Campagne contre le harcèlement de l’Éducation nationale: où sont les thématiques LGBT?

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«Le ministère de l’Éducation nationale se passe de notre avis et de nos revendications», affirme Natacha Taurisson du Collectif Éducation contre les LGBTphobies.

Alors que le ministère de l’Éducation nationale lance en grande pompe une nouvelle campagne contre le harcèlement, le Collectif Éducation contre les LGBTphobies, qui rassemble différents acteurs de la communauté éducative (syndicats étudiants et lycéens, parents d’élèves, personnel enseignant) publie au même moment le bilan de sa campagne d’affichage destinée aux collèges et lycées pour le dispositif d’aide à distance, Ligne Azur. Une coïncidence fortuite, mais surtout une nouvelle preuve de la démobilisation flagrante du ministère de l’Éducation nationale en matière de lutte contre les LGBTphobies.

MOINS DE MOYENS
Destiné à venir en aide aux personnes qui se posent des questions sur leur identité de genre et/ou leur orientation sexuelle, Ligne Azur souffre aujourd’hui d’une réduction de ses moyens: moins de temps pour les campagnes d’affichage, moins de supports, et par conséquent une visibilité fortement amoindrie. Résultat: le nombre d’appels en moyenne hebdomadaire a chuté de 60% l’année dernière, alors que les discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre sont encore bien présentes en milieu scolaire.

ABSENCE DES THÉMATIQUES LGBT
Ce bilan tombe au moment où le ministère de l’Éducation nationale met en œuvre une grande action de sensibilisation contre le harcèlement à l’école. Au programme, un site d’aide et de sensibilisation destiné aux élèves, mais aussi aux parents et aux enseignant-e-s, et trois vidéos, diffusées sur le site et sur France Télévisions. Si les courtes vidéos révèlent de façon très réaliste la violence ordinaire qui règne dans les cours de récréation, on peut déplorer une absence flagrante des thématiques LGBT.

Sollicité par Yagg, le service de presse du ministère de l’Éducation nationale se défend pourtant de faire deux poids, deux mesures et affirme que «ces trois vidéos ne pouvaient pas traiter de toutes les formes de harcèlement à l’école et que cela n’empêchera pas les élèves d’évoquer ces sujets avec leurs professeurs, en heure de vie de classe par exemple, en s’appuyant sur les outils pédagogiques du site.» En définitive, l’Éducation nationale se réclame d’être toujours «en première ligne» dans la lutte contre l’homophobie.

Des explications que réfute Natacha Taurisson, coordinatrice du Collectif Éducation contre les LGBTphobies: «On compte sur les enseignants pour faire le boulot que le ministère ne fait pas». Si elle concède que les vidéos ne pouvaient aborder toutes les formes de discriminations, elle reste sceptique sur la capacité des enseignants à s’emparer de ces questions et rappelle une étude de la direction de l’Évaluation de la prospective et de la performance en 2008-2009: «Les élèves ont le plus souvent accès, lors de leur cursus dans l’établissement, au moins une fois (c’est-à-dire «une fois» ou «plus d’une fois»), à des actions de formation sur les infections sexuellement transmissibles (IST) et sur la contraception (respectivement 97 et 96% des réponses en moyenne) ainsi que sur le sida (95%). Ils participent aussi au moins une fois à des formations sur la connaissance du corps (87%) et la relation à l’autre (86%), sur les violences sexuelles (70%), le sexisme et l’homophobie (67%). De manière générale, le thème du sexisme et de l’homophobie est le plus rarement abordé (non-réponse: 18%; jamais: 15%), avec celui des violences sexuelles (non-réponse: 17%; jamais: 13%)»

«NOUS N’ATTENDONS PLUS RIEN DE CE MINISTÈRE»
De plus, la campagne lancée ces jours-ci pointe du doigt le cyberharcèlement, à l’heure où justement la violence «virtuelle» envers les jeunes victimes de l’homophobie, via les blogs et les réseaux sociaux, est en hausse. «Le ministère de l’Éducation nationale se passe de notre avis et de nos revendications, affirme Natacha Taurisson. Ne pas être associé à cette campagne, c’est déjà aberrant, mais elle aurait pu s’emparer de ces formes de discriminations, au lieu de les ignorer.» Un désengagement progressif que déplore le Collectif avec amertume: «À quelques mois de l’élection présidentielle, nous n’attendons plus rien de ce ministère».


Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Les injures – Agir contre le harcèlement à l’École

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