la haute couture, selon lui elle « n’accompagne plus rien. Et ce ne sont pas quelques putes russes qui vont s’acheter des robes dans une poignée de maisons parisiennes qui tordront le cou à cet anachronisme. Et j’attends la contradiction ».